La triste démonstration de force du maire du Kram auprès des commerçants sous prétexte de boycotter les produits israéliens n’est pas le premier et ne sera pas son dernier épisode polémique. C’est à l’image de presque la majorité des maires élus aux municipales de 2018 : cette démocratie participative de proximité où le citoyen élit des conseillers municipaux pour servir la commune et être à son écoute s’est transformée en une nouvelle forme de dictature des maires, au nom de la décentralisation. Allez voir ce qui se passe dans les conseils municipaux où les clivages politiques font des ravages. On paie encore l’impardonnable erreur d’appliquer un régime électoral de la proportionnelle au plus fort reste, qui a donné des conseils municipaux hétérogènes, non complémentaires et ingérables. Au lieu d’améliorer les conditions de vie de la région, notamment l’hygiène, l’éclairage public, l’infrastructure, les services de proximité, on a versé dans de petits jeux politiques vains et un exercice poussé du pouvoir des maires qui ont tous les avantages. Chaque maire se fait entourer d’une majorité complaisante, face à ses pairs qui finissent par abandonner, et se permet alors tout. Le (la) maire centralise toutes les décisions stratégiques de sa commune en se basant sur le code des collectivités locales de 2018 qui accorde des pouvoirs au conseil municipal (et non au maire) face à l’administration centrale. Cette décentralisation devient alors une « centralisation de fait » avec des maires qui désignent des amis, des proches, qui accordent des marchés sans passer par des appels d’offres, et qui détiennent le monopole de représenter le conseil municipal auprès des médias. Rares les fois où un conseiller municipal s’exprime et communique, tout passe par le (la) maire. Venons-en aux attributions, encore floues, mentionnées par le code des collectivités locales. On ne sait pas, en réalité, quels rapports y a-t-il entre le conseil municipal assez autonome et l’administration régionale. Quelle autorité de contrôle ou d’intervention détient le gouverneur ( représentant du pouvoir exécutif) sur les projets d’infrastructure  et aussi au niveau de l’application de la loi ? Ce qu’on voit, c’est une totale autonomie du maire qui se permet même d’empiéter sur le travail du gouverneur, notamment pour le suivi des mesures anti-Covid. Il y a lieu maintenant, après trois ans, d’évaluer l’expérience des conseils municipaux et des différents problèmes de gouvernance et de fonctionnement soulevés. C’est bien d’accorder plus d’autonomie et d’efficacité aux régions, notamment pour la collecte des taxes et des impôts et le développement des ressources propres, c’est encore mieux de donner aux conseils municipaux la possibilité de décider des orientations et des mesures pratiques pour se développer. Mais tout doit être clair, tout doit être réglementé sans interférence avec les autres pouvoirs et les fonctions de l’Etat. L’image actuelle est différente de ce que le code des collectivités locales stipule. Les maires sont incontrôlables aujourd’hui au nom de la décentralisation et de la démocratie participative locale. Ça c’est à revoir très vite.

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