Les sondages suscitent, évidemment, du bruit et de la controverse à quelques mois d’une élection. Le ton est, cependant, tout autre, inhabituel, autrement plus vif, cette année.

Ce qui a changé ?

– Il y a, d’abord, la presque totalité des partis politiques qui y rechigne. Qui n’y croit même plus. En 2011, en 2014, à l’occasion des municipales, aussi,beaucoup en contestaient les chiffres, les petites et/ou nouvelles formations surtout, mais les grosses pointures, les favoris des urnes, donnaient systématiquement leur accord. Plus maintenant.

– Il y a la nouveauté, ensuite, la «secousse» : Ennahdha conteste. «Sort les griffes». Pointe du doigt. N’approuve plus.

Les analystes s’entendent sur  ce point. Pour la première fois, les chiffres, ceux notamment de « Sigma » et de « Emrod consulting », prévoient une forte baisse du vote islamiste.  Affaire d’image, de réputation, la réaction de Rached Ghannouchi et de  ses collaborateurs de l’instance dirigeante ne pouvait ne pas se manifester.

– Il y a l’autre surprise (l’autre « secousse »), enfin :  Youssef Chahed qui caracolait en tête des intentions de vote de la  «présidentielle », dégringole  à son tour, loin des Kaïs Saïed, Abir Moussi et  Nabil Karoui.

Le changement a  son effet.

La crédibilité du sondage politique est comme mise en cause. Les contestataires invitent à «plus de contrôle »,à « un cadre juridique plus sûr». Le vrai handicap est ce que tout cela  laissera, peut-être, dans l’opinion, chez le plus grand nombre de citoyens. Des choses s’oublient difficilement : les pourcentages qui partent trop à la hausse ou trop à la baisse, les affinités dissimulées ou affichées, les pronostics qui fusent comme « sur commande », «à l’occasion ».

Les récentes contestations d’Ennahdha, les accusations et les avertissements qu’elle adresse à « Sigma Conseil » et à Hassen Zargouni peuvent, encore, renforçer le doute ambiant. Rien n’opposait « Ennahdha » à « Sigma » jusque-là. Les positions ont vite, trop vite basculé.

«Sigma» et Zargouni écopent, aussi, de la part de « Tahya Tounes » et des « émules » du chef du gouvernement. Pas plus tard qu’hier, Zargouni accompagnait Youssef Chahed à Paris, et « Sigma » affublait ce dernier d’un large et confortable 19%. Là, on assiste au scénario inverse.  Une « question d’honneur » est en jeu. Un pacte est comme rompu. Un peu, «les amis d’hier, adversaires d’aujourd’hui ».

Pas  de crédibilité,non plus, pour les sondages télés. Ceux-çi traînent, en plus, une mauvaise étiquette. Dix ans, maintenant, que les chaînes vedettes, les gros calibres que l’on sait, s’attribuent, conjointement, la suprématie de l’audimat. Dix ans que chacune d’entre elles assène pour « preuve » des chiffres de « Emrod » ou de « Sigma », mais sans jamais encourir de démenti ni  recevoir de confirmation. Ce sont, depuis toujours,des statistiques « personnelles », des arrangements convenus, ou des « triomphes autoproclamés ».

En sorte que, depuis le temps, le téléspectateur a fini par prendre le pli. Lui, regarde sa chaîne favorite,son feuilleton préféré,et ne s’occupe plus de savoir qui  préside à l’audience et qui rafle le maximum de «vues».

Les batailles,les contestations,si tant est qu’elles sont réelles et qu’elles servent à quelque chose, sont confiées aux professionnels eux-mêmes,aux animateurs et aux chroniqueurs,fieffés opportunistes « interchangeables », chargés de la «propagande maison ». Comme pour le sondage politique :  laissées au faux…. et à l’exhibition de faux.

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