Ce nouveau rebondissement ne peut rester sans conséquences sur l’avenir politique du parti aux positions peu claires et constamment fluctuantes. Certaines sources évoquent dans ce sens que pour calmer la tension au sein du parti, le bureau politique de Qalb Tounès aurait rejeté la démission de Iyadh Elloumi et l’aurait appelé à révenir sur sa décision.

C’est ainsi qu’avait commencé la crise au sein de Nidaa Tounès. Démissions, divergences et échanges d’accusations, Qalb Tounès n’est pas à l’abri du scénario de l’implosion.

Connu comme étant l’une des principales figures médiatiques du parti et comme l’un des dirigeants les plus proches de Nabil Karoui, Iyadh Elloumi a fini par jeter l’éponge et claquer la porte de Qalb Tounès, car, comme il l’explique, «sa relation avec cette structure politique prend fin».

La tension est à son comble du côté de Qalb Tounès, un parti bâti autour de la personnalité de son fondateur Nabil Karoui ayant bénéficié de ses campagnes de bienfaisance. Le dernier rebondissement qui retentit au sein de cette structure politique pourrait en dire long sur la suite de sa carrière au sein d’un échiquier politique hautement tendu et où chaque faux pas se paie cher. Dimanche dernier, Iyadh Elloumi a officialisé sa démission du parti mais aussi de son bloc parlementaire, suite à de fortes divergences de points de vue. Il évoque même un chantage que subit Nabil Karoui pour quitter la prison, il accuse en même temps l’autre député du parti Sofiene Toubel d’avoir opéré des manœuvres douteuses et « son équipe qui sont parvenus à atteindre leurs objectifs ».

« Je me retire avec les honneurs d’un parti que j’ai créé avec mon ami emprisonné, Nabil Karoui. Je refuse la politique que le lobby de la corruption veut imposer à l’intérieur et à l’extérieur du parti. Je salue les personnes intègres de Qalb Tounès et des autres partis », a-t-il écrit.

Au fait, un grand différend oppose les deux hommes et la rupture semble être consommée. Car pour Iyadh Elloumi, «il est inconcevable d’accepter les pratiques de chantage dont est victime le président du parti, Nabil Karoui». Sofiene Toubel est-il en train de faire impliquer Nabil Karoui dans une politique de chantage pour quitter la prison ? C’est en tout cas ce que nous pouvons comprendre des déclarations de Iyadh Elloumi. « Il existe une véritable interruption de la communication avec le président du parti. Pour ma part, j’ai fait l’objet d’un chantage pour avoir appelé à la restructuration du parti et à l’amélioration de son action. Les mêmes personnes qui ont détruit Nida Tounès incarnent le même rôle aujourd’hui au sein de Qalb Tounès. Ils veulent un parti des personnes et non des institutions », a-t-il mis en garde.

Quelles conséquences politiques ?

Ce nouveau rebondissement ne peut rester sans conséquences sur l’avenir politique du parti aux positions peu claires et constamment changeantes. Certaines sources évoquent dans ce sens que pour calmer la tension au sein du parti, le bureau politique de Qalb Tounès aurait rejeté la démission de Iyadh Elloumi et l’aurait appelé à réviser sa décision et avoir une période de réflexion. Nous n’avons pas pu joindre le concerné pour confirmer ces informations, mais ce dernier semble exiger le départ de Sofiane Toubel avant tout.

C’est dans ce contexte que Oussama Khelifi, président du bloc parlementaire dudit parti, a affirmé que le parti est toujours solidaire mais connaît une période de révision et de réformes politiques.  «En dépit des campagnes de harcèlement et des attaques, le parti est toujours solidaire, mais nous connaîtrons une période de restructuration politique», a-t-il noté.

Il faut rappeler que la démission de Iyadh Elloumi n’est pas une première au sein de cette structure politique.

En juillet dernier, la députée de Qalb Tounes Lilia Bellil Manai avait annoncé sa démission de son parti et du bloc parlementaire, après le vote de retrait de confiance à Rached Ghannouchi. La députée avait affirmé avoir subi des menaces pour voter contre le retrait de confiance à Rached Ghannouchi.

En mars 2020, onze députés du bloc parlementaire de Qalb Tounès ont adressé leur démission du bloc au président du Parlement. Il s’agit des députés, Ridha Charfeddine, Hatem Mliki, Khaled Gassouma, Naima Mansouri, Amira Charfeddine, Safa Ghribi, Souhir Askri, Mariem Laghmani, Samira Ben Slama, Hassen Belhaj Brahim, Imed Ouled Jebril.

Qalb Tounès avait été fondé par Nabil Karoui qui avait largement puisé dans sa popularité acquise à l’issue de ses œuvres caritatives, ce qui lui a permis d’accéder au Parlement et d’avoir un bloc parlementaire imposant.

Suite à la chute du gouvernement Elyes Fakhfakh, le parti s’est allié à Ennahdha et Al-Karama pour constituer la ceinture politique du gouvernement Mechichi. Ses positions et son appartenance politiques ne sont pas claires et changent en fonction des conjonctures, des intérêts et contextes politiques. Suite à l’emprisonnement de son fondateur dans le cadre d’une affaire de corruption financière, le parti mène une campagne médiatique pour libérer ce qu’il appelle un «prisonnier politique». Certaines sources affirment également que le parti s’est coincé au cœur d’un jeu de chantage politique pour libérer son fondateur de la prison.

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