De mars à la fin du mois de juin de chaque année, c’est la fièvre de la chasse au Cap Bon où les habitants commencent à exterminer les oiseaux migrateurs dans toutes les régions où ils sont présents en grand nombre.

La chasse, un sport toujours populaire

Malgré une dégradation avancée d’année en année, marquée par un assèchement des terres, une urbanisation, une pratique de la chasse qui fait partie de notre culture et remonte à des millénaires…, le site du Cap Bon (notamment le site d’El Haouaria et les zones humides de la région) continue à être une zone d’alimentation et une étape incontournable pour les oiseaux migrateurs dans leurs périples saisonniers à travers le détroit de Sicile entre l’Europe centrale et l’Afrique. A cet égard, des milliers d’espèces orientales parcourent chaque année des milliers de kilomètres et utilisent cette voie pour réaliser leur migration avant de se rendre en Europe Centrale puis vers la Sibérie.

Mais ce site, qui devrait être protégé contre la pollution, l’urbanisation et surtout contre l’activité humaine, est devenu au fil des années un lieu de chasse par excellence de ces espèces où les habitants continuent toujours de capturer les oiseaux sauvages; des pratiques qui deviennent un sport populaire pratiqué par les habitants, qui le transmettent de génération en génération ! En parallèle, de nouvelles menaces sont apparues avec la dégradation et la disparition des habitats, dues notamment à l’expansion des terres agricoles, l’assèchement des zones humides et l’urbanisation rampante. Ce qui fait que chaque année, de plus en plus de sites dont dépendent les oiseaux migrateurs sont réduits ou disparaissent complètement.

La capture illégale des oiseaux sauvages

Face à ce fléau qui perdure depuis des dizaines d’années et qui menace, aujourd’hui, l’avifaune tunisienne, Abdelmajid Dabbar, président de l’Association Tunisie Ecologie (ATE), vient de lancer un cri d’alarme pour mettre un terme à cette situation, étant donné que les effectifs de ces espèces commencent à leur tour à diminuer, ce qui mène à une extermination de la faune et des oiseaux migrateurs au Cap Bon. «Au début de chaque mois de mars, de nombreux habitants du Cap Bon commencent à exterminer la faune dans les régions de Kelibia, Haouaria et la forêt de Dar-Chichou, à l’aide de  milliers de filets éparpillés dans les forêts, et cela se poursuivra jusqu’au 30 avril…

Par ailleurs, il existe de nombreux fauconniers organisés qui se contentent d’attraper un seul épervier femelle dans le respect de la loi de la chasse et le code forestier. Cependant, les filets restent mis en place et d’autres, qui se sont convertis en fauconniers illégalement, pratiquent le piégeage — nuit et jour — pendant une période de deux mois pour chasser toute la faune sauvage et empêcher les oiseaux migrateurs de poursuivre leur voyage vers l’Europe pour la nidification et la reproduction… Les filets mis en place n’épargnent pas les différents oiseaux, y compris dans la zone protégée. Ainsi, des lièvres, des rapaces, des oiseaux chanteurs, des hiboux et de grands ducs tombent dans les filets et les pièges pendant cette période de reproduction et de migration», explique M. Dabbar.

Faire appliquer la loi !

Le militant écologiste affirme, également, qu’aujourd’hui, la situation demeure préoccupante malgré la mise en place d’une législation en matière de chasse depuis des années. Mais sur terrain, le contrôle et l’application des lois restent malheureusement faibles et inadaptés à la situation préoccupante de la faune, puisque, comme dans beaucoup de domaines, la loi n’est plus respectée au su et au vu des autorités compétentes.

«C’est le énième appel de détresse que je lance auprès des autorités compétentes pour qu’elles appliquent la loi contre ces nouvelles pratiques dangereuses…Au lendemain de la révolution, et suite au relâchement sécuritaire et à la prolifération d’armes de contrebande, on a constaté une hausse considérable du braconnage et de la capture illégale d’oiseaux protégés, contribuant à la quasi-disparition de certaines espèces. Pour ce faire, il faut mener des actions de sensibilisation auprès du public et signaler tout abus aux autorités concernées tout en proposant des améliorations de la législation de la chasse et des mesures de gestion des sites et espèces…Mais dans cette situation alarmante, le maître des mots reste toujours l’application de la loi», souligne encore M. Dabbar.

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