La situation d’instabilité politique pourrait marquer un manque de visibilité économique et politique qui affaiblit sans doute la position de la Tunisie dans ces négociations. Sauf que la Tunisie garde toujours des cartes de pression en main. Il s’agit notamment du dossier de la migration irrégulière vers l’Europe et de la Libye où Tunis est un acteur principal régional.

La situation est claire pour tout le monde. Outre une crise sanitaire inédite, la Tunisie fait face à une crise économique sans précédent. L’Etat peine même à assurer les salaires et les pensions de retraite alors que tous les secteurs économiques et de production semblent être à l’arrêt pour des raisons de mauvaise gestion.

Cela fait plusieurs mois que la Tunisie commence à s’apercevoir des conséquences d’une décennie de mauvaise gestion économique du pays et de l’absence d’un modèle de développement à même de sortir le pays de cette crise inédite. Certes, la situation est alarmante, le constat est même douloureux et la crise commence à se faire sentir, notamment dans les rangs de la classe moyenne tunisienne, sauf que tous les économistes s’accordent sur ce fait, ce sont les querelles et l’instabilité politiques qui ont réduit la Tunisie au rang des pays économiquement précaires.

C’est dans ce contexte peu confortable que le gouvernement part dans une rude épreuve pour convaincre les bailleurs de fonds, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) en particulier, de la nécessité d’appuyer la Tunisie dans ces circonstances. Ce n’est pas gagné d’avance, la Tunisie doit déployer tous les efforts diplomatiques pour pouvoir négocier de nouveaux financements, indispensables selon certains échos, pour payer les salaires des prochains mois. La Tunisie s’apprête, en effet, à engager un nouveau cycle de négociations avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, principaux bailleurs de fonds du pays. Cette rencontre est prévue le 3 mai prochain à Washington où l’objectif sera de convaincre ces deux structures de la nécessité de soutenir la Tunisie dans son programme de réforme de l’économie et d’accompagner les réformes envisagées, mais aussi à renforcer les relations bilatérales entre la Tunisie et les Etats-Unis dans les différents domaines.

La délégation tunisienne doit convaincre ces bailleurs de fonds de la forte volonté de la Tunisie d’opérer les réformes nécessaires, notamment en matière de gestion de la masse salariale, une condition qui a été toujours posée par le FMI.

Préparatifs et coordination

Au fait, cette visite est perçue comme une dernière chance pour sauver l’effondrement de l’économie nationale, mais cela se fera, malheureusement, par la voie de nouvelles dettes. Sauf que la Tunisie n’a plus de solution que de se fier à ces bailleurs de fonds avec l’espoir de garder une position de force dans ces négociations.

Dans cette optique, le Chef du gouvernement a multiplié les rencontres pour préparer cette visite d’envergure dans l’objectif de lui garantir toutes les conditions de réussite. Au palais du gouvernement à La Kasbah, il s’est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Othman Jerandi, et le ministre de l’Economie, des Finances et d’appui à l’investissement, Ali Kooli. L’entretien visait à optimiser la coordination entre la présidence du gouvernement et les deux départements avant la rencontre, prévue début mai, aux Etats-Unis avec le FMI et la BM pour leur présenter le programme de réformes envisagé par le gouvernement.

Puis c’était au tour des ambassadeurs français et américain de s’entretenir avec Mechichi au sujet de cette visite. D’ailleurs, l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis, Donald Blome, a exprimé la disposition de son pays à soutenir la Tunisie dans ses négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour mobiliser les ressources financières nécessaires au pays. Et d’ajouter que l’administration américaine est disposée, également, à appuyer les efforts de développement en Tunisie et à contribuer à faire réussir le processus démocratique, selon un communiqué de la présidence du gouvernement.

L’ambassadeur de France en Tunisie, André Parant, a, pour sa part, réitéré le soutien de son pays au gouvernement tunisien pour poursuivre son dialogue avec les organisations nationales et son intention d’apporter tout le soutien nécessaire aux réformes structurelles en offrant son expertise, notamment dans le domaine de la réforme des finances publiques.

Reçu également à La Kasbah, l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Marcus Cornaro, a réaffirmé l’appui absolu de l’Union européenne (UE) aux efforts du gouvernement tunisien en matière du programme national de réforme économique. Il a souligné que l’UE sera la première à défendre la Tunisie auprès des pays membres à travers des programmes ambitieux dans le domaine de l’investissement et de l’emploi, ajoutant que l’UE mettra à la disposition de la Tunisie, en 2021, des crédits sans intérêts et des subventions, dans l’objectif de soutenir les efforts du pays à fournir les ressources financières.

Instabilité politique

Selon plusieurs observateurs, même si cette visite est précédée par de considérables efforts diplomatiques, l’actuelle situation politique dans le pays pourrait compliquer davantage ces négociations à haut niveau. Il importe de rappeler que la Tunisie s’enlise dans une crise politique et institutionnelle opposant les trois têtes du pouvoir exécutif et législatif. Cette situation pourrait, en effet, marquer un manque de visibilité économique et politique qui affaiblit sans doute la position de la Tunisie dans ces négociations. Sauf que la Tunisie garde toujours des cartes de pression en main. Il s’agit notamment du dossier de la migration irrégulière vers l’Europe et de la Libye où Tunis est un principal acteur régional.

Les négociations entre la Tunisie et le FMI, principal bailleur de fonds du pays depuis la révolution, sont à l’arrêt. Si pour le FMI «la Tunisie a besoin d’une nouvelle direction économique, une direction qui est différente de celle de la décennie passée», un plan ambitieux de réformes devrait être élaboré par les autorités tunisiennes, susceptible de lancer l’économie dans une nouvelle direction.

Le FMI recommande surtout à la BCT d’éviter tout financement monétaire du déficit budgétaire, de permettre au taux de change de s’ajuster aux développements du marché et de continuer à suivre de très près le secteur financier pour détecter tout signe de détresse des emprunteurs et de créances douteuses.

La Tunisie et le Fonds monétaire international (FMI) avaient convenu de la mise en place d’un programme de réformes économiques précis, qui s’adapte à la vision et aux priorités du gouvernement, ainsi qu’à ses capacités financières.

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