La Caisse générale de compensation a toujours constitué un fardeau pour le budget de l’Etat, dans la mesure où les fonds qui y sont alloués augmentent d’une année à l’autre, atteignant plus de 400 millions de dinars. De plus, tout le monde —aussi bien les personnes aisées que les démunies— bénéficie de cette caisse qui a été créée après l’Indépendance pour subvenir aux besoins des personnes nécessiteuses qui étaient nombreuses en Tunisie.

Actuellement, la configuration de la population a bien changé et la classe moyenne s’est étendue. Certes, cette catégorie de personnes composée d’employés dans l’administration et les entreprises privées a connu au cours de la dernière décennie une dégradation au niveau de son pouvoir d’achat, mais elle est néanmoins mieux lotie que les personnes nécessiteuses qui se trouvent dans toutes les régions du pays. Mais, selon les études, on a constaté une dominance du taux de pauvreté dans les régions du Nord-Ouest où les ménages, qui s’adonnent surtout à des travaux agricoles, n’arrivent pas à joindre les deux bouts et seraient lésés par la suppression de la compensation des produits de première nécessité.

En fait, les produits qui bénéficient de la compensation sont le pain, la semoule, les pâtes, le lait et l’huile végétale qui sont nécessaires dans le quotidien des Tunisiens. Pourtant, de temps en temps, de petites augmentations sont enregistrées comme ce fut le cas récemment pour le prix du lait augmenté de 100 millimes. Pour le pain, il n’y aura pas d’augmentation des prix au risque de provoquer la colère populaire.

Registre de la pauvreté

Le ministère des Affaires sociales détient, depuis des années, le registre des personnes pauvres en Tunisie. Ce dernier doit être mis à jour pour ajouter de nouvelles personnes touchées par la pauvreté. Des assistantes sociales sillonnent, de temps à autre, les campagnes et les milieux urbains en vue d’identifier de nouvelles familles dans le besoin avant de les inscrire, après étude de leur cas, dans le registre des familles pauvres en Tunisie. Malgré ce travail d’envergure, il est impossible de répertorier toutes les personnes pauvres dans le pays et certains individus demeurent livrés à eux-mêmes et non inclus dans ce registre. Pourtant, l’orientation des pouvoirs publics est le ciblage des personnes nécessiteuses pour orienter les subventions de leur côté dans une perspective de suppression de la Caisse générale de compensation et de l’application de la réalité des prix. Un travail de grande envergure est ainsi nécessaire pour répertorier toutes les familles nécessiteuses dans le pays qui auront droit à une subvention leur permettant de supporter la hausse des prix. Quant aux personnes aisées, elles seront tenues de payer le prix réel sans compensation. Les producteurs ont toujours appelé à libéraliser les prix des produits de consommation en tenant compte du principe de l’offre et de la demande. Ils ont toujours protesté contre l’interventionnisme de l’Etat dans la fixation des prix même pour les produits non homologués comme ceux des viandes blanches. En fait, l’Etat ne s’empêche pas d’intervenir vigoureusement quand il constate que certains produits —même soumis à la loi de l’offre et de la demande— connaissent une flambée de nature à menacer le pouvoir d’achat du citoyen.

Rôle social de l’Etat   

L’Etat a un rôle social à jouer en plus de sa mission économique. Il est appelé, en effet, à maintenir les équilibres fondamentaux en veillant à la préservation du pouvoir d’achat des citoyens, toutes catégories confondues. Les commerçants ont intérêt à fixer une marge bénéficiaire raisonnable pour éviter des hausses de prix illégales. Parfois, un produit est vendu par l’agriculteur à un prix dérisoire pour arriver aux consommateurs trois ou quatre fois plus cher. Le produit en question passe par plusieurs intervenants (transporteur, mandataire, commerçant) pour atteindre, enfin, le consommateur à un prix hors de portée. Avant de pratiquer la réalité des prix, il est nécessaire d’assainir la situation des marchés en imposant aux commerçants une marge bénéficiaire raisonnable. Certes, le contrôle économique qui effectue ses opérations dans les marchés vérifie le bon de livraison détenu par le commerçant et s’assure que la marge bénéficiaire est réglementaire, mais une fois le contrôleur parti, la situation prend une autre allure et la marge bénéficiaire est multipliée par deux, voire par trois. Des efforts doivent être déployés au niveau du contrôle économique en augmentant le nombre des agents et en les dotant des moyens de travail modernes et efficaces.

En Tunisie, la liberté commerciale devrait bénéficier d’un encadrement constant de la part de l’Etat pour éviter les déviations qui pourraient être effectuées par certains commerçants. Sinon le commerce parallèle va gagner de nouveaux galons puisqu’il est le seul recours des consommateurs à revenus limités. Les quantités de produits de diverses natures sont vendues à prix abordables. La suppression de la compensation ne doit léser aucune partie intervenant dans la chaîne : ni le producteur, ni le consommateur. Toutes les parties doivent trouver leur compte dans une nouvelle orientation qui cible les pauvres afin de leur fournir une subvention leur permettant de supporter les hausses des prix des différentes matières et produits de consommation.

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