Les investissements directs étrangers en Tunisie sont très en deçà du potentiel du pays. Bref, ces dernières années n’ont pas été des années fastes. La Tunisie est passée complètement à côté de l’explosion des IDE, liée à la mondialisation au cours de la dernière décennie, preuve supplémentaire que la politique économique que nous menons n’est pas assez fiable et il serait grand temps de s’en rendre compte.

D’après le dernier bulletin de conjoncture (avril 2021), publié par l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (Apii), les projets 100% étrangers ont chuté de 42.2%. En revanche, les investissements de partenariat ont été marqués par une augmentation de 31.5% (142.6 MD contre 108.4 MD pendant les quatre premiers mois de l’année 2020). Les investissements directs étrangers en Tunisie sont très en deçà du potentiel du pays. Bref, ces dernières années n’ont pas été des années fastes. La Tunisie est passée complètement à côté de l’explosion des IDE, liée à la mondialisation au cours de la dernière décennie, preuve supplémentaire que la politique économique que nous menons n’est pas assez fiable et il serait grand temps de s’en rendre compte.

La chute est mondiale !

Il est vrai que cette baisse n’est pas particulière à la Tunisie. Selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), avec les effets de la pandémie, les investissements directs étrangers (IDE) ont chuté de 42% l’an dernier, à environ 859 milliards de dollars, contre 1.500 dollars en 2019. Cette agence onusienne redoute même un nouvel effondrement en 2021 qui empêcherait une reprise durable. D’après James Zhan, directeur de la division de l’investissement et des entreprises à la Cnuced, «C’est le niveau le plus bas des 25 dernières années». D’après les chiffres avancés par cette même source, les IDE étaient de 30% en dessous du creux atteint lors de la crise financière mondiale de 2009. Ce déclin s’est concentré dans les économies développées, où les flux d’IDE ont chuté de 69% pour atteindre seulement 229 milliards de dollars.

Chaque pays a besoin de capitaux pour financer son développement et les IDE en sont une source par excellence. Ces investissements sont aussi une importante source de transfert de technologie et de bonnes pratiques. C’est pour ces raisons, et bien d’autres encore, que tous les pays sont appelés à mettre en place les bonnes pratiques d’une bonne gouvernance et doivent investir continuellement dans l’amélioration de l’attractivité de leurs territoires. Les crises économiques, et notamment la crise sanitaire en cours, ont, certes, un impact majeur sur les flux d’IDE mais ce ne sont pas les seules causes d’évolutions négatives ou positives de ces derniers. Une baisse ou une hausse de l’attractivité dans un pays ou dans un autre, une modification du contexte législatif ou réglementaire, une évolution des règles du jeu fiscales, peuvent susciter de nouveaux investissements ou, au contraire, remettre en cause des investissements espérés.

Le Fonds monétaire international (FMI) définit les IDE comme étant «une catégorie d’investissement transnational dans lequel un résident d’une économie détient le contrôle ou une influence importante sur la gestion d’une entreprise résidente d’une autre économie…». Cet investissement transnational peut prendre de multiples formes, à savoir : les acquisitions, les créations, le développement d’entreprises ou d’activités, les prises de participations, les prêts, les investissements immobiliers, les réinvestissements de bénéfices, les fusions-acquisitions… Du côté de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (Ocde), «les investissements internationaux doivent traduire pour n’importe quel investisseur une motivation, et ce, à travers la volonté d’établir, avec l’entreprise, une relation stratégique durable afin d’exercer une influence significative sur sa gestion». Cette définition nous explique brièvement comment les investisseurs décident où investir ?

A quoi s’attend un investisseur étranger ?

Mettons-nous un instant dans la peau d’un investisseur ou d’une firme planifiant ses investissements futurs à l’extérieur de ses propres frontières. Comme on l’a dit précédemment, les investisseurs se soucient, tout d’abord, de la profitabilité future de leurs investissements. Derrière ce premier objectif se cache le plus souvent toute une série d’objectifs financiers chiffrés et datés, ainsi qu’une analyse poussée des risques et des opportunités qu’offre chaque plan d’investissement. Et même si toutes les méthodologies varient, les variables incitations restent les mêmes. Tous les investisseurs s’intéresseront très probablement au respect du droit de propriété dans le pays concerné, à la disponibilité de la main-d’œuvre et à son niveau de qualification, au coût du travail, au poids de la réglementation et des impôts, à la taille du marché local ou encore à la position géographique du pays, et ainsi de suite avant de choisir où placer son argent.

Il est tout de même important de noter que les déterminants des flux d’investissements directs étrangers ne sont pas qu’économiques, il s’agit aussi de facteurs qui relèvent de la gouvernance au sein des pays d’accueil, à savoir la lutte active contre la corruption et l’amélioration des cadres politiques et réglementaires. En vue d’améliorer le climat d’investissement, les pouvoirs publics des pays d’accueil doivent donc entreprendre des actions efficaces : lutter contre la recherche de rente (la corruption), instaurer la crédibilité et maintenir la dynamique des réformes.

Pourquoi cette course aux IDE ?

Les flux d’IDE sont sensibles aux crises, mais réagissent aussi au comportement des Etats et c’est pour cette même raison qu’il est important de rafler autant d’investissements directs étrangers (IDE) que possible. Comme tous ceux qui connaissent les rouages d’une entreprise vous le diront, le capital c’est le nerf de la guerre. Eh oui, sans capital, pas d’investissements dans la chaîne de production, pas d’investissements en recherche et développement, pas d’achat de nouveaux locaux, pas d’acquisition de nouvelles machines, en somme, pas d’entreprise, mais surtout pas d’amélioration de la productivité avec les conséquences que cela pourrait avoir sur les salaires. Et comme l’accès au capital est, par nature, ardu, aucun créancier ou investisseur ne voudrait s’engager sans avoir été convaincu de la profitabilité future de son prêt ou de son investissement. On comprend, ainsi, aisément pourquoi il est judicieux, et même primordial, de capter des capitaux venant de l’étranger. Pourquoi donc priver notre économie d’un apport précieux en capital quand ce dernier crée dans son sillage de l’emploi et de la croissance ?

D’après les économistes, les effets des IDE sur la croissance sont multiples. D’abord, ils permettent des transferts de connaissances et de technologie vers le pays d’accueil sous certaines conditions de disponibilité en capital humain. En second lieu, les IDE ont un effet indirect passant par la productivité dans différents secteurs, mais aussi un effet de transformation de la spécialisation internationale du pays d’accueil à la faveur d’une diversification sectorielle permise par les investissements des firmes multinationales. Enfin les investissements directs permettent de nouvelles configurations géographiques des économies et ainsi, une meilleure efficacité de la croissance.

Certainement, depuis l’Indépendance et jusqu’à aujourd’hui, la Tunisie fait partie des pays ayant fourni des efforts considérables en vue de renforcer son attractivité et les différents gouvernements ont également entrepris une politique de promotion du territoire. Toutefois, les apports des projets installés sur notre sol sont loin des espérances des décideurs et les risques de délocalisation vers des pays émergents sont bien réels et n’arrangent pas la situation, ce qui nous pousse à nous poser des questions sur le pouvoir attractif de la Tunisie et la nature des facteurs d’attractivité mis en place.

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