Par Rabhi Abdallah*

Trouver des solutions appropriées pour assurer la gestion intégrée des ressources en eau et relever les défis de la pénurie d’eau et de l’adaptation aux changements climatiques, tout en préservant un environnement sain et en répondant aux besoins du développement économique et social.

Développer un plan stratégique cohérent pour assurer une utilisation optimale de l’eau et fournir des ressources en eau à l’horizon 2050 et la sécuriser pour les générations futures en étudiant les hypothèses du développement de la demande en eau pour tous les secteurs et le développement des eaux non conventionnelles. C’est selon ce principe que le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, représenté par le Bureau de planification des études hydrauliques (Bpeh), a entamé depuis 2018 une étude prospective pour la conception et la mise en œuvre d’une stratégie de long terme de gestion intégrée des ressources en eau et pour tenter de désamorcer les différents risques inhérents au développement d’une ressource rare, comme l’eau en Tunisie. Cette étude est financée sur un don accordé par la BAD et la GIZ et exécutée par le bureau tunisien Studi en groupement avec un bureau étranger pour un montant avoisinant les 10 millions de DT. Ont pris part à cette étude des compétences tunisiennes de différents domaines et disciplines : chercheurs, universitaires, économistes, juristes et sociologues. La Tunisie fait partie du groupe de pays de la zone Mena où les ressources en eau constituent l’un des biens environnementaux les plus menacés. Elle subit une pluviométrie irrégulière et demeure très vulnérable à la ressource en eau. De plus, la croissance démographique, l’urbanisation de la population et le développement économique poussent la demande à la hausse, de sorte que l’eau devienne une ressource de plus en plus rare. Son potentiel hydrique est modeste.

Environ, le quart de ces ressources proviennent des nappes fossiles et sont, de ce fait, épuisables. Les ressources renouvelables subissent, elles, les effets d’un climat contraignant et qui risque de le devenir encore plus avec les changements climatiques. Aussi bien les ressources renouvelables que les ressources fossiles souffrent d’une pression humaine croissante et de défis socioéconomiques nombreux. Elles sont très fragiles et très menacées. Sans une gestion durable, elles risquent de devenir un frein sérieux au développement.

Cependant, les ressources en eau ont presque atteint leur seuil critique. Les eaux de surface  sont totalement mobilisées ou presque, les eaux des nappes profondes, fossiles et non renouvelables le sont en grande partie et risquent d’atteindre leurs limites d’exploitation si ce n’est déjà le cas. Enfin, les eaux des nappes phréatiques largement accessibles à la population par des moyens traditionnels sont déjà en grande partie surexploitées, et ce, dans la plupart des régions du pays.

Pour faire face à ces défis, les termes de références minutieusement élaborés par l’unité de gestion du projet qui s’est entourée des compétences du ministère et de la société civile ont ciblé les objectifs secondaires suivants :

  Améliorer la capacité du pays face aux pénuries structurelles, ainsi que sa résilience.

– Optimiser la valorisation de l’eau en termes économiques et sociaux

– Maîtriser le risque dans la gestion quantitative et qualitative de l’eau avec une adaptation au changement climatique

-Renforcer la préservation des ressources en réduisant l’impact des activités humaines sur les ressources.

– Sécuriser le service de l’eau en quantité et en qualité appropriée pour toutes les parties prenantes

Cette étude a été divisée en quatre phases

Phase I : Collecte et analyse des études stratégiques précédentes.

Phase II: Diagnostic de la situation actuelle et préparation des orientations de base.

Phase III : L’achèvement des études prospectives et la modélisation des attentes en matière d’offre et de demande.

Phase IV : Préparation de la stratégie de l’eau d’ici à 2050.

Étape V: Préparation de plans d’action pour la mise en œuvre de la stratégie de l’eau d’ici à 2050

Sensibiliser l’ensemble des acteurs de la gestion de l’eau aux risques de pénurie d’eau (lesquels acteurs sont appelés à construire de nouveaux paradigmes et à s’extraire des référentiels qui prévalaient jusqu’à présent)

Informer sur l’état d’art de prospective sur les ressources en eau en Tunisie et les étapes à venir pour mener à bien cet exercice.

Pour mener à bien cette étude, une organisation a été faite dans le but d’impliquer tous les acteurs (institutions publiques, société civile, secteur privé, recherche et développement) ; ainsi cinq groupes thématiques ont été constitués. Cette démarche a été :

•Une occasion aux parties prenantes de prendre connaissance des intérêts et des valeurs des autres parties, ouvrant, ainsi, la voie à des compromis socialement acceptables.

•Une opportunité pour amorcer la réflexion sur le processus d’élaboration de la vision et de la stratégie « Eau 2050 »,

Les aspects retenus sont :

Aspects économiques et sociaux

Aspects physiques et techniques

Aspects environnementaux

Gouvernance

Communication et sensibilisation en coût de l’eau : production, maintenance, exploitation.

Investissements : entretien, maintenance, réhabilitation, modernisation du réseau commun.

Concurrence entre secteurs : eau potable – irrigation – industrie –tourisme.

A la date d’aujourd’hui, les trois phases sont achevées et les rapports sont validés par la commission de pilotage, ce qui va certainement aboutir à l’élaboration d’une vision et stratégie pour le secteur de l’eau à l’horizon 2050 et mettre à la disposition des décideurs une feuille de route selon une approche participative.

*Ancien secrétaire d’Etat, chargé des Ressources hydrauliques

et de la Pêche

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