Plusieurs activités informelles, dont celles des chiffonniers, s’inscrivent dans la logique de l’économie circulaire.

Les changements et les transformations économiques accélérées de notre société ont des conséquences importantes sur certaines catégories de populations, notamment les plus fragiles. Dans ce contexte, Dr Hassane Mouri, maître de conférences en sociologie du développement et environnement, à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis (Issht), a révélé que certaines catégories et plus particulièrement les jeunes, les femmes, les groupes, vulnérables, la paysannerie pauvre et les exclus du système économique capitaliste, ont trouvé de nombreuses difficultés pour s’introduire dans la société et le monde du travail.

Parallèlement, et après la ratification des conventions internationales relatives au libéralisme économique, l’Etat-Providence a cédé la place à l’Etat de gouvernance, autrement dit la prise en charge des catégories pauvres n’est plus du ressort de l’Etat. Ces catégories marginalisées tentent alors de développer des logiques économiques et sociales, des stratégies et des débrouilles pour contourner le problème de cette précarisation intentionnelle, fruit  des choix de développement de l’Etat tunisien. 

Configurations tribales

Les origines de la population des Khurdaji et des chiffonniers provenaient des zones rurales de l’intérieur et des pays voisins on cite les noms des configurations tribales d’où découlent ces populations : des Souassi, des Methellith, des Zlass, des Neffet, des Frechichis et des Majeurs. Il s’agit encore d’ensembles d’individus ou de familles entières venant des environs de Mahdia et Djebeniana. D‘autres proviennent des pays voisins, comme les Trabelsis, les Soufis et les Mzabs. Cette population est marginalisée, exclue et stigmatisée par les Beldis (les notables de La Médina de Tunis). Cette population a souffert dès le début d’un refoulement à l’extérieur de la ville et s’est installée en périphérie de Tunis dans les cités périurbaines, à l’instar de Kabaria et Fouchana et dans les banlieues, comme  Melassine, Borgel, Djebel Lahmar ou dans les vieux faubourgs de Bab Souika et Bab Djazira.

Par ailleurs, une forte concentration de gourbis et de bidonvilles envahit les périphéries de  la Ville de Tunis et crée une ceinture de quartiers pauvres et de marginaux.  Étant donné que le phénomène de récupération était, à l’époque coloniale, un peu nouveau ou bien très réduit, la qualification conceptuelle de ce nouveau métier était controversée entre les différentes spécialités scientifiques et administratives coloniale et tunisienne. La première appellation était tout d’abord  Türk (Khurdaji),  le mot khurda signifie quincaillerie, mercerie, qui signifie encore en arabe : vieillerie (Khurda). D’après Paul Sebag, le terme chiffonniers « désigne mal une activité qui comporte, certes, la récupération des chiffons, mais aussi des vieux papiers, des os et des boîtes en fer blanc, au Msab, le dépôt d’ordures de la ville».

Des chiffonniers marginalisés

Les chiffonniers constituent un groupe marginal, ancré dans l’histoire du développement de l’urbanisme de  la Ville de Tunis. Ils forment la nouvelle population issue de la massification de l’exode, suite à la dérégulation du modèle de développement instauré par l’Etat nation. Les chiffonniers sont originaires de quatre régions de Tunisie. Les « Frachich » forment le groupe le plus important, originaire du gouvernorat de Kasserine, au centre-ouest de Tunisie et plus particulièrement de la zone de M’zaara, localité rurale, située à l’est de la ville de Sbeitla. Une enquête, qui a été réalisée sur ce sujet, illustre bien les origines sociales des chiffonniers : 60% proviennent du Centre-Ouest, 24% du Nord-Ouest, 14,5% du Nord-Est et 1% du Centre-Est. Les chiffonniers se sont lancés dans une nouvelle dimension de la récupération qui dépasse largement le plastique. Ce changement dans le domaine des produits recyclables a engendré une métamorphose de leur métier et a eu un impact important sur leurs revenus. La « structure économique » de leur activité relevant de l’informel s’articule autour principalement de la récupération des déchets recyclables. Les chiffonniers sont des leaders sociaux dans leurs espaces sociaux et de travail. Ils ont monté leurs projets avec leurs propres ressources financières, en se basant sur le lien clanique et la solidarité entre les membres d’une même famille et en s’inscrivant, ainsi, dans la logique de l’économie circulaire. L’économie circulaire est un système économique, axé sur le modèle «3R»: réduction, réemploi et recyclage. Elle implique la réduction au minimum des déchets ainsi que la réutilisation, la réparation, la remise à neuf et le recyclage des matériaux et produits existants

Gouvernance participative

De son côté,  Mme  Aziza Htira, consultante en développement des entreprises, et conseillère municipale, a mentionné que les structures de l’économie circulaire comme celles  de l’économie sociale et  solidaire sont caractérisées par un fort ancrage local et une gouvernance résolument participative. Le concept d’économie circulaire étant vaste, son fonctionnement dépend aussi des opportunités et contraintes de chaque territoire puisqu’il s’implante à un niveau local.

La Constitution accorde un intérêt particulier au pouvoir local. Ainsi, d’un seul article dédié aux collectivités locales dans la Constitution de 1959, la Tunisie passe, dans la Constitution de 2014, à un chapitre entier consacré au pouvoir local. Un article dans les principes généraux de la Constitution rappelle aussi l’engagement de l’État sur le chemin de la décentralisation. Cette démarche prouve la prise de conscience par les autorités de l’importance du développement régional et du partage du pouvoir entre les différents niveaux de gouvernement.

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