Plus de 141 députés ont voté en faveur de la modification de la loi relative à la Cour constitutionnelle en deuxième lecture après examen par le Président de la République. Finalement, c’est une réponse claire et ferme de la part de la large alliance politique autour du gouvernement (où figurent non seulement Ennahdha, Qalb Tounès et Al Karama, mais aussi Tahya Tounès et la Réforme nationale) au rejet de Kaïs Saïed de la ratification du projet de loi sur la Cour constitutionnelle.

Un rêve devenu chimère, tellement le temps a passé sans que ce projet voie le jour. Après des tractations en tous genres, finalement une majorité s’est imposée deux fois pour pousser à créer cette instance capitale afin de réguler le système politique et trancher les différends et amalgames entre les trois pouvoirs. Après 7 ans de retard et après que les deux partis au pouvoir en 2014, Nida et Ennahdha, ont tout mijoté pour enterrer la création de la Cour constitutionnelle, on s’est rendu compte, tout à coup, que le temps presse et qu’il faut aller au-delà de la loi (le délai autorisé a été dépassé depuis longtemps et les textes sont clairs et ne supportent pas les acrobaties des experts en droit constitutionnel) pour sauver les meubles. Ce vote « réfléchi » et discipliné n’est pas, à notre avis, un signe de maturité politique, mais au contraire, une tentative de s’ériger contre la position intransigeante du Président de République. Un duel acharné entre deux pouvoirs, entre deux lectures de l’Etat et de la politique et entre deux tempéraments aussi. L’ARP, qui a versé dans le folklorique et les petits calculs en accaparant depuis des années le pouvoir politique et en tenant en main l’exécutif, a montré pour la énième fois que c’est une institution partiale et surtout mal gérée. Elle est tellement divisée, tellement volatile qu’il n’y a pas vraiment de blocs clairs, de tendances différenciées pour proposer des lois et pour contrôler le fonctionnement du gouvernement. Le plus grave, à part les scandales et les affaires de corruption qui touchent des dizaines de députés, c’est cette hypocrisie qui s’affiche au gré des positions politiques. Quand on n’a pas voulu élire 4 membres pendant une session parlementaire de 5 ans, alors qu’il y avait potentiellement plus de 160 voix entre les deux partis alliés, on a produit de tristes comédies et lassé les Tunisiens avec des votes stériles. Et quand il y avait un bras de fer politique avec une composante de ce système politique hétéroclite, il y avait de la volonté deux fois de suite pour ratifier la loi. Ce ne sera pas la fin, Saïed pourrait encore bloquer le processus s’il s’abstenait d’entériner la loi ou refusait de désigner quatre membres de la Cour constitutionnelle. Tout cela traduit l’immoralité qui caractérise cette ARP qui a réagi tard, voire trop tard, pour offrir cette fameuse Cour constitutionnelle qui serait peut-être l’un des plus gros mensonges de ce post-14 Janvier. Et dire que c’est pourtant l’instance qui est censée protéger la démocratie mais qui est hélas enterrée par ceux hissés au sommet grâce à cette… naissante démocratie. 

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