Commentaire | Visite de Kaïs Saïed en Libye: Une nouvelle page, de nouveaux défis

C’est devenu un secret de Polichinelle. A chaque visite du Président de la République dans un pays frère ou ami, des voix éraillées crient sur tous les toits qu’il s’agit d’un bide sans nom et que rien de concret ou de tangible qui puisse remplir les caisses de l’Etat ou arracher des contrats juteux pour notre pays n’a été fait.

D’autres poussent leur cynisme à fond et ne consacrent leurs commentaires que sur la valeur du sac à main de la ministre chef du cabinet présidentiel (qui n’a aucun fondement réel) ou sur l’attitude méprisante du Président de la République envers le Chef du gouvernement qui était venu le saluer avant son départ à l’aéroport. Ce qui n’est pas vrai puisque le Chef de l’Etat a salué en des termes très polies Mechichi avant de quitter le pays. Le reportage vidéo de la Présidence en témoigne et si Mechichi s’était senti offensé pourquoi s’était-il de nouveau présenté à l’aéroport pour accueillir le Président? Ce n’est pas dans mes habitudes de m’étaler sur des futilités lassantes et déprimantes, mais cet écran de fumée n’a d’autre objectif que de torpiller cette visite et d’en rabaisser le niveau.

Ne nous voilons pas la face, que ce soit en Tunisie ou à l’échelle internationale, l’instabilité politique et la division dans ce pays frère profitent pleinement à des acteurs majeurs. C’est pourquoi autant la situation qui prévaut en Libye perdure, autant ils amassent de l’argent. En effet, les seigneurs de la guerre qui attisent les convoitises en Libye ont étendu leurs tentacules partout en vue d’étancher leur soif de prédateurs financiers. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard que le jour même de cette visite, un soi-disant rapport accuse le processus de transition démocratique actuel en Libye d’avoir été entaché par une affaire de pots-de-vin, que ce soit à Tunis ou à Genève. Là, on appréhende que le rapprochement entre la Tunisie et la Libye dérange l’oligarchie de la guerre qui a des visées avouées dans la région. C’est d’ailleurs pourquoi le Chef de l’Etat, conscient des enjeux géostratégiques dans la région, a dévoilé au cours de cette visite son intention de redonner vie à l’Union du Maghreb arabe et d’inscrire à son agenda une réunion au niveau des ministres des Affaires étrangères qui sera suivie d’un sommet entre les chefs d’Etat des pays membres.

C’est donc une nouvelle page historique qui est en train de s’écrire en vue de consacrer les liens historiques, politiques et humains très forts entre les pays de la région. Mais au niveau bilatéral, cette visite aura été un appel poignant à la paix et qui rappelle l’engagement de la Tunisie dans ce combat mené d’abord en Libye pour restaurer l’Etat de droit, la paix et la stabilité indispensables au développement et à la prospérité dans ce pays.

En effet, l’objectif que nous partageons avec la Libye, c’est qu’elle soit en mesure d’agir pour elle-même, par elle-même, dans tous ces domaines, et qu’elle sorte plus forte de cet épisode démocratique avec une volonté d’investissement et de relance, une volonté aussi de souveraineté économique et sociale renforcée qui ne peuvent qu’être bénéfiques à ses voisins, y compris la Tunisie. Sinon qu’elle serait la différence entre les pays qui lorgnent un partage des richesses pétrolières de ce pays au détriment de sa stabilité et une Tunisie qui réclame son droit à la reconstruction dans ce pays voisin ?

Certes, le Chef de l’Etat a souhaité  une révision en profondeur des conventions et traités signés par le passé avec ce pays frère en vue de les développer et de les adapter aux mutations qui se sont opérées dans le monde et de tracer une réponse commune aux nouveaux défis qui en résultent. Mais c’est aussi dans l’objectif de permettre aux citoyens des deux pays de vivre, dans le contexte d’une liberté retrouvée, pleinement leur appartenance à nos deux pays, de la vivre de manière totalement assumée, pacifiée, en ouvrant un avenir commun et en permettant aux générations futures prospérité et développement solidaire.

Ce sont des propositions fortes sur lesquelles le Chef de l’Etat et ses équipes ont travaillé depuis longtemps et qui trouvent aujourd’hui leurs aboutissements.

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