Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les cafés sont pris d’assaut après la rupture du jeûne pour des veillées jusqu’au shour autour d’une table pour des parties de cartes à mise d’argent réel qui se succèdent à un rythme endiablé où le risque de perdre d’importantes sommes d’argent est omniprésent durant le mois de Ramadan.

Si la pratique du jeûne durant Ramadan fait plonger les Tunisiens dans la dévotion de ce mois sacré, il n’en demeure pas moins vrai pour certains qui ne peuvent s’extirper de la spirale envoûtante des jeux de cartes à mise d’argent réel durant les soirées ramadanesques marquées par la mise d’importantes sommes d’argent. Il n’est pas question de se libérer de l’addiction au jeu d’argent dans ce mois sacro-saint pour certaines personnes.

Services supplémentaires dans certains cafés !

Les cafés sont pris d’assaut après la rupture du jeûne pour des veillées jusqu’à l’aube autour d’une table pour des parties de cartes qui se succéderont à un rythme endiablé où le risque de perdre d’importantes sommes d’argent est omniprésent. «Tout se fait dans la discrétion et parfois sans le consentement du propriétaire des cafés et les mises augmentent au fur et à mesure de la partie», nous confie l’un des accros au jeux de cartes, ceci n’empêche pas que dans d’autres cafés huppés, le propriétaire ferme les yeux devant ces pratiques prohibées par la loi, allant jusqu’à offrir des «services supplémentaires» pour certains clients en vue de leur garantir les conditions de réussite nécessaires à des soirées intenses en émotion où les billets de banque passent d’une main tremblante à une autre plus sûre et se perdent dans la fumée parfumée et envoûtante de la chicha. L’emplacement des joueurs doit être à l’abri des regards dans le salon et des agents de sécurité sont compris dans ces services.

Les jeux de cartes à mise d’argent réel sont frappés d’une double interdiction. En effet, ni la loi ni la religion n’autorisent une pratique qui pourra aboutir à de graves conflits même entre les amis. C’est une transgression de la loi divine, c’est «haram» et on ne sait pour quelle raison ce péché exerce un attrait irrésistible sur certaines personnes durant le mois de Ramadan, mais quand on se trouve dans le camp des joueurs de cartes, on se rend compte que c’est une question d’addiction à tout jeu d’argent où la vie en famille ne compte pas beaucoup et les interdits religieux ne sont pas pris en considération. C’est comme cette totale dépendance à la drogue qui procure un plaisir éphémère et c’est l’impossibilité d’arrêter les jeux de carte à mise d’argent réel qui guettent au bout d’un certain âge.

Avec la complicité des gérants des cafés

Dans certains cafés populaires, on se livre au «kmar» comme on dit dans le jargon tunisien au su et au vu de tout le monde. Le plus souvent, les parties de cartes se terminent après le shour par des bagarres et la fermeture du café. Le perdant ne pouvant plus admettre une défaite qui ne fera que l’humilier plus tard, refuse d’arrêter le jeu, devient agressif, engueule tout le monde et ne se calmera que dans le poste de police. «Ce n’est pas une question d’argent perdu mais plutôt de suprématie, notamment dans les quartiers populaires», nous fait savoir Abderrazek, habitant à la cité Ettadhamen. Ce dernier nous confirme que dans certains cafés du coin, les gérants et les serveurs sont de mèche avec les joueurs de cartes moyennant une somme d’argent.

L’envie irrésistible et irrépressible l’emporte au bout du compte, mais ce n’est pas toujours sans incidences désastreuses. Des unités sécuritaires spécialisées dans la lutte contre ces pratiques relevant de la police judiciaire resserrent l’étau sur les cafés et les salons de thé aussi bien dans les quartiers populaires que huppés et organisent même des descentes durant les veillées ramadanesques. C’est ainsi que le moment de détente entre amis peut tourner au calvaire et tout le monde finit dans les locaux de la police.

Pour cette année, il y a eu plus de concentration sur les jeux de cartes à mise d’argent réel dans les salons huppés et dans certains foyers privés où ces jeux sont organisés de manière discrète, selon une source digne de foi. Toutefois, les informations autour de ces opérations sont rarement divulguées et pas de communiqués émanant du ministère de l’Intérieur à ce propos, du moins pour le moment.

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