Bienvenue à la petite jungle «Tunisie» ! Une belle petite jungle qui a rapidement poussé sur les ruines d’un immense bagne abandonné, par ses gardes-chiourmes il y a un plus de dix ans. Une belle jungle avec ses branches enchevêtrées, bourrées de singes et de perroquets, son air humide et suffocant, chargé de moustiques aux piqûres pouvant tuer un éléphant, ses marécages infestés de crocodiles, ses sables mouvants, ses sentiers remplis de fauves, de serpents et de charognards, ses labyrinthes, etc.

Un milieu où l’on peut facilement mourir de soif et de faim malgré l’abondance de l’eau, de la faune et de la flore, car tout y est toxique ou vénéneux ou presque. Ici, il ne reste plus que la loi primitive, et elle y règne sans partage. Malheur à celui qui, pour une raison ou une autre, ne peut être qu’une proie facile pour un quelconque prédateur.

Bienvenue mille fois en cette terre où l’esprit des hordes de nomades, dont le passage ressemble à celui de denses nuées de criquets, pour emprunter la comparaison à l’immense Ibn Khaldoun et où chacun essaye de se servir sans soucier des autres, qu’ils vivent autour de lui ou qu’ils soient leurs descendants. Un pays où il n’existe pas de citoyens, mais ce que nous avons appelé des «anti-citoyens», des rapaces, d’un côté, et de petits rongeurs, de l’autre. Une poignée de riches parasites, des groupes de rentiers et de gros et moyens salaires qui se soucient du pays et de ses intérêts vitaux comme de leur dernière chemise, des hordes de populations au seuil de la pauvreté et des troupeaux de misérables.  Un pays où produire, créer, bien étudier, s’engager pour l’intérêt public, essayer de colmater les brèches, dénoncer les criminels et autres corrompus est devenu un exercice périlleux. Un pays où les appareils et structures formant ce qui reste de l’Etat se sont transformés en Etat dans l’Etat, des syndicats et des corporations, qui, à chaque fois, prennent le pays en otage, des laissés-pour-compte qui ne trouvent d’autres solutions que de détruire l’appareil productif à la Samson, etc. 

Tous ceux qui fournissent un effort honnête et sincère pour créer des richesses (biens, services, idées…) se voient, hélas, pénalisés par une armée de parasites qu’ils soient dans l’administration et les entreprises publiques ou sous forme de mafias ou bien parmi ceux qui prétendent chercher un travail et qui ne sont ni compétents, ni productifs, ni honnêtes ou encore par ceux jouant les petits chefs au sein de syndicats corrompus. Attitudes et comportements qui trouvent leur explication dans la perte de confiance totale dans l’Etat, ses gouvernants et les soi-disant politiques publiques et qui accumulent échec après échec depuis de longues décennies. Ils trouvent aussi leur explication dans une seconde nature du Tunisien qui, à travers l’histoire, n’a jamais eu confiance dans l’avenir ni dans ses dirigeants. «Sers-toi le premier, même s’il s’agit d’une raclée», dit notre proverbe. Antagonistes de cette guerre civile à peine voilée qui secoue le pays, des populations qui n’ont aucune attente en dehors de celle leur permettant de survivre, de minables personnes assoiffées de pouvoir, des «chercheurs d’or», gonflés de cupidité, des formations idéologiques d’un autre temps voulant, coûte que coûte, concrétiser leurs idéaux.  Et aussi, opportunistes du type grenouilles voulant devenir bœufs, aventuriers de tout acabit, criminels politiques et économiques cherchant à se soustraire aux punitions et antagonistes de taille, que certains et ils sont nombreux, essayent d’occulter, la tête du régime déchu, avec ses multiples tentacules cherchant à prendre sa revanche, pire à se venger, etc.   La liberté, grand acquis de la «Révolution», s’est, hélas, rapidement transformée en quasi-anarchie, alimentant conflits et violence, donnant ainsi naissance à une forte angoisse généralisée. L’avenir est ainsi devenu rapidement flou puis confisqué par tant de déceptions. A défaut de liberté et de dignité, le peuple, tout comme l’économie souffrent aujourd’hui d’une grave dépression.

Face aux fortes attentes, doublées de revendications pressantes d’un peuple voulant vivre décemment, l’Etat est aujourd’hui plus que faible, pauvre et rongé par la corruption, avec des gouvernements timorés, sans vrais programmes et instables, un personnel pour la plupart d’entre eux incompétents.  A force de vouloir éviter de retomber dans la dictature l’on a été frappé de passivité, pire, paralysés. Et l’Etat est devenu l’otage de ceux ont su manier, à merveille, le racket. Par ailleurs et à force de vouloir récolter des voix, les politiciens ont plongé le pays dans le populisme et la manipulation des foules.

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