La Tunisie a, une nouvelle fois, recours au FMI pour conclure un programme de financement et de réformes économiques. Plusieurs mesures doivent être prises pour rendre l’économie plus performante et résiliente en donnant l’importance et l’intérêt nécessaires aux entreprises et au dossier social. M.Mohamed Hammadi Jarraya, expert en économie, nous donne plus d’explications à ce sujet d’actualité.

Quelles sont les réformes que doit engager la Tunisie pour sauver son économie ?

Depuis 2011, l’économie tunisienne est entrée dans une spirale de récession de plus en plus profonde et complexe, avec des taux de croissance quasi-nuls avant la pandémie Covid-19. Avec celle-ci, les taux sont passés en rouge d’environ -10%.

Les principales causes sont doubles : difficultés dans la gestion du pays et «insurrection» du citoyen vis-vis de son devoir et de l’Etat. Le résultat est la paralysie «dangereuse» du travail et de la production de la richesse.

Aujourd’hui, le constat est alarmant : croissance négative, endettement exorbitant, masse salariale dans la fonction publique insoutenable, chute du dinar, quasi-faillite des entreprises publiques, quasi-défaillance de notre système social et sanitaire et une forte érosion du pouvoir d’achat.

Si la bonne volonté de réformer existe encore, à mon avis, il faudra prendre des mesures exceptionnelles et courageuses telles que la recapitalisation des entreprises publiques stratégiques et la privatisation du reste, la relance de l’investissement par des avantages fiscaux importants, clairs et avérés, la relance des grands projets nationaux, la rationalisation vigilante des importations et la «libéralisation» des gisements miniers de la mainmise.

Pourquoi les pouvoirs publics hésitent -ils dans la mise en œuvre des réformes ?

Certaines réformes sont considérées comme «douloureuses» eu égard à leur impact social. Dans ce cadre, les syndicats exercent une pression bloquante défiant toutes les tentatives de sauvetage. Annuellement, des centaines de grèves sont exécutées dans tous les secteurs, engendrant d’importantes pertes de production et de ressources.

En face, aucun gouvernement, jusque-là, n’a eu le poids suffisant pour «imposer» ses réformes et mesures exceptionnelles. La destitution était le sort de tout gouvernement ayant osé se rapprocher des lignes rouges édifiées par les syndicats.

Partout dans le monde, l’investissement et le syndicalisme forment deux lignes parallèles qui ne se rejoignent que très rarement.

Comment rendre le programme des réformes crédible auprès du FMI ?

Le FMI exige un plan de sauvetage clair et crédible avec l’engagement, cette fois-ci, de tous les pouvoirs en Tunisie. Les principaux axes sont la compression de la masse salariale de la fonction publique par rapport au PIB, la réforme du système de compensation, le sauvetage des entreprises publiques, le sauvetage des caisses sociales et le contrôle du déficit de la balance commerciale.

Après des années de promesses sans réalisations, les gouvernements successifs ont fait perdre, à la Tunisie, sa crédibilité précieuse d’antan.

La crédibilité dudit plan découle de son réalisme (adéquation des emplois et des ressources financières), de sa soutenabilité sur un horizon de dix ans et de l’engagement sérieux des pouvoirs et du peuple à le réussir.

Malheureusement, malgré l’ultime urgence, nous sommes encore au stade de création des commissions de «réflexion», entre le gouvernement et deux organisations syndicales !

Si le FMI lui refuse de nouveaux financements, l’Etat tunisien sera en situation de «blocage» car les bailleurs et les marchés internationaux des capitaux sont très «guidés» par la position du FMI et des agences de notation, qui ne nous «gâtent» plus.

Rappelons, aussi, que le blocage politique actuel ne facilite la tâche à aucune partie. Devant cette situation, le citoyen vit une grande angoisse ajoutée à son appauvrissement devenu structurel.

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