Abdelhamid Bouchnaq a pris le risque d’entraîner les téléspectateurs dans un nouvel univers : bienvenue à « Kén Ya Makénech ». Pour les téléspectateurs tunisiens, découvrir ces fables était comme s’égarer dans une faille temporelle et fantastique étroitement liée à notre présent.

Esthétiquement, très librement inspiré des contes de notre enfance et de ces innombrables personnages, comme « Le petit chaperon rouge », « Blanche Neige », « Merlin l’enchanteur », « Les Amazones », des influences, comme Père Fouras, et des décors qui rappellent la Sitcom « Kaamelott » et autres séries et films fantaisistes et médiévales, « Kén Ya Makénech », au titre distingué et drôle, attise d’emblée la curiosité.

D’une durée de 15 épisodes de 35 minutes, la série est diffusée sur El Watania et revisite notre patrimoine imaginaire, retissé à travers un dialogue en dialecte tunisien, arabe et autres, piquant, dans l’air du temps, mais qui peut paraître  loufoque et inadapté à l’époque de la série. Héroïque, médiéval, imaginaire, dérisoire et particulièrement drôle,  « Kén Ya Makénech » heurte les attentes des téléspectateurs et les brouille pendant les premiers épisodes. Ce même public qui se laissera finalement happer par ce tumulte.

Le scénario est coécrit par Abdelhamid Bouchnaq, Hatem Belhaj et Aziz Jebali. D’avance, les téléspectateurs font la connaissance de deux enfants écoutant passionnément et attentivement, autour d’un feu, « Kén Ya Makanéch », le récit fantastique de leur grand-père. Une histoire en apparence faite de tragédies historiques, de convoitise, de soif de pouvoir et de trône en commençant par l’empoisonnement du roi Satour. La cour royale se déchaîne peu après sa mort, et les relations entre la reine Soumoum, Mima, la reine mère et Khoffech, le  ministre, deviennent tumultueux, jusqu’à ce qu’un certain Borghol, accompagné de ses deux amis, Naânaâ et Mahrezz, fassent irruption dans le royaume et se retrouvent mêlés à une embrouille avec la cour. Ils s’enfuiront et tout  au long de leur périple, ils rencontreront divers personnages et déambuleront dans d’autres contrées jusqu’à ce que leur destin prenne une tournure inattendue.

Cet Objet visuel non identifié nous a montré que les champs du possible et de l’imaginaire scénaristique étaient vastes et largement exploitables à la télévision tunisienne : entre humour noir, léger et sens de la dérision, « Kén Ya Makénech » commente l’actualité tunisienne et son présent houleux d’une manière subtile et intelligente. Voulu ou pas, le téléspectateur s’y retrouve dans cette esthétique de l’image — des costumes, des couleurs et des décors — prenante et face à un large panel de comédiens qui campent des rôles  profondément humains, riches, variés : les scénaristes ont non seulement fait appel aux talents montants, mais ont également glissé les acteurs les plus connus de la télévision tunisienne dans des rôles totalement nouveaux, distingués et même fantaisistes, les sortant de leur zone de confort : l’inattendu qui a pris vie dans cet univers ensorcelant. «Kén Ya Makénech » a poussé un très large public, y compris les plus jeunes, à la réflexion, à la critique, à l’autodérision et à l’autoévaluation en interrogeant notre rapport à la patrie, à la classe politique, tout en titillant notre imaginaire collectif. Pari risqué entièrement relevé.

Charger plus d'articles
Charger plus par Haithem Haouel
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire