La suspension des cours a fini par apporter le coup de grâce à un système éducatif déjà défaillant.


L’année 2011 est à marquer d’une pierre noire. C’est, pensons-nous, l’idée de l’écrasante majorité des Tunisiens. Les répercussions néfastes enregistrées dans tous les domaines sont là pour le prouver. Il suffit d’évoquer les nombreux profiteurs et opportunistes qui se sont placés sur le devant de la scène pour tirer parti de la nouvelle situation. Bien sûr, c’est, depuis lors, l’emprise d’une classe politique oppressante qui s’exerce sur le peuple dont une partie continue de mordre à l’hameçon.

Malheureusement, on ne peut, aujourd’hui, que constater les dégâts. Et là où ça fait le plus mal, c’est dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation. Dix ans après, on voit, clairement, les résultats catastrophiques dans les méthodes et les approches pédagogiques. Il y a, certes, eu des résiliences certaines dans les différents départements ministériels investis par des responsables n’ayant aucune expérience ou mus par des idéologies abandonnées depuis des lustres (à l’instar du panarabisme) par les tenants mêmes de ces thèses.

Le ministère de l’Education, par exemple, en a été la principale victime. N’eussent été le patriotisme et l’intégrité de nombreux cadres administratifs, ce département aurait pu se transformer en laboratoire d’idées de ces thèses mortifères.

Actuellement, il est question de sauver ce qui peut l’être. Le combat, semble-t-il, est loin d’être gagné car les défis sont très nombreux et les obstacles sont multiples. Il est, en effet, regrettable d’assister à une incapacité absolue d’agir en raison des blocages multiples qui ont, généralement, pour origine les actions des syndicats. D’aucuns y voient le plus grand handicap devant toutes les réformes et devant tous les efforts de développement du secteur. Non seulement pour le primaire et le secondaire mais, également, pour l’enseignement supérieur. N’est-il pas anormal de ne voir aucune évolution dans ces secteurs depuis une décennie ? Ne voit-on pas, plutôt, un recul partout ? Qu’en est-il du niveau de nos élèves, de nos étudiants et de nos enseignants ? Qu’a-t-on fait pour valoriser la formation et l’intégration en adéquation avec le tissu socio-économique ? Pourquoi les activités culturelles en milieu scolaire sont-elles en arrêt depuis plusieurs années ? D’autres questions restent en suspens et méritent réponse.

En tout cas, nous disposons d’une première réponse. A l’heure actuelle (abstraction faite des difficultés sanitaires liées à l’épidémie sanitaire), le blocage essentiel vient de la forte ingérence des syndicats dans la gestion des affaires du ministère. Celui-ci ne peut plus bouger sans être assailli par tel ou tel syndicat pour telle ou telle décision. A vrai dire, personne ne rejette l’action de ces structures reconnues au niveau légal. Mais, à tout le moins, on est tenu d’agir comme tous les syndicats qui se respectent. Pour tout dire, l’impression qui prévaut c’est que le ministère ne peut en aucun cas prendre une mesure sans qu’il n’y ait une réaction opposée et systématique de leur part.

Aussi, voit-on que le niveau des apprentissages est en constante régression en raison de la baisse des formations pédagogiques des enseignants et des recrutements abusifs d’enseignants non formés au métier; on pense, ici, à ces milliers de suppléants engagés dans les établissements sous la forte pression des syndicats.

A cela s’ajoutent les dizaines et les dizaines de grèves et de boycotts administratifs et autres, connus tout au long de cette décennie. Avec tout cela, on assiste aussi à tous ces déréglements qui ont commencé avec l’avènement de la Covid-19. Les suspensions des cours ont fini par donner le coup de grâce à un système déjà vacillant.

En vérité, nos responsables n’ont pas d’autres choix. Mais il faudrait exploiter ce temps. Car, en plus des grèves qui ont jalonné ce parcours de 10 ans, la perte a été énorme. Les enseignants sont payés sans contrepartie. Des mois et des mois passent sans être exploités. Comme personne ne sait ce qu’il en sera dans les prochains mois ou prochaines années, il y a lieu d’envisager des stratégies pour gérer la crise sanitaire.

Offrir des congés forcés aux enseignants ne devrait pas se faire sans contrepartie. Le ministère (à travers, notamment les inspecteurs pédagogiques) pourrait mettre sur pied un programme de formation, de recyclage ou de mise à niveau à distance de tous ses enseignants. Un tel programme doit, en principe, intéresser toutes les parties sans aucune exclusive. L’argent de l’Etat doit être dépensé comme il se doit, même en cas de force majeure.Chacun est appelé à prendre ses responsabilités pour mériter son salaire.

Cours de rattrapage

Nous sommes, depuis une quinzaine de jours, dans une situation de suspension des cours dans tous les niveaux à cause de la pandémie. Une autre grosse quinzaine vient d’être ajoutée qui se prolongera jusqu’au 16 mai. Pendant toute cette période nos élèves resteront sans aucune autre activité. Il en est de même pour les enseignants. Une exception, toutefois. On a proposé à ceux qui ont des classes devant passer le Bac ou le Diplôme de Neuvième d’assurer des cours de soutien et d’accompagnement. Si l’idée est bonne, elle a le «mérite» de donner la pleine liberté de choisir. C’est-à-dire que cette mesure reste facultative. C’est pourquoi on voit qu’il y a des enseignants qui ont accepté et qui ont, déjà, commencé à prendre en charge leurs élèves. D’autres, par contre, rechignent devant cette mission, somme toute noble. Ce qui est étonnant, c’est que ce sont les enseignants des matières scientifiques et, spécialement, les maths, qui brillent par leur absence. Pourtant, on les voit très actifs sur le front des cours particuliers. Ils font le plein. Sur ce plan, nous devrions exiger plus de responsabilité et plus d’implication dans de telles initiatives. Les syndicats qui s’investissent à fond dans d’autres luttes peuvent apporter leur appui dans cette action en incitant leurs adhérents à plus d’engagement. C’est l’intérêt de nos élèves qui est en jeu. Dans d’autres «combats» on voit ces syndicats chauffés à blanc pour énumérer leurs revendications. On aimerait bien les voir plus investis dans les efforts ministériels visant à assurer le maximum d’apprentissages à nos élèves. Un peu de sensibilisation des enseignants ne serait pas de trop. Un autre rôle de sensibilisation peut être effectué par les syndicats. Il consiste à demander à ces mêmes enseignants d’être plus impliqués dans la campagne de lutte contre le coronavirus. Entre autres inciter leurs élèves à porter le masque en classe. Car il y beaucoup d’enseignants qui restent indifférents devant de telles situations. Il n’y aurait, pourtant, aucun mal pour intervenir.

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