Il suffit désormais que le Chef de l’Etat fasse un déplacement à l’étranger pour que la scène politique tunisienne se mette en mouvement. C’est l’effet papillon, une théorie selon laquelle un battement d’ailes de papillon dans une autre contrée peut provoquer une tempête chez soi. En effet, la levée de boucliers qu’a suscitée cette visite en dit long sur les craintes exprimées en Tunisie par ceux qui veulent enrayer l’action diplomatique tunisienne et la garder otage des alliances diaboliques tissées sous la présidence intérimaire d’un Moncef Marzouki qui a foulé aux pieds les principes fondateurs de la politique extérieure tunisienne ou encore d’un Rafik Abdessalem, ancien ministre des Affaires étrangères, qui s’est jeté dans le giron des axes maléfiques en se rangeant derrière les forces géostratégiques qui complotent contre notre pays et lui ont réservé les desseins les plus noirs.

Ce qu’ils craignent de cette visite, c’est de la voir modifier progressivement les rapports tuniso-égyptiens, qui peuvent provoquer, à long terme, des changements colossaux qui mettraient fin à l’hégémonie exercée sur la diplomatie tunisienne par le passé. Ce n’est pas la position tunisienne exprimée par Saïed en faveur de l’Egypte sur l’épineuse question des eaux du Nil qui les tracasse, mais plutôt la peur de voir leur marge de manœuvre se rétrécir comme une peau de chagrin sur le plan régional et continental. Laquelle conduirait à une coordination plus ferme sur la question du terrorisme et de son financement. Mais aussi une plus grande concertation des services de renseignements avec un échange massif d’informations sécuritaires précieuses pouvant compromettre des éléments extrémistes tunisiens qui visent à saper l’Etat national et à faire vaciller ses colonnes, comme ce fut le cas entre 2011 et 2013, qui les fait grincer des dents. Disons-le sans ambages, la visite de Saïed est beaucoup plus importante et grande dans sa dimension et sa portée que de s’escrimer  à la réduire à une simple demande de collaboration sécuritaire. Certes, les égards avec lesquels le Chef de l’Etat a été reçu et les honneurs qui lui ont été réservés  témoignent de l’estime dont il jouit auprès de son homologue Abdelafattah Al-Sissi. Mais comment expliquer les bains de foule et l’accueil chaleureux que les citoyens égyptiens ont accordés au Président Saïed. Il était devenu la vedette des trends sur les réseaux sociaux égyptiens et ses photos et vidéos ont envahi la Toile. C’est que Kaïs Saïed n’est pas parti en conquérant ou en détresse pour un appel à l’aide contre ceux qui pourrissent la vie à leurs concitoyens en Tunisie. Il était parti en frère et en ami rétablir les relations séculaires entre deux pays liés par des liens historiques, restaurer les principes de la coopération bilatérale, raffermir les échanges commerciaux et explorer les pistes de l’investissement entre les deux pays. Il s’agit, pour ainsi dire, d’une visite politique par excellence qui tend à un renouveau des relations diplomatiques à partir d’un socle historique commun, allant du transfert de Mahdia, la capitale des Fatimides, au Caire, en passant par les routes commerciales de Kairouan et d’Alexandrie, sans oublier les rapports séculaires entre Al-Azhar et la Zitouna, tout comme la pensée et la culture dont les deux noms phares se résument à Ibn Khaldoun et Bayrem Ettounsi. Mais il y avait aussi le sort scellé des deux pays et le sang des martyrs qui a coulé pour la libération de la Palestine et pendant la guerre des Six-Jours. Saïed voulait tout raconter et raviver ces pages glorieuses entre nos deux pays pour partir de plus belle dans ses relations diplomatiques avec une grande nation qu’est l’Egypte. Une relation d’égal à égal qui recolle les morceaux du passé pour bâtir un avenir plus radieux. A cet effet, la convergence de points de vue des deux dirigeants sur plusieurs questions telles que le dossier libyen qui concerne de près les deux pays étant donné son impact direct sur eux, ne semble pas plaire aux nostalgiques de l’ère Marzouki.

Mais quoi qu’il en soit, Saïed ne s’est étalé sur les affaires internes que devant les Tunisiens résidant en Egypte dans une rencontre à l’ambassade de Tunisie au Caire. C’était une rencontre à cœur ouvert avec des concitoyens qui ont exprimé leur profond malaise de voir le pays souffrir et ne pas sortir de la crise.

Ce genre de tourment que vit le pays inquiète au plus haut degré les Tunisiens à l’étranger qui en sont peinés et demandent au Chef de l’Etat d’agir. Oui le maître mot est aujourd’hui « action » et c’est ce qui fait trembler encore les politicards de salon, ces fossoyeurs du rêve tunisien.

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