Le film sortira bientôt sur les écrans et bientôt également sur Netflix, la plateforme très prisée par les Tunisiens. « Désigné coupable » est un film très réussi dans sa facture, un film de procès qui réunit Tahar Rahimi et Jodie Foster. Le premier film qui traite d’un prisonnier musulman accusé à tort et emprisonné pendant 13 ans à Guantanamo.  Le cinéma américain tente-t-il de faire son mea-culpa face à Guantanamo ou interroge-t-il sa propre histoire ?

Il s’agit d’une histoire vraie, celle de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien que son pays a livré aux Etats-Unis, après les attentats du 11 septembre 2001; à l’époque, les États Unis sombraient dans la paranoïa et étaient prêts à tout pour dénicher les coupables. Mohamedou Ould Slahi livre dans ses mémoires, «Les Carnets de Guantanamo », le témoignage édifiant des conditions inhumaines de la plus tristement célèbre prison du monde.  Curieusement c’est un réalisateur (Kevin Mac Donald) dont la carrière était complètement tournée vers le documentaire qui s’empare de ce récit puissant et en fait un film dont voici le synopsis. « Sans même avoir été inculpé et sans procès, Mohamadou Ould Slahi est envoyé dans le camp de détention de Guantanamo Bay à Cuba où il vit un cauchemar. Il ne cesse de clamer son innocence et demande l’aide de deux avocates, Nancy Hollander et son associé Teri Duncan. Les deux femmes lui demandent d’écrire son témoignage car c’est plus simple pour lui comme il est dangereux de parler en présence des caméras de surveillance. Elles se heurtent à l’Etat américain qui va tout faire pour rendre impossible leur travail de défense… »

Le réalisateur ne lésine pas sur le casting du reste pour raconter ce terrible périple. Il fait appel à Jodie Foster (Golden globe de la meilleure actrice pour ce rôle) et Tahar Rahimi mais aussi à Benedict Cumberbatch. Talentueux les acteurs ! Mais aussi bien dirigés ! Tahar Rahimi, dans ce rôle, sort de ses gonds et de ses rôles jusque-là bien interprétés mais qui épousent le caractère d’un personnage en « ligne droite ». Dans « Désigné coupable » il nous sort des moments où il est drôle et touchant et il arrive à nous les faire passer dans cet univers inhumain qui est Guantanamo.

A notre sens, on gagnerait   à voir ce film parce qu’il casse   avec le manichéisme qui a marqué le cinéma américain après le traumatisme du 11 septembre. Le personnage, parti pour déplaire tout genre de public car il est jeune Mauritanien et musulman, sort des clichés classiques. Le réalisateur, en cultivant une ambiguïté particulière, tente d’assurer l’innocence de ce détenu incarcéré injustement et nous renvoie à nos propres jugements. La mise en scène, anxiogène et sans temps morts, écrite, filmée et sonorisée de manière à ce qu’elle s’adresse à nos sens, achève de donner au film une dimension profondément humaine.

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