La reconversion du mouvement Ennahdha, que ce soit dans les attitudes de bon nombre de ses dirigeants, ou carrément dans les prises de position est de plus en plus ratée. La confirmation de ce constat est souvent révélée lors de l’organisation des rassemblements et des meetings au cours desquels les hommes des médias sont toujours les premiers à en payer les frais. Offusqués, outragés, voire humiliés, les journalistes ont été, encore une fois, empêchés de travailler et mener à bien la mission pour laquelle ils étaient présents sur le terrain. Les attitudes et le comportement du comité d’organisation font état d’un mode complètement différent de ce que les dirigeants nahdhaouis veulent laisser croire.

Si on va droit au but et sans jugement de valeur, l’on n’hésitera pas à considérer que les causes de cette reconversion ratée sont diverses : un entourage qui, contrairement à ce qu’on prétend, n’a pas suffisamment évolué.  Mais aussi et surtout des convictions hasardeuses et des égarements souvent répétés.

Construire une nouvelle identité, cela passe par l’affirmation, mais aussi la confirmation. Deux qualités dont la signification manque énormément au parti islamiste. L’image qu’il reflète dépend beaucoup trop des déviations dans lesquelles il est entraîné et beaucoup de ses dirigeants influents en assument visiblement une grande partie. Tout cela n’est pas  uniquement lié à ceux que l’on a pris l’habitude de qualifier comme étant l’aile dure du parti et qui nous rappellent, à chaque fois, l’encerclement et l’assaut du siège de la Télévision nationale en 2011. C’est  aussi pareil à d’autres niveaux où l’histoire attise les accrochages et les affrontements intenables. Une nouvelle génération se donne aussi le droit de se faire raison par l’intimidation, la pression et même la menace.

Chaque fois, c’est un nouveau seuil qui est franchi, de surcroît, de manière volontaire. Ce que nous sommes nombreux à craindre s’est encore vérifié. D’une démonstration de force à l’autre, un déluge d’insultes s’abat sur les journalistes.  Ce qui constitue, encore et toujours, une menace importante et croissante pour la liberté de la presse et l’accès à l’information.

C’est tout le paysage qui a décidément mauvaise mine et qui  pâtit d’une image déplorable. Encore une fois, nous nous trouvons dans l’obligation d’en parler, d’évoquer les tenants et les aboutissants sans savoir si cela pourrait vraiment servir à quelque chose, mais tout en étant convaincus qu’il s’agit bel et bien d’une crise identitaire. Les journalistes font un métier dont le pays a besoin, et il faut à tout prix assurer leur protection.

Les agressions verbales et physiques quasi-courantes et la défiance à l’égard des médias sont bien ancrées chez une grande partie des responsables et sympathisants d’Ennahdha.  Ils n’ont pas vraiment changé. Le modèle islamiste modéré et qui sépare la religion de la politique navigue à contre-courant.  Ne pouvant vraiment  aller jusqu’au bout, beaucoup de dirigeants d’Ennahdha  se perdent et s’arrêtent à mi-chemin.

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