Ridha Chkoundali, directeur général du Centre d’études et de documentations économiques, juridiques et sociales

« Nous avons réalisé une étude intitulée «Vers une nouvelle approche pour sécuriser les finances publiques et réduire le recours à l’endettement extérieur». Je considère que compte tenu de la difficulté d’obtenir cet important emprunt en devises auprès des institutions internationales et de la difficulté de sortir sur les marchés financiers internationaux, il est nécessaire de réexaminer la structure du budget de l’Etat. Laquelle dans sa forme actuelle ne permet pas de suivre les ressources financières internes et externes. Je propose donc une autre approche qui assure un suivi transparent de l’utilisation des ressources de financement nécessaires. L’approche proposée repose sur la restructuration du budget de l’Etat en quatre budgets distincts. L’objectif étant de garantir l’intégrité des finances publiques et d’éviter la faillite financière du pays même dans les périodes les plus difficiles de la crise économique. Ces quatre budgets se composent d’un premier budget dédié aux salaires et aux subventions. En effet, les taxes sur la valeur ajoutée, les droits de consommation et autres impôts indirects financeront ce volet. J’estime que ce budget aboutira à un excédent financier. Cet excédent  permettra de financer le deuxième budget relatif aux dépenses classées « autres dépenses ». Il s’agit des dépenses relatives au budget de fonctionnement et les dépenses d’urgence, qui  sont financées, en outre, par les taxes douanières et les ressources de trésorerie. Quant au troisième budget, il détermine le montant des dépenses de développement en fonction des ressources qui leur sont allouées. Il s’agit des impôts sur les sociétés, de bénéfice de participation, d’une part des fonds confisqués, les redevances sur le transit du pétrole et du gaz et autres ressources non fiscales. Pour le quatrième budget qui fixe le plafond de la dette extérieure, j’appelle à exonérer l’Etat des intérêts sur les dettes intérieures pour l’année 2021 et à les imputer aux bénéfices de la Banque centrale et des banques commerciales. D’autant plus que ces dernières ont largement bénéficié de la politique monétaire prudentielle et ont réalisé d’énormes bénéfices, au cours de ces dernières années, ce qui a conduit au renforcement de l’économie de rente ».

Ezzeddine Saidane, expert économique

« J’ai quotidiennement suivi les cours du dollar, de l’euro et de la somme de 1 euro et de 1 dollar (appelée M), depuis le 2 janvier 2020 à ce jour. Ainsi, et en traçant la courbe de M, qui permet d’avoir une estimation précise du taux de change du dinar en neutralisant l’effet euro -dollar, j’en conclus que la BCT a choisi d’apprécier le dinar, alors que l’économie tunisienne traversait une crise sans précédent». Malgré l’indépendance de la Banque centrale, la politique monétaire n’est pas indépendante de la situation de l’économie. La politique monétaire ne peut donc pas ignorer ce qui se passe au niveau de l’économie. En situation de crise économique et en présence d’un déficit important de la balance commerciale, le fait d’empêcher la baisse de la valeur de la monnaie nationale aggrave considérablement la situation. J’estime que l’appréciation est de l’ordre de 2%. Alors que le dinar aurait dû baisser pour refléter la situation économique difficile. Et permettre un meilleur ajustement de la balance commerciale. Une telle politique a deux conséquences majeures. Premièrement, favoriser les importations et pénaliser les exportations. Le déficit commercial aurait dû baisser bien plus qu’il ne l’a fait, et ce, compte tenu de la forte baisse de l’activité économique (suite au confinement général, puis au confinement ciblé), et la croissance économique négative. Le niveau des réserves de change n’est pas significatif car provenant exclusivement des crédits extérieurs. Deuxièmement, cette politique va aggraver le niveau d’endettement extérieur. Le déficit commercial, qui est la principale composante du déficit courant, doit être couvert en devises. Alors que ces devises proviennent des crédits extérieurs. Il faut rappeler que le taux de change, à part le fait qu’il indique la valeur de la monnaie nationale exprimée en unités de monnaies étrangères, est une variable d’ajustement de la balance commerciale et donc de la balance des paiements ». 

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