La campagne de vaccination et le développement de l’immunité communautaire montrent leurs limites. C’est difficile à l’admettre, mais on réalise que la stratégie nationale adoptée ne répond pas, ou très peu, aux exigences imposées par la crise sanitaire. Et si elle apporte ainsi peu de valeur ajoutée, c’est à cause des nombreux contresens et maladresses qui accompagnent souvent les différentes interventions.

Lenteur, encombrement et attente prolongée dans les centres, quantités limitées des doses de vaccins, réticence dans l’inscription pour la vaccination, problèmes techniques, mauvaise gestion des rendez-vous. Le constat prend une plus grande dimension, notamment à l’évocation des stratégies adoptées par d’autres pays.

L’absence de moyens est souvent l’argument le plus évoqué pour parler des problèmes rencontrés dans la lutte contre le Covid-19. En quelque sorte, il y a une part de vérité dans ce genre d’argumentation. Mais il n’y a pas que cela. Ce sont encore et toujours les idées qui manquent. Les initiatives et les stratégies aussi. Les volontés, les bonnes, assurément… 

La question de fond tourne essentiellement autour du bien-fondé de la stratégie adoptée et de l’échec d’une politique sanitaire inadaptée durant ces dix dernières années. L’état des établissements hospitaliers et les conditions d’accueil suscitent des interrogations quant à la pertinence de cette politique. Le problème de l’entretien et de la subsistance est au fond à l’origine de la dégradation de l’infrastructure sanitaire.

Mais, au-delà d’une simple pratique, la méthode tunisienne aurait dû reposer sur un niveau d’exigence beaucoup plus élevé. Dans ses différentes étapes et à travers ses différentes interpellations, la campagne de vaccination n’est pas bien perçue. Ce qui est entrepris n’a au fait que peu de rapport avec ce qui est recommandé, voire exigé dans la pratique et la réalité.

Il faut dire que c’est toute la politique sanitaire qui avance à l’écart du système. On est loin de pouvoir instaurer une stratégie mobilisante, du moins intensive.  La réalité montre qu’elle n’a qu’un faible impact sur la crise sanitaire et qu’elle traduit une défaillance caractérisée relative à la gestion et à la gouvernance, ainsi qu’aux méthodes de travail. Peut-on espérer mieux quand pas moins de quatre ministres s’étaient succédé rien que pendant la crise sanitaire ?

En tout cas, le directeur de l’Institut Pasteur et membre du Comité scientifique de lutte contre le Coronavirus, Hechmi Louzir, reconnaît que la campagne de vaccination n’avance pas au rythme souhaité. Pour sa part, le Chef du gouvernement a constaté, lors de sa visite au Centre de vaccination anti-Covid-19 au Palais des congrès, différents dépassements, liés notamment à l’encombrement et à la durée d’attente.

Il règne au fait comme une atmosphère d’impuissance face à la propagation du virus. 73 décès et 1.925 nouvelles contaminations sur un total de 6.775 analyses effectuées ont été enregistrés le 1er juin. Le nombre de décès totalisés depuis l’apparition de l’épidémie a atteint 12.793 morts. Le taux quotidien de positivité des tests est actuellement de l’ordre de 28,41%. Une 4e vague de la pandémie est prévue à la fin de ce mois, avec un pic de contaminations au cours du mois d’août. Le nombre global des décès pourrait atteindre au cours de cette période 4 mille personnes. La collectivité nationale subit des pertes estimées à 2.475 dinars pour chaque nuit qu’un patient atteint du Covid-19 passe dans un hôpital public, tout en sachant que ce type d’hospitalisation peut dépasser 45 jours.

Tout cela pour dire qu’autant la lutte contre la pandémie exige une mobilisation au quotidien et de tous les instants et des objectifs renouvelés sans cesse, autant elle nécessite un modèle national de performance.

Le temps commence à paraître long, mais surtout contraignant. Lenteur, contre performance, la lutte contre le virus s’en ressent fortement. Sans faire de mauvais jeu de mots, rien n’est clair, rien n’est rassurant. Encore moins sécurisant. Et ne parlons plus surtout des promesses qui ont volé en éclats et des discours meublés de langue de bois.

On continue à s’interroger sur l’optimisation de pareil mode d’emploi pour faire face à la pandémie et l’on ne sait pas vraiment si la Tunisie parviendra ou non à renverser la vapeur dans la gestion de la crise sanitaire. Une bulle d’incertitudes est toujours là.

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