Le logo 30 en forme de cœur et aux couleurs de l’Arc-en-ciel invite la société civile et les usagers de la route parmi les automobilistes à plaider en faveur de cette initiative pour qu’elle trouve tout le succès requis et attendu. «Le projet de la zone 30 va permettre de réduire par sept le risque de décès en cas d’accident», affirme Abdelkader Mensi, ingénieur au ministère du Transport et de la Logistique.

La sécurité routière est au centre des attentions des décideurs, aujourd’hui plus que jamais, avec l’hécatombe des accidents mortels qui continuent de se produire en Tunisie notamment le week-end du 21 au 23 mai 2021, lourdement mortel avec 15 décès enregistrés et 37 blessés.

A l’occasion de la célébration de la sixième semaine internationale de la sécurité routière, l’Association des Ambassadeurs de la sécurité routière (ASR), qui prend toujours les devants pour faire bousculer les choses et faire réagir les décideurs sans plus attendre, a saisi l’occasion pour présenter les nouvelles avancées techniques et logistiques qui visent à protéger la catégorie vulnérable des usagers de la route : les enfants sur le chemin de l’école.

Parce que la situation est inquiétante et se dégrade malgré les complications de l’année scolaire de ces deux dernières saisons dues à la pandémie du covid-19 qui suppose une baisse notable de la présence des élèves dans leurs écoles et des vacances forcées dues au confinement général imposé sur tout le territoire. La faucheuse sur la route, qui décime des vies entières, n’a pas pris de vacances.

A ce titre, l’Observatoire national de la sécurité routière a publié des statistiques sur les accidents de la route depuis le 1er janvier au 23 mai 2021 qui font état de 347 morts et 2.440 blessés. Mme Anna Block Mazoyer, ambassadrice de la Suède, présente lors d’une table ronde sur la sécurité routière vendredi 28 mai à l’hôtel Laico-Tunis, n’a pas manqué de le souligner : «Il ne faut plus que des criminels sur les routes tunisiennes continuent d’exister. En Suède, la vision zéro, qui relève de l’utopie ici en Tunisie à cause des statistiques, tend vers des objectifs réels et réalisés de zéro personne tuée sur nos routes».

Elle estime qu’il faut y croire fermement et agir dans cette optique et continuer «d’œuvrer ensemble pour des routes plus sûres» comme le slogan de l’ASR avant de présenter l’exemple suédois et la réussite en la matière en termes d’application et des résultats de la limitation de vitesse à 30 km/h.

Elle demande aux Tunisiens de se poser les bonnes questions car il est intolérable d’accepter que des milliers de morts se traduisent sur des chemins où règne l’insécurité routière, ces dernières années. Mais en Tunisie comme on est les rois du scepticisme, une levée de boucliers pointe déjà le bout du nez lorsqu’on aborde un taximan expérimenté qui pense qu’on va se contenter d’abaisser la vitesse maximale des panneaux de 50 km/h à 30 km/h alors qu’il s’agit précisément de la «zone 30» qui est un autre chantier des décideurs pour une meilleure sécurité routière.

Alors, à l’occasion d’une réunion très technique organisée entre plusieurs partenaires et acteurs de la sécurité routière, le surplace n’a plus…de place. Des ingénieurs et cadres supérieurs du ministère de l’Equipement et de l’Habitat, le chef du cabinet du ministère du Transport, l’ASR, le gouvernorat de Tunis et d’autres experts ont fait part de leurs idées et leurs concepts pour faire avancer les choses et contourner les obstacles là où il y en a car ils sont nombreux et complexes.

Parce que la sécurité routière est devenue aussi un vaste chantier qu’il faut améliorer au fil des années à venir point par point pour redresser la barre. Ce que l’ASR tend à traduire sur le terrain avec une innovation technique qui va permettre de créer des zones 30 où la vitesse des automobilistes sera réduite à maximum 30 km/h pour ne pas heurter physiquement ni blesser le moindre enfant ou élève devant son école ou dans son périmètre scolaire.

Une initiative fort louable et qui ne demande pas des aménagements exceptionnels mais seulement de revoir les artères et routes qui entourent chaque établissement scolaire. Les enfants tout comme les personnes du troisième âge ou les porteurs de handicaps et à mobilité réduite doivent bénéficier des conditions les plus sûres possibles, toute l’année scolaire, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il…neige même si c’est très rare en Tunisie.

On ne peut plus croiser les bras et attendre que mort s’ensuive. Toutefois, s’il n’y a pas une réelle volonté politique, les organisateurs craignent que cette action de sensibilisation, tout comme les précédentes, prenne du plomb dans l’aile et n’aboutisse pas totalement et ne fait que concrétiser certaines avancées sans aller jusqu’au fond du problème.

La vitesse, premier facteur de risque

De riches interventions ont été présentées lors de cette table ronde par des représentants du ministère du Transport et de la Logistique, du ministère de l’Equipement, du Logement et des Infrastructures et du ministère de l’Intérieur, qui s’est enrichie de l’interaction des participants. Les perspectives d’application en Tunisie ont été présentées par Abdelkader Mensi, ingénieur au ministère du Transport, qui affirme que «le projet de la zone 30 va permettre de réduire par sept le risque de décès en cas d’accident». Il estime à ce titre que plus la vitesse augmente, plus le risque d’accident est élevé. Elle est la cause de 30% des personnes tuées sur les routes.

Le rapport vitesse/distance d’arrêt est exposé suivant un schéma et un dessin car si l’on «réduit de 30% la vitesse, la distance d’arrêt est réduite de treize mètres», clame-t-il à l’assistance médusée. Un autre panel d’intervention sur la gestion de la vitesse dans les zones 30 et sur le rôle du ministère de l’Equipement, de l’Habitat et la Logistique ont été évoqués par M. Mohamed Ayari. L’application de la loi et le cadre juridique ont été développés par le Colonel-Major Sami Rachikou qui rappelle que des sanctions financières sont prévues contre les contrevenants. M. Fayçal Stambouli, chef du cabinet du ministre du Transport, traduit le malaise routier : «On vit le chaos sur les routes avec un constat de tués et blessés à l’issue d’accidents terribles! On ne peut plus faire de pas en avant sans une société civile mobilisée et consciente des enjeux».

Dans ce contexte, un appel est lancé pour impliquer tous les ministères notamment ceux précités et la société civile. Les enfants ont besoin d’être protégés même et surtout en dehors de leurs maisons pour abréger leur souffrance et ne pas gâcher leur jeunesse, eux qui représentent la Tunisie de demain. Pensons à eux aujourd’hui pour qu’ils pensent aux séniors plus tard ! Car à l’heure actuelle le bât blesse.

Protéger une catégorie vulnérable

«3.000 enfants ou jeunes sont tués ou gravement blessés chaque année de par le monde», affirme l’ASR qui estime que les enfants ont un champ de vision et de réaction plus réduit que leurs aînés face aux dangers de la route. C’est une catégorie vulnérable des usagers de la route en ville et dans les agglomérations. Dr Fatma Snoussi, modératrice de l’événement et pédopsychiatre, appelle à sauver l’enfance face aux dangers du quotidien et établir une priorité dans le champ de bataille pour une meilleure sécurité routière. « Il faut se mettre à la place de l’enfant qui ne perçoit pas l’environnement routier de la même façon qu’un adulte !». Mme Ben Ghenia insiste pour rappeler combien la vitesse est la première cause de mortalité sur les routes tunisiennes et se fixe pour objectif de réduire, dans une prochaine étape, de moitié le nombre de personnes tuées à cause de la vitesse.

Le bon point a trait en l’exposition de trois vidéos de témoins internationaux qui transmettent des messages forts pour garantir une meilleure sécurité routière : «Il est temps de restituer les routes aux cyclistes et aux piétons ; il faut assurer un environnement de jeu et de détente dans le paysage routier pour l’enfant ; la zone 30 pour protéger les personnes vulnérables, c’est fondamental».

Des messages qui trouvent leur écho en Suède, pays modèle en matière de sécurité routière, que la Tunisie doit pouvoir traduire sur le terrain à sa manière, notamment avec l’aménagement de plusieurs «zones 30» ou des pistes cyclables.

Pour l’heure, on estime que le volet répressif va conduire à une amende de quarante dinars pour tout conducteur qui ne respecte pas cette limitation de vitesse qui sera clairement indiquée par un panneau rectangulaire avec un cercle rouge au milieu de délimitation de vitesse à 30 km/h.


Vers la révision de l’article 5 de l’arrêté n° 151-2000

L’ASR informe que, suite à la demande de l’ensemble des ambassadeurs de la sécurité routière, un arrêté sera bientôt émis pour limiter la vitesse à 30 km/h, à proximité des établissements d’enseignement et de formation. A l’occasion de la sixième Semaine mondiale des Nations unies pour la sécurité routière, qui a été célébrée cette année du 17 au 23 mai 2021, l’Association des ambassadeurs de la sécurité routière a organisé, vendredi 28 mai 2021, une table ronde sur le thème : « Zones de 30 km/heure : La solution durable pour protéger les usagers de la route vulnérables ». Cette activité vise à soutenir la demande de l’Association depuis août 2019, concernant la révision de l’article 5 de l’arrêté n° 151-2000 du 24 janvier 2000 afin d’adopter la mesure qui vise l’obligation de limiter la vitesse maximale à 30 km/h aux abords des institutions éducatives,  afin de protéger la vie de nos enfants et de nos jeunes, en particulier sur le chemin de l’école.

M. Fayçal Stambouli, chef de cabinet du ministre du Transport et de la Logistique, a confirmé dans son discours le soutien du ministère à cette demande, et le ministre du Transport et de la Logistique a tenu à réexaminer ce dossier, qui est actuellement au niveau du chef du gouvernement dans la dernière étape et devrait être publié dans un proche avenir. Il a indiqué que son ministère porte une attention particulière au dossier de la sécurité routière et s’appuie sur les structures gouvernementales concernées et les représentants de la société civile pour travailler ensemble à la réduction des accidents de la circulation et de leur gravité.

Mme Anna Block Mazoye, ambassadrice de Suède, a présenté l’expérience de son pays dans le domaine de la sécurité routière. Elle a indiqué que son succès est dû à la prise de conscience du citoyen que la vie est sacrée et à son engagement à contribuer à réduire le nombre de victimes de la route et à sauver des vies, plutôt que d’être un « tueur » ou de contribuer à mettre fin aux jours de quiconque. Cela se fait en respectant le code de la route et en s’engageant à ne pas dépasser la limite de vitesse en général et 30 km /h en particulier.

Mme Afef Ben Ghenia, présidente de l’ASR, se dit satisfaite de la réponse du ministère du Transport et de la Logistique à sa demande de révision du texte de loi concernant la limitation de la vitesse à 30 km/h à proximité des établissements d’enseignement. Il s’agit de la deuxième réponse positive et fructueuse, après celle qui a abouti à la promulgation de la loi sur la ceinture de sécurité obligatoire en janvier 2017. Elle a en outre souligné que la sécurité routière est un «droit» et un «devoir» et pas seulement une «option» ou un «slogan», car c’est une responsabilité collective; donc «nous sommes tous concernés par cette question». De près et de loin.

Dans son intervention, le représentant du ministère du Transport et de la Logistique a évoqué les perspectives de mise en œuvre de la « Zone 30 » en Tunisie après avoir passé en revue les textes législatifs en vigueur concernant la limitation de vitesse et le projet de modification de l’arrêté n° 151/2000, qui stipule l’obligation de ne pas dépasser la vitesse maximale à 30 Km/h à proximité des établissements d’enseignement et de formation. Il a souligné que le ministre du Transport et de la Logistique a demandé au ministre des Affaires Locales d’encourager les communes à établir des zones qui limitent la vitesse à 30 km/h à proximité des écoles, en attendant l’émission du nouvel arrêté. De son côté, le représentant du ministère de l’Equipement, du Logement et des Infrastructures a confirmé la pleine implication du ministère dans cette optique et son souci de prendre cet arrêté pour préparer les infrastructures (routes, dos d’âne, trottoirs…), et de concentrer divers feux de circulation au prorata de la vitesse de 30 km/h. Le représentant du ministère de l’Intérieur a évoqué le rôle du ministère dans la mise en œuvre de la loi et ses préparatifs pour renforcer le système de contrôle devant les établissements d’enseignement et de formation. A cet égard, il a mis l’accent sur l’aspect terrain et le rôle dissuasif et de sensibilisation du ministère, que les différentes structures sous son autorité ont à cœur de jouer.


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