Une fois l’intervention faite et la réponse obtenue, les édiles prennent la poudre d’escampette. Il y a tellement de choses à faire dehors. Le gouvernement tangue et avec lui l’ensemble du pays.

L’Assemblée des représentants du peuple a repris hier du service, fort timidement, après la pause consacrée aux régions.

Une semaine écoulée au cours de laquelle les députés ont été appelés à faire du terrain, visiter leurs circonscriptions et rencontrer leurs électeurs. La séance consacrée au contrôle du gouvernement relance donc l’activité parlementaire sur fond d’instabilité politique généralisée.

Des questions adressées aux membres d’un gouvernement bancal, informe, avec des super-ministres en charge de deux départements, d’autres sur le départ, encore en fonction, d’autres encore nommés, mais restés sur le pas de la porte, ne sachant s’ils pourront attraper à la volée leurs maroquins suspendus ou s’ils doivent tout simplement y renoncer. Sans parler de leur chef, et c’est bien une autre histoire.

Dans ce paysage animé, acrobatique même, a démarré cette séance de contrôle qui tente de faire bonne figure, comme si de rien n’était, dans un hémicycle clairsemé.

N’ont pris la peine d’y assister, en effet, que les élus concernés. Mieux, une fois l’intervention faite et la réponse obtenue, les édiles prennent la poudre d’escampette.

Il y a tellement de choses à faire dehors.

Le gouvernement tangue et avec lui l’ensemble du pays.

L’audition des ministres, qui a quelque chose de bizarre, a tout de même démarré en milieu de journée, conformément au très sérieux concept de continuité de l’Etat, sous la présidence décontractée de la deuxième vice-présidente. Mme Samira Chaouachi affichait, elle, un large sourire qui détonnait avec l’incertitude globale qui secoue la Tunisie et  qui a jeté son ombre sur le palais du Bardo.

La famille arrive tristement en tête

La ministre de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a eu à répondre aux questions des députées Meriem Ben Belgacem et Rabeb ben Ltaïef, notamment.

Si la première s’est enquise du Centre de l’enfance de la délégation d’El Ghraïba, du gouvernorat de Sfax — un Centre dont le démarrage a été décalé plusieurs fois, laissant les enfants d’une région défavorisée sans encadrement ni structure de suivi —, Rabel Ben Ltaïef a attiré l’attention de la ministre sur les cas de plus en plus fréquents des enfants violentés en milieu scolaire.

Les questions des deux élues lèvent le voile sur un certain nombre de problèmes dont souffre le secteur de l’enfance et de la petite enfance.

Des problèmes endémiques qui découlent notamment des déficiences en moyens matériels et en ressources humaines.

Il faut savoir que la Tunisie compte deux délégués de protection de l’enfance et demi (les statistiques ont leur secret) sur 100 mille habitants ! Plus simplement, 76 délégués sont censés quadriller l’ensemble du territoire. L’arrêt du recrutement à la fonction publique a empêché ledit centre d’ouvrir ses portes. En cause, le manque de personnel.

Quant à la violence subie par les enfants dès les jardins d’enfants, voire la crèche et ensuite dans les écoles et lycées, Imen Houimel fait valoir que le milieu familial arrive tristement en tête, ensuite la rue, et, en troisième lieu, le milieu scolaire et préscolaire. La ministre a fait remarquer qu’une ligne verte a été lancée, le 18 septembre, avec l’appui de l’Unicef, pour assister et secourir des enfants en situation de danger. Son département travaille, en outre, avec le ministère de l’Education pour se pencher sur les violences en milieu scolaire ou aux alentours des établissements éducatifs.

Le problème du décrochage s’invite encore une fois au débat, pour alerter les responsables sur la gravité de la situation. 100 mille cas d’abandon par an, c’est problématique, en effet.

On rencontre de plus en plus d’enfants en deçà de 14 ans travaillant chez les artisans et les commerçants. Ils sont poussés par leurs familles en situation d’indigence totale, fait encore remarquer la députée Rabeb Ben Ltaïef.

Le positionnement stratégique de la Tunisie en Libye

Répondant aux interrogations du député Khaled Krichi, le ministre des Affaires sociales a préconisé, pour sa part, la mise en place de programmes inclusifs, dont l’éradication de la pauvreté représente le point cardinal, à Kairouan et dans les autres régions. Par les chiffres, Mohamed Trabelsi a précisé que dans ce gouvernorat, 16.330 familles bénéficient d’allocations et de carnets de soins.

Le député a rebondi suite à l’intervention du ministre pour lui signifier que depuis 2011, le gouvernorat de Kairouan souffre de la non-application de programmes de développement, pourtant arrêtés en 2015 et en 2017. Des lenteurs procédurales, dénonce-t-il, alors que les fonds sont débloqués. «Kairouan est en bas du classement dans tous les domaines, a-t-il renchéri». Cet état de fait s’applique à d’autres régions. Plusieurs élus ont fustigé les lourdeurs administratives pour mettre en œuvre des programmes et projets dont les fonds sont déjà levés. C’est le cas de la députée Mahbouba Ben Dhiffallah qui a critiqué la défaillance qui affecte la réalisation des engagements pris par l’Etat dans son gouvernorat, Kébili.

Une affaire grave a été soulevée par le député Mohamed Ammar, lors de l’audition de Othman Jarandi, ministre des Affaires étrangères, portant sur le vol de passeports tunisiens.

L’élu a également appelé à lever les mesures de confinement imposées aux Tunisiens résidant à l’étranger, faisant remarquer que la plupart ont déjà été vaccinés. Il a préconisé un meilleur traitement pour ceux qui souhaitent investir en Tunisie, souvent découragés par la complexité des procédures. Le ministre a mis en avant le lourd impact de la pandémie sur l’ensemble des services consulaires dans les pays d’accueil, mais également en Tunisie, précisant qu’il est du ressort du Conseil scientifique de lever les mesures de confinement et non au ministère.

Othman Jarandi a également fait valoir la prochaine et progressive numération des services consulaires en passe d’alléger les procédures et d’écourter les temps d’attente.

La diplomatie économique évoquée par le député a trouvé un écho favorable dans la réponse du ministre. «Nous allons essayer de fructifier le partenariat économique avec le Congo, par exemple.

Nous avons un déplacement prévu prochainement avec les hommes d’affaires tunisiens qui souhaitent ouvrir des voies sur le continent». Le positionnement stratégique de la Tunisie lors de la reconstruction de la Libye a été évoqué de manière insistante par le député Mohamed Ammar qui a relevé, au final, la diplomatie des réponses très prudentes du ministre des Affaires étrangères.

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