Explosive. Voilà comment l’on pourrait qualifier la situation actuelle de notre pays. Les problèmes de tous genres se sont en effet accumulés d’une manière inquiétante avec absence, hélas de perspectives salutaires,  surtout avec les conséquences désastreuses, attendues et sur tous les plans  de la nouvelle flambée de  la Covid-19.

Notre  pays est, en effet,   confronté, à cause de  cette pandémie et depuis un peu plus d’une année, à la plus rude épreuve de son histoire d’après-indépendance. Cette catastrophe sanitaire, dont le coût économique, social et financier est énorme,  risque, en plus,  de paralyser tout le pays, si la vaccination du personnel des secteurs vitaux n’est pas assurée à temps et si l’incidence de l’infection n’est pas maîtrisée, puis infléchie. L’appareil productif du pays, déjà fortement endommagé, risque, quant à lui, d’être totalement détruit.

Traduire, la marche à grands pas vers un point de non retour, appelé  faillite. Et pas n’importe quelle faillite. Il s’agit d’une faillite totale, économique, politique, sociale, intellectuelle, académique, culturelle et morale. Avec le risque sérieux de déliquescence de l’Etat et de décomposition de la société. Et qui dit faillite, dit perte de la souveraineté. Ce que certains semblent, hélas  ignorer, ou, et là c’est très grave, feignent d’ignorer (nous avons déjà perdu notre souveraineté culturelle, ce qui est à la fois criminel et honteux).

Alors que le bateau Tunisie est en train de couler, certains membres de l’équipage sont en train, eux,  de se chamailler. Des querelles de clocher aux querelles de hammams en passant par des discussions enflammées sur le sexe des anges, ou encore pour le positionnement, l’ambiance est réellement explosive.  Quant aux malheureux passagers, qui sont en réalité les propriétaires du bâtiment,  et à part ceux de la première classe qui sont en train eux de se la couler douce, munis comme ils le sont de leurs propres canots de sauvetage,  ils continuent de suer  pour écoper l’eau avec les moyens du bord. 

Pourquoi voulez-vous, en fait,  que des décideurs bien payés, dont certains sont en plus bien entretenus par des lobbies ou des mafieux, se soucient des intérêts du reste de la population et des difficultés  qu’elle endure ?

Comment voulons-nous, aussi,  que le pays avance alors que les hautes charges et hautes  fonctions sont depuis des années tenues par des débutants, aussi bien en politique qu’en gestion des affaires publiques et parfois même par des multi- incompétents ?

Honteux ! C’est réellement honteux de la part d’une élite dirigeante qui semble se soucier comme de sa première chemise de ce que le pays court comme risques, et qui se donne en pâture aux médias. Entreprises pour la plupart d’entre elles privées,  aux capitaux douteux, aux objectifs souvent non déclarés, toujours à la recherche de gladiateurs pour le grand cirque cathodique, afin  de se remplir encore plus les poches, nuisant ainsi gravement au mental des Tunisiens et à l’image du pays. Honteuse est aussi cette guerre des prérogatives, que nous sommes en train de subir depuis 2016, au sommet de l’Etat, entre le locataire du palais de Carthage et celui du palais de  La Kasbah et qui a atteint aujourd’hui son apogée. Devenu, depuis ces derniers mois à couteaux tirés, le premier voulant à tout prix contrôler tout l’exécutif, le conflit  a pris dimanche dernier  un tournant inquiétant. 

Le chef de l’Etat est en effet revenu à la charge pour réclamer, dimanche, lors d’un discours et sur un ton belliqueux, le droit de placer les forces de l’ordre sous son haut commandement, arguant qu’il est le chef de l’Etat et que, selon la Constitution, c’est ce dernier qui « exerce le monopole de la création des forces armées et des forces de sécurité intérieures » ( Art.17), dénonçant au passage  l’article 77 de la Constitution qui le charge du haut commandement des forces armées uniquement .

Sachant que l’article 17 suscité, ainsi que les articles 18 et 19  font une nette distinction entre les deux forces en question et que l’article 17 parle de création, qui est une fonction législative et non de commandement.

Une prérogative qui va permettre, selon ce que l’on pourrait comprendre de ce qu’il a encore dit dans son discours,  la neutralité de  ces forces  que, plus d’un en est convaincu, qu’elles sont infiltrées par le parti Ennahdha, (majorité simple au Parlement) et, pour une bonne partie, d’entre elles contrôlées par lui.

Ajoutons à  cette corrida, les problèmes générés par un appareil administratif géré par des responsables et des agents de moins en moins compétents, régression générale du niveau général d’instruction oblige, et c’est l’appareil productif et, avec lui, une bonne partie de la population ainsi que les générations futures  qui sont, aujourd’hui, en train de boire la tasse. 

Si le paradigme « Pour accéder à  la démocratie, il faut d’abord assurer le développement  » a rendu son dernier souffle en janvier 2011 pour être remplacé immédiatement par son paradigme inverse, nous pouvons dire sans risque de nous tromper  que nous sommes, aujourd’hui, en plein  dans le paradigme « ni démocratie ni développement ».    

Charger plus d'articles
Charger plus par Foued ALLANI
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire