La réforme des subventions ne peut plus attendre. Cela fait plus de dix ans que les organismes financiers internationaux ont demandé à la Tunisie de trouver une formule plus rationnelle pour la compensation afin qu’elle aille aux ayants-droit.

La pratique des subventions a été appliquée en Tunisie afin de protéger le pouvoir d’achat des citoyens, de garantir l’approvisionnement du marché avec les produits de base ainsi que de soutenir le développement de certains secteurs, notamment l’agroalimentaire. Cependant, avec l’augmentation continue des prix des matières premières et des prix internationaux, ces subventions pèsent de plus en plus sur le budget de l’Etat.

Le  gouvernement vient de conclure un accord-cadre avec l’Ugtt portant sur la réalisation des réformes nécessaires pour les entreprises publiques et le système de compensation. Ce dernier est parmi les gros chantiers de 2021, visant à renforcer la cohésion sociale et la lutte contre la pauvreté et la précarité et à soutenir le pouvoir d’achat des franges sociales ciblées.

Le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a insisté sur la nécessité d’orienter les subventions vers ceux qui y ont droit.  « Ce sera l’une des caractéristiques les plus marquantes de la nouvelle politique de compensation qui sera proposée en juillet prochain », précise-t-il.

Cet accord prévoit la création de cinq comités de réflexion conjoints, dont un comité mixte chargé d’examiner les moyens de réformer le système de compensation en ce qui concerne le subventionnement des denrées de base et le carburant.

Le chantier de la réforme du système de compensation doit commencer le plus rapidement possible, avec comme ambition de continuer à maîtriser l’évolution de la charge de compensation des principaux produits énergétiques et alimentaires, passée à des pics alarmants.

A l’heure actuelle, la majorité des études qui ont traité de la question des subventions  se sont focalisées sur l’inefficacité du   système actuel, en se basant sur les enquêtes ménages, qui montrent que les pauvres ne profitent pas pleinement de ces subventions.

Dans ce contexte, la Banque mondiale vient d’accorder une enveloppe de 300 millions de dollars à la Tunisie, — c’est ce qu’a annoncé récemment  Farid Belhaj, vice-président du Groupe de la BM pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, à l’issue d’un entretien avec le président Kaïs Saïed — , afin d’aider les familles pauvres à faire face à la première étape de levée de la compensation.

L’objectif du nouveau financement est essentiellement la lutte contre la pauvreté. Selon des chiffres du Centre d’études et de recherches économiques et sociales relayés par la Banque africaine de développement (BAD), « le taux de pauvreté qui est passé de 20,5 % en 2010 à 15,2 % en 2016 est remonté de 30 % entre 2014 et 2018 ».

De son côté, le FMI a recommandé, à maintes reprises, la révision du système de subvention généralisé, voire  sa suppression, en optant pour la réalité des prix. « En creux, cela revient à instituer un mécanisme qui ciblera directement les ayants-droit de l’aide, d’autant que cet effort de compensation ou de subvention étatique ne profite qu’à 15% —  au meilleur des cas — des franges défavorisées ».

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