Il est ambassadeur mais également délégué interministériel qui a une compétence transversale pour mobiliser des énergies et trouver des solutions à certains maux qui traumatisent cet espace commun qu’est la Méditerranée. Il s’occupe aussi de l’Union pour la Méditerranée, du Dialogue 5 +5 et est très engagé sur les questions des jeunes, les chantiers mémoriels, le séparatisme. Autour d’une rencontre à la Résidence de France, il a parlé avec franchise sur les sujets de l’heure.


Karim Amellal vient d’effectuer une visite de trois jours en Tunisie où il a enchaîné une série de rencontres tout à fait intéressantes avec des acteurs de la société civile et des acteurs plus institutionnels. Trois jours d’échanges et de rencontres principalement axés autour de la société civile dans la perspective d’un événement que le président de la République française souhaite organiser à Marseille en automne prochain. Il s’agit  du Forum méditerranéen, un format de dialogue innovant complètement centré sur les acteurs de la société civile autour d’un certain nombre de thématiques « qui sont très importantes pour nous en France, en Europe mais aussi au sens large pour la Méditerranée parce que ce sont des sujets communs », a expliqué l’ambassadeur. Ce forum, selon lui, s’articulera autour de cinq axes majeurs, à savoir l’environnement et le développement durable, la digitalisation de l’économie, la formation, l’inclusion sociale et enfin la culture et le patrimoine. Pour « l’environnement, le développement durable et les questions qui sont liés à la biodiversité, aux changements climatiques qui sont des  enjeux centraux dont les conséquences sont visibles que ce soit sur la Côte d’Azur ou dans les pays du Sud. C’est pourquoi il faut trouver des solutions et ces solutions ne viennent pas uniquement du Nord mais aussi des pays du Sud telles que le projet qui est conduit par les pêcheurs aux îles Kerkennah», a souligné M.Karim Amellal. En ce qui concerne la digitalisation de l’économie, plein d’enjeux seront abordés comme la cybersécurité, la lutte contre le discours de haine, a-t-il poursuivi.

Former les jeunes

Mais le forum focalisera aussi les débats sur un autre sujet qui tourne autour de la formation, l’éducation.  « Comment faire pour former des jeunes sur des métiers nouveaux tels que l’économie bleue ? Ce sont ces opportunités économiques et les emplois nouveaux à créer que nous essayerons de mettre en valeur lors de ce forum », révèle-t-il.

Toutefois, des questions liées à l’inclusion à l’égard des publics défavorisés, fragiles, vulnérables, seront largement évoquées lors de cette rencontre, souligne M.Karim Amellal. « La question du genre aussi, l’égalité des chances et comment faire pour que des jeunes dans les régions éloignées et défavorisées puissent accéder à des opportunités d’emplois, de développement», a-t-il renchéri.   

«Il y a beaucoup de projets dont on n’entend pas parler. Les problèmes en Méditerranée existent ; comme une mer avec des bateaux pleins de migrants qui se noient, des bateaux de guerre, des rivalités, des gisements de gaz qui suscitent des conflits. Mais la Méditerranée ne peut pas se réduire à cela et ce qu’on voudrait faire c’est montrer la Méditerranée positive où malgré toutes les difficultés, il y a plein de choses qui se font. Cet évènement s’inscrira dans un spectre plus large. Le but est que la Méditerranée résonne positivement».

Donc c’est un forum de la société civile. «Il va inviter des acteurs des sociétés civiles de la rive sud, ce qui n’exclut pas d’inviter des acteurs institutionnels. Autour de ces cinq thématiques déjà évoquées, on souhaiterait dans chaque pays qu’il y ait des groupes de travail en amont du forum pour élaborer des propositions», a indiqué M.Amellal.

L’objectif est d’avoir «une plateforme de propositions qui viennent des pays du Sud, qui correspondent à la réalité et permettent de bâtir une Méditerranée où il y a des opportunités. Il y a aussi tous les projets enclenchés qu’on essaye d’identifier. Ce forum doit être une occasion d’échanger autour de solutions, de mettre en valeur les initiatives des projets portés par des acteurs de la société civile », a-t-il précisé.

Corriger pour avancer

Interrogé sur la question de la mobilité et les freins au dialogue que représente le régime de visas, M. Karim Amellal a noté qu’il a grandi à Alger et que toute sa vie, il a entendu ces histoires. « Je comprends l’attente légitime et la frustration eu égard notamment aux procédures qui sont compliquées. Ce sont des choses qu’il faut corriger et on y travaille bien que les résultats ne soient pas toujours satisfaisants  car l’octroi des visas ou l’entrée sur le territoire est une politique d’Etat et tous les pays du monde conduisent des politiques de ce type », a-t-il expliqué, notant que la France fait partie de l’Union européenne avec certaines contraintes et restrictions.

Il n’empêche M.Amellal a précisé que des efforts doivent être déployés sur ce sujet, évoquant l’exemple de la mobilité des étudiants avec le projet Erasmus Med qui n’a pas encore été mis en œuvre. «La Méditerranée positive c’est aussi cela. Imaginer, inventer des choses et proposer, d’ailleurs c’est ce qu’on envisage de faire lors du forum», a-t-il indiqué. Pour lui, le forum envisagé représente le cadre idoine pour recueillir les propositions de la jeunesse du Sud et les soumettre au président Macron dans la perspective de la présidence française de l’UpM. «Il ne faut pas qu’il y ait des tabous sur certains sujets qu’on devrait restituer au président de la République, surtout sur ces sujets-là. Il faudra dire le problème mais aussi les solutions qu’on propose», a-t-il ajouté. « Autant je comprends vos attentes, autant on ne peut pas dire que la France ne fait rien. On ne peut pas dire que la France ne délivre pas de visas, en particulier aux citoyens de la rive sud », a-t-il renchéri.

Ni déni, ni repentance

En réponse à une question sur les crimes et les exactions commis dans les pays colonisés, M.Amellal a souligné qu’il s’exprime « comme ambassadeur d’origine algérienne et qui est franco-algérien». «Je suis très engagé aux côtés du président sur ces sujets-là et militant de la première heure pour que le président conduise enfin une politique de reconnaissance. Il y a cette formule qui est derrière : ni déni, ni repentance qu’il a employée. C’est sa philosophie de l’histoire qu’il veut conduire », a asséné M.Amellal.

Pour lui, la question de la repentance est délicate pour tous les pays qui ont conduit des politiques impérialistes tels que le Japon et parce qu’il y a des stigmates ou des excuses qui peuvent être proférés. «Ces excuses peuvent satisfaire mais ne feront pas avancer. C’est parfaitement légitime et compréhensible car elles peuvent satisfaire une partie de ceux qui sont concernés par ces excuses mais cela ne permettra pas de panser les blessures pour tout le monde », a-t-il noté. Non seulement d’avancer avec le pays qui est concerné où il y aune politique coloniale qui a été conduite et qui a produit un certain nombre de choses négatives et désastreuses, criminelles.

«La justice, ce ne sont pas les excuses proférées par le président de la République. La justice ce sont des processus avec des magistrats comme ce qui a été fait avec l’IVD mais en aucun cas, le chef de l’Etat ne peut se prononcer au nom de la justice», a expliqué M.Amellal.  «Le plus important, c’est le déni. Les excuses, on peut en attendre. Ce n’est pas cela qui fera avancer les choses. Mais la politique de reconnaissance, et c’est là où la France a accusé beaucoup de retard à faire, c’est de reconnaître les faits. Reconnaître les faits sur la base du travail des historiens ou d’une commission et sur la base des conclusions sur la responsabilité de l’Etat. Cela doit être une politique de large spectre. Le président ne peut dire de façon abstraite et sans aucun fait établi et sans que les historiens aient travaillé dessus que la responsabilité de la France est engagée », a-t-il affirmé.

Prévenir et lutter contre le séparatisme

La question sur le séparatisme a également été débattue par M.Amella lors de cette rencontre. «Pendant très longtemps, les responsables politiques ont parlé de communautarisme. Ces communautés qui ne sont pas interdites en France. Il y a une communauté juive, arabe, bretonne, etc. Ce terme de communautarisme était mal perçu. Ça n’allait pas du tout. On en est arrivé au terme de séparatisme. Le problème c’est qu’il y a des gens qui, à l’intérieur d’une communauté, se séparent des principes de la république. C’est les valeurs communes. En utilisant et en déformant la religion musulmane, ils en viennent à se séparer des autres», explique M. Amellal. En effet, « le but ou l’intention est de cibler ou prévenir ceux et celles qui pour des raisons économiques, religieuses, minoritaires, en viennent à se détacher de la communauté nationale et auxquels il arrive de commettre des actes terribles que tout le monde réprouve tels que l’assassinat de Samuel Paty. Ainsi ils jettent l’opprobre sur toute la communauté musulmane », a-t-il souligné.

« Cette loi sur le séparatisme vise à prévenir et à lutter contre le séparatisme ou ce qui peut conduire au séparatisme. Elle est faite pour ressouder la communauté nationale et pour qu’une infime minorité ne disqualifie pas une majorité normale. Ce qu’on fait en France est complètement en phase de ce qui se fait en Tunisie. Perpétuer la Nation et le corpus de valeurs qui vous unissent et pour qu’une poignée de terroristes ne disqualifie pas l’œuvre que vous êtes en train de faire », a-t-il conclu.

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