Après Naâma et Zouhaïra, Ahmed Achour, et puis, à deux jours d’intervalle,Hamadi Ben Othman et Tawfiq Ennaceur : la musique compte encore ses deuils début 2021. De grandes morts, toujours.

Des icônes du classique. De valeureux anciens.

Les regrets sont les mêmes à chaque fois. C’est de bon usage. De bon ton. Pas les récits. Pas les évocations, pas les commémorations. Pas les « évaluations ».  Hélas, que des inégalités.

La première : entre les chanteurs eux-mêmes. Les stars de grande audience survivent mieux que les autres. Qu’importe l’œuvre, sa consistance, sa teneur, sa qualité. Les hommages de la presse écrite, les spécial  télés, consciemment ou de façon  machinale, s’en tiennent au nombre du public fan, en somme à l’état du marché. Le décès d’une chanteuse ou d’un chanteur vedette est, à coup sûr, un « succès d’audimat ». Un exemple colle aux mémoires : les funérailles immenses  et les célébrations posthumes de Chadia, comparées aux adieux discrets réservés à Souad Mohamed. Dieu du ciel ! Petite voix contre Diva, énorme Diva.

Seconde inégalité : entre chanteurs, compositeurs et paroliers. Vérifiable dans l’extrême majorité des cas, « in vivo » comme « post mortem ». Les chanteurs ont toujours prévalence. Tôt ou tard, ils finissent par s’approprier les titres. Et la confusion est d’autant plus réussie que les compositeurs et paroliers laissent faire, ou se laissent faire. Seuls quelques grands noms, musiciens où poètes veillent au grain. Rectifient le tir quand il y a lieu. Abdelwahab, Sombati, Mougui, Baligh et quelques autres en Égypte. Rares, de très rares « vigilants » en Tunisie. Mais, en règle générale, partout dans nos pays, les vrais auteurs, les créatures  restent à l’ombre de leurs interprètes, parfois totalement ignorés, jusque de la part de ceux qui sont censés leur rendre hommage au moment des adieux. Là aussi des exemples « turlupinent » encore. On pense, nous, au chef-d’œuvre du regretté compositeur syrien Riadh El Bendaq, «Ya aïni assabr ». La chanson est, à ce jour, attribuée à Wadie Essafi, mais qui a  jamais connu ou  nommé Riadh el Bendaq ? On pense aussi, à l’occasion, (précisément)à notre si regretté ami, Hamadi Ben Othman. Bien des succès, des réussites  lui appartiennent mais, par habitude, par négligence, nombre de médias continuent de les attribuer à leurs simples exécutants ou interprètes. Rappelons : les savoureuses « Nassaya » et « Mihi maa lariah » sont bien de lui ; et la musique générique de « Khottab al bab »; et tant de musiques de films et de pièces de théâtre de renommée. Immense talent qu’était Hamadi Ben Othmane, créateur de haut savoir et de haut goût, mais artiste humble et discret. Maintenant qu’il nous a quittés, rendons-lui justice en reconnaissant, en faisant reconnaître, l’ensemble de son œuvre.

Il est bon que de grandes morts viennent parfois éclairer nos consciences, disait Hugo. Réparer les jugements. Biffer les inégalités.

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