Au-delà de la simple performance hip hop et de l’aspect spectaculaire, liés à ce genre de danse et à cette culture, le chorégraphe a voulu hisser la forme vers une dimension plus théâtrale, narrative…

100% en ligne, le festival de danse « Digital Dance Days », lancé le 27 avril par le Théâtre de l’Opéra de Tunis et le Pôle Ballets et Arts Chorégraphiques en célébration de la Journée internationale de la danse, a proposé, un programme éclectique alliant débats professionnels, master-classes, projections de films et capsules vidéo, interviews et, bien entendu, performances et spectacles, le tout en streaming sur les réseaux sociaux.

Un format en ligne décidé à cause des dernières restrictions sanitaires imposées par les autorités. Une manière aussi d’explorer les possibilités du digital au-delà de ses aspects techniques mais en tant que nouvel outil de création autant pour l’écriture chorégraphique elle-même que pour la captation des œuvres et leur diffusion.

Entre autres cours de danse contemporaine proposés au public en ligne et différentes capsules dans lesquelles la parole est cédée aux danseurs et aux chorégraphes pour s’exprimer sur les circonstances exceptionnelles que nous traversons en utilisant leurs corps comme arme de résistance et évoquant des perspectives de sortie de crise avec l’art et la danse. Côté spectacles, la manifestation a été inaugurée par la création chorégraphique «El Habs lé» de Chouaïb Brick. Un travail qui met la lumière sur la jeunesse tunisienne, ses infortunes et ses espérances.

«El Habs lé» (Non à la prison) s’inscrit dans la mouvance hip-hop et réunit sur scène les danseurs Yasser Madi, Aymen Benabed, Hilmi Bouzidi et Oussama Chouchène. Mais au-delà de la simple performance hip-hop et de l’aspect spectaculaire lié à ce genre de danse et à cette culture, le chorégraphe a voulu hisser la forme vers une dimension plus théâtrale, narrative…

La pièce chorégraphique, donc, est présentée brièvement dans un texte, comme l’histoire d’une jeunesse qui subit les dépassements d’un système qui refuse d’ouvrir les yeux sur une réalité pourtant omniprésente dans toutes les sphères de la société. On comprendra que cette réalité est surtout celle liée à la consommation du cannabis et sa lourde peine et qui demeure malheureusement sous nos cieux une matière à oppression, pression et abus menés surtout à l’encontre des jeunes les moins favorisés socialement. Une loi liberticide qui, en plus, comme pas mal d’autres, est appliquée abusivement à demi-mesure selon les cas et les circonstances. Cette jeunesse qui, comme le suggèrent les différents tableaux chorégraphiques, ne semble aller nulle part, est au ralenti, prise dans le piège, s’agite sur place, tourne en rond, se confronte, s’affronte, se perd s’immobilise, elle est surveillée, punie (en référence à l’œuvre de Michel Foucault) et malmenée par un ordre institutionnel abusif et une justice liberticide.

Passionnée de hip-hop, Break danseur «B-Boy», Chouaïb Brick a une formation en sécurité de système informatique et a fait de sa passion une vocation. Il a pris part à plusieurs battles de Break danse en Europe et ailleurs au sein de son groupe «Upper Underground». Se fixant comme objectif et ambition de promouvoir cette culture et cet art urbain chez nous, il a créé en 2011 l’association Art Solution qui produit des événements et organise des ateliers partout en Tunisie.

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