Ils ne furent qu’une centaine (impeccablement encadrés par la police), mais le poids de leur cause pèsera de plus en plus lourd.

A l’appel d’organisations de la société civile, une centaine de protestataires se sont retrouvés samedi après-midi pour défiler de l’avenue Roosevelt, à Carthage, jusque devant la mairie de la localité. Ils entendaient attirer l’attention sur la grave détérioration de la situation du patrimoine archéologique local et réclamer l’adoption de mesures immédiates de protection et de mise en valeur de ce site historique. C’est qu’on assiste, dans ce périmètre, à une recrudescence des atteintes au patrimoine. Ces violations revêtent diverses formes : constructions anarchiques sur des terrains classés archéologiques avec leur corollaire de destruction de vestiges plus ou moins visibles, occupation d’espaces publics — y compris chaussées et même portions de rues —, surélévation du bâti qui altère l’intégrité d’un paysage imprégné d’événements historiques — telle la colline de Byrsa, berceau de l’Etat tunisien et en voie d’être occultée par la multiplication des constructions —, etc. A l’origine de tous ces maux, la non-application depuis près de trois décennies d’un plan de sauvegarde et de mise en valeur mis au point par les spécialistes (archéologues, urbanistes, architectes, etc.) connu sous l’appellation de Plan de protection et de mise en valeur (Ppmv) du parc archéologique de Carthage-Sidi Bou Saïd, exigé par l’Unesco au lendemain du classement de ce site sur la liste du patrimoine mondial. Pour être mis en exécution, le Ppvm attend…la signature du Chef de l’Etat. Qui se fait attendre jusqu’à ce jour ! Ajouté au laxisme d’une autorité municipale timorée et soumise à la pression des lobbies agissants de la spéculation foncière, on mesure l’étendue des dégâts prévisibles en l’absence d’une réaction vigoureuse. Et l’Unesco de brandir la menace du retrait de ce site de la liste du patrimoine mondial.

Transformer les ruines en mines d’or

L’adoption et la promulgation du Ppmv a donc constitué la principale revendication des marcheurs qui ont également dénoncé les spéculateurs et les fonctionnaires corrompus complices de l’hécatombe.

Ils ne furent qu’une centaine (impeccablement encadrés par la police), mais le poids de leur cause pèsera de plus en plus lourd. Car il y va de l’intérêt de la région et de ses habitants qui, encadrés par l’Administration et les spécialistes, pourraient transformer ce qui subsiste des vestiges et des paysages en richesses économiques procurant emploi, revenus conséquents, amélioration du cadre de la vie quotidienne et supplément de prestige à la commune. Il est temps que les consciences s’éveillent et que les bonnes volontés se manifestent pour sauver Carthage et œuvrer au bien-être de sa population.

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