Déroulant le fil de sa vie et de sa carrière, l’auteur raconte avec simplicité, sincérité et précision l’histoire d’un jeune Tunisien, intimement liée à celle d’une jeune Tunisie. Dans le pays en devenir, à la veille, puis au lendemain de l’Indépendance, tous les possibles s’offraient à un jeune homme ambitieux, déterminé, dévoué et patriote. Non que les chemins pavés de bonnes intentions soient aisés à parcourir, mais tout était à faire, et l’ascenseur social jouait pleinement son rôle.

Quand je pense ! Quand je pense qu’on a osé accuser les Tunisiens d’être de piètres lecteurs ! Quand je pense qu’on a répété à l’envi des chiffres infamants quant au nombre de livres que le Tunisien était capable de lire en un an ! Voilà que l’actualité, enfin, leur rend justice. Sitôt paru, le livre de Si Mohamed Ennaceur, important pavé de plus de 600 pages, que même des lecteurs avertis, dont c’est le métier comme nous, mettent du temps à lire, analyser, assimiler, eux ont tout de suite été à l’essentiel. Tous avaient trouvé le fameux passage qui agite la sphère politique. Tous en avaient tiré la substantifique moelle. Tous en avaient analysé les dits et les non-dits. Remarquables lecteurs que les Tunisiens. Car le passage ne se trouve pas aux premières pages, ni même aux premiers chapitres. Il se trouvait à la page 580 et il fallait lire presque tout le livre pour y parvenir. Alors, devant l’évidence, ne calomnions plus le lecteur tunisien. Et faisons comme lui, plongeons-nous dans ce remarquable ouvrage, mémoire d’un des témoins les plus discrets, mais aussi les plus présents de l’Histoire de la Tunisie.

Si Mohamed n’est pas homme à courir les plateaux de télévision, aussi, la mauvaise querelle qu’on lui cherche, le targuant de chercher le buzz est nulle et non avenue. Je ne suis même pas sûre que le mot « buzz » fasse partie du dictionnaire de ce fin lettré.

Déroulant le fil de sa vie et de sa carrière, l’auteur raconte avec simplicité, sincérité et précision l’histoire d’un jeune Tunisien,  intimement liée à celle d’une jeune Tunisie. Dans le pays en devenir, à la veille, puis au lendemain de  l’Indépendance, tous les possibles s’offraient à un jeune homme ambitieux, déterminé, dévoué et patriote.

Non que les chemins pavés de bonnes intentions soient aisés à parcourir, mais tout était à faire, et l’ascenseur social jouait pleinement son rôle.           

                                                             

« En écrivant ces mémoires, je suis conscient d’appartenir à une génération charnière entre deux époques, avant et après l’Indépendance, une génération qui a eu le privilège de soutenir un projet de société, qui a participé à sa mise en œuvre, et qui a abouti, en fin de compte, à la société tunisienne d’aujourd’hui. »

Le choix de vie que fit Mohamed Ennaceur allait conditionner tout le reste de son parcours :  « Etre utile », serait son credo comme il répondit au ministre qui le recrutait pour son premier poste et qui lui demandait quelle était sa devise dans la vie.   

Sur les quarante ans au service de l’Etat, il en consacra 25 au ministère des Affaires sociales.

« Je constate aujourd’hui encore, et plus de soixante ans après l’Indépendance, combien la question sociale demeure au centre des préoccupations de la population. L’emploi, la formation professionnelle, la protection sociale, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, l’amélioration du niveau et des conditions de vie constituent des thèmes récurrents dans le discours politique et les plans de développement ».

Aussi, est-ce sans surprise qu’au lendemain de la révolution, menée par des jeunes dont c’était là les principales revendications, que l’on vit revenir sur le front, de nouveau au ministère des Affaires sociales, à l’appel de Si Beji Caïd Essebsi, celui qui en avait fait le combat d’une vie.

C’est à lui que l’on confia, plus tard, l’Assemblée des représentants du peuple, cette arène que nul, depuis, n’arriva à dompter, et que lui, l’homme sage, respectueux et respecté, sut rendre respectable.

C’est lui, enfin, qui se retrouva aux commandes du pays, pour prendre la relève de son ami disparu, et qui, en ces temps troubles, sut organiser des élections et mener le pays à bon port.

Rarement destin fut aussi riche et surprenant que celui de Mohamed Ennaceur. Rarement aussi, homme sut y répondre avec autant de rigueur, de constance, de mesure et d’efficacité.

Pour tout cela, parce qu’il fut témoin et acteur, parce qu’il sut s’immerger dans l’action, et garder la hauteur de vue nécessaire à tout vrai dirigeant, parce qu’il fut aux côtés des pères fondateurs, et des révolutionnaires, parce qu’il incarne ce que la Tunisie a de meilleur, il faut lire ce livre. Et ne pas le commencer par la fin.

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