Dans la tradition du paysage en Tunisie, la vision spectaculaire du Boukornine n’a jamais laissé indifférents les artistes-peintres, bien au contraire.

Cette montagne, mythologique par excellence du golfe de Carthage, et qui aura été le témoin inséparable des riches heures de l’ancien Empire, comme de ses remous et de sa décadence, apparaît toujours comme le symbole de l’existence humaine, de l’antiquité jusqu’à ce jour. On la retrouve même, rythmant les siècles passés —à l’époque de Charles Quint, entre autres—, à travers les peintures, dessins, gravures et autres estampes dans les bibliothèques de l’Europe, pour dire la présence des géographes, des voyageurs de toute espèce (conteurs, poètes, romanciers, tel Gustave Flaubert) et, bien sûr, de nouveaux conquérants de cette Afrique du Nord pour laquelle il existe, à nouveau, un regain d’intérêts multiformes.

Mais, plus proche de nous, et en ce qui concerne la tradition du paysage, objet de la chronique de ce jour, il faut dire que l’engouement des artistes-peintres pour cette «montagne à deux cornes» relève toujours de la tradition des paysages pittoresques et des scènes sentimentales bien léchées ou des reproductions d’œuvres plus ou moins célèbres et somptueusement encadrées, telles que les générations montantes pourront la découvrir dans le musée de la nouvelle Cité de la culture.

Nous mentionnerons, pêle-mêle, les artistes paysagistes qui l’ont magnifiée durant le siècle dernier, d’une manière classique ou moderne, c’est-à-dire à travers un nouveau dynamisme.

Citons-les : Micheline Canaut, Mosé Levy, Alexandre Roubtzoff, Gustave Lino, Jules Lellouche, Paul Klee et ses compagnons, Ammar Farhat, Pierre Berjole et Pierre Boucherle, Antonio Coropora, Abdelaziz Gorgi et Jellal Ben Abdallah…

Ces deux derniers peignent plutôt des scènes de la vie traditionnelle ou du promontoire de Sidi Bou Saïd, et fixant cette montagne comme un triangle vu de loin, pour le rappel du golfe de Carthage. Car cette montagne à deux cornes (Le Boukornine ou Bougarnine) n’est qu’une illusion d’optique car lorsque, chers lecteurs, vous prenez l’autoroute pour aller à Hammamet ou vers le Sud, vous vous apercevez qu’il ne s’agit que de deux djebels séparés ou décalés l’un de l’autre. Mais, gardons — et regardons — cette image de loin pour magnifier encore et encore cette montagne mythique et légendaire pour les visiteurs qui en connaissent l’importance et la valeur historique. Tout comme — pour la simple comparaison ce que fut la montagne Sainte-Victoire pour Paul Cézanne qu’il peignait de loin à partir de sa fenêtre, après l’avoir vue de plus près, en cheminant sur ses pentes sinueuses et fatigantes sur le tard.

De nos jours, il n’y a presque plus de peintres pleinairistes qui s’aventurent du côté du golfe de Carthage pour peindre cette montagne, comme le faisaient naguère certains aquarellistes de renom : Pierre Demoutier, Jacques Marmey ou Victor Sarfati.

A cause de la montée des eaux et la disparition des plages, de la Goulette à Gammarth — où l’on a construit des digues, vaille que vaille, il n’est plus possible de s’approcher des rives de la Méditerranée vue de ce côté-là.

C’est plutôt les photographes, les pieds dans l’eau — même avec un smartphone qui s’en donnent à cœur-joie.

Des clichés-souvenirs, et à n’importe quelle heure et à n’importe quelle saison. Des prises de vues de l’atmosphère qui règne dans les mouvements des vagues et du ressac en plein hiver.

Alors, enveloppé d’un cache-col blanc dû aux nuages, le Boukornine ressemble à un Fuji-Yama à la tunisienne ou à la carthaginoise. Prenez-le comme vous l’entendez chers lecteurs. Cette chronique est adressée, particulièrement à notre ami Mahmoud Chelbi, immense photographe et agitateur culturel qui veille jour et nuit à cette sainte montagne du côté de la plage des Figuiers au Kram. Ses clichés sont de véritables peintures, si j’ose dire.

Bon dimanche, chers amis.

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