Quand les charges fixes s’amoncellent, les charges variables et supplémentaires alourdissent les dépenses, la cherté de la vie continue et les augmentations de prix refont surface, il faut des nerfs d’acier pour tenir le coup et freiner cette spirale négative.


Les ménages tunisiens sont à la peine, ces derniers temps, avec le mois de Ramadan qui nécessite beaucoup de dépenses sur le plan alimentaire, vu la cherté des prix. Les familles avec enfants doivent continuellement jongler avec les interminables dépenses, frais et factures. Entre l’alimentation, le transport et les frais d’études, la coupe est pleine. La dernière étude de l’Institut des recherches économiques et sociale (Ires), avec des partenaires français publiée il y a un mois, qui affirme que le budget de la dignité est de deux mille cinq cents dinars par mois pour toute famille tunisienne qui se respecte, révèle tout le malaise et «jette un pavé dans la mare». Le recours aux crédits à la consommation ne résout pas le problème avec les autres crédits sur le logement et la voiture qui étranglent le chef de famille qui doit recourir aux avances sur salaires pour parer au plus pressé. La classe moyenne tunisienne, qui s’est évaporée depuis l’avènement de la révolution du 14-Janvier 2011, qui a appauvri les plus pauvres et enrichi les plus riches, vit un désastre ! Le mois de Ramadan propice à la joie et la douceur des réunions de famille chaque soir pendant 29 jours n’est plus qu’un gros tracas. Un casse-tête chinois ! Déjà qu’il a perdu de son charme et de sa superbe en temps de pandémie due au coronavirus de l’aveu de nombreuses personnes, le voilà source d’ennuis. A peine la première quinzaine entérinée avec le délicieux, mais coûteux mets, le couscous à la viande d’agneau, aux pois chiches et raisins secs, les bourses sont déjà vides.

La seconde moitié du mois sacré et divin va être longue et pénible. Il faut consacrer en moyenne 500 dinars pour s’approvisionner convenablement en toutes sortes de denrées alimentaires pour tout le mois de Ramadan, ce qui représente en soi un vrai challenge, car les dépenses liées à la consommation des ménages sont bien supérieures à ce budget. Pas sûr, en effet, qu’une telle enveloppe suffise pour mener les obligations du jeûne à leur terme. Avec la viande de bœuf à près de 30 dinars le kilo, les trois litres d’huile d’olive dont le prix avoisine également les 30 dinars et auxquels il faut ajouter les conserves, les céréales, les épices, les laitages, les fromages, les fruits et légumes, ainsi que le goûter quotidien des enfants… le compte est bon pour des ménages au bord du gouffre ! L’année scolaire n’est même pas encore finie, puisqu’il reste encore deux mois avant de «boucler la boucle» et finir la saison sur les chapeaux de roues. Entre-temps, les frais d’études n’en finissent pas, puisqu’il y a toujours de nouveaux achats de fournitures scolaires et des cours de soutien dans de nombreuses matières, sans parler des frais de la prochaine saison scolaire qu’il faut payer à l’avance… Alors, il faut se débrouiller, se réinventer sans cesse pour ne pas rompre, ni courber l’échine. En attendant des jours meilleurs

“D” comme Débrouille

Pour couronner le tout, la fête de l’Aïd arrive à grands pas, ce qui nécessite encore des dépenses d’ordre vestimentaire pour toute la famille et, particulièrement, les enfants. Mais comment font-ils pour sortir du pétrin à chaque fois? Vraisemblablement, il y a des astuces pour contourner la crise comme le font de nombreuses mères de famille qui achètent des vêtements au cours de la période des soldes pour célébrer dignement cette fête religieuse. Elles achètent à bas prix des vêtements de la collection de l’année dernière qui restent au goût du jour même douze mois plus tard. Sacrées mamans ! Mais ce stratagème marche de moins en moins au fil des ans avec la disette des ménages tunisiens qui n’en finit plus et l’endettement du pays et de nombreuses familles qui vivent en permanence avec des crédits et croulent sous l’endettement. Mais «il faut ce qu’il faut», clament-elles. Pas question de gâcher le plaisir des enfants qui sont particulièrement à la fête le jour de l’Aïd avec les traditionnelles étrennes qu’ils reçoivent de leurs aînés et de leurs grands-parents. Sauf qu’avec le couvre-feu instauré et la distanciation sociale toujours en vigueur, les réunions familiales sont moins chaleureuses. A l’occasion des courses au marché, on remarque, là aussi, le sens de la débrouillardise du Tunisien.

Il achète de petites rations de viandes et poissons, se contente des fruits de saison, consomme au jour le jour également. Hormis le gaspillage du pain avec les baguettes jetées tout au long de l’année, véritable «sport national» en Tunisie, on ose espérer que le rationnement alimentaire et la consommation avec suffisance à table redeviennent la norme. Moins de gaspillage alimentaire, c’est bien, rationaliser sa consommation de nourriture et restreindre les vivres c’est mieux. Pour le bien de tous et de toutes. Les fêtes à répétition, on ne demande pas mieux, mais ces traditions qu’on continue à perpétuer nécessitent des dépenses faramineuses qui ne sont plus à la portée de toutes les bourses !

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