Le secteur de la parfumerie et des cosmétiques génère un chiffre d’affaires d’environ 1,77 milliard de dinars soit 1,6 % du PIB. Il pourrait mieux contribuer à la croissance économique du pays.

M. Hatem Meziou, président de la Chambre syndicale professionnelle de la parfumerie et de cosmétique (Utica) et chef d’entreprise opérant dans le secteur, a révélé que «notre profession dispose d’atouts importants, un savoir-faire, et de réelles opportunités qui ont fait de la Tunisie un important acteur régional reconnu depuis plusieurs siècles».

En effet, le secteur de la parfumerie et des cosmétiques génère un chiffre d’affaires d’environ 1,77 milliard de dinars soit 1,6 % du PIB. Il génère environ 10.000 emplois directs et le même nombre d’une manière indirecte. Il est principalement constitué de PME dont une grande partie est composée de jeunes entreprises très dynamiques avec une importante capacité d’innovation.

Une lourde fiscalité

Ce secteur a un énorme potentiel de progression et de développement. Il pourrait mieux contribuer à la croissance économique du pays. Toutefois, et sans raisons convaincantes, il est marginalisé par les autorités et accablé par une lourde fiscalité et par des obstacles techniques constituant des barrières non tarifaires très contraignantes. Ces facteurs expliquent, en grande partie, la prolifération des produits contrefaits ainsi que le taux élevé du commerce informel.

Le volume du marché informel des produits cosmétiques est estimé entre 600 et 800 millions de dinars, soit entre le tiers et la moitié du marché total. Cette situation est le résultat de la pression fiscale de plus en plus forte que supporte le secteur régulier. La différence des coûts de revient a entraîné un gap important entre les prix sur le marché et a fait prospérer le secteur informel.

Ces opérateurs échappent à tout contrôle tout au long de leur chaîne logistique allant de l’importation à la vente au détail en passant par le stockage et la distribution. Les nouveaux canaux de vente tels que les réseaux sociaux et la vente à domicile permettent à ces opérateurs d’échapper aux radars. Les opérateurs réguliers, quant à eux, font face à des lourdeurs administratives et des complications des formalités qui allongent les délais de dédouanement et augmentent les coûts du transit frontalier.

Le commerce informel a des retombées néfastes sur la survie des opérateurs légaux mais aussi sur la santé des citoyens qui appliquent sur leurs corps des produits non contrôlés qui peuvent, dans certains cas, être très nocifs, sans oublier le manque à gagner pour les recettes de l’Etat, aussi bien douanières que fiscales.

«Une orientation prioritaire»

«Il faut intégrer le secteur informel dans le secteur organisé. Une telle orientation devrait être une grande priorité qui nécessite, d’abord, une volonté politique qui a fait défaut jusqu’à maintenant.  Il est nécessaire, en premier lieu, rendre cette intégration attractive en réduisant les taxes et en allégeant les formalités administratives. D’où la nécessité de moderniser le contrôle et de réviser notre arsenal législatif qui est devenu très archaïque», précise notre interlocuteur.

M. Meziou a ajouté que beaucoup de défis rendent l’exportation difficile même si le taux de couverture du secteur, qui est de 60%, reste respectable. La valeur ajoutée du secteur de la cosmétique demeure relativement élevée et la plupart des marques internationales privilégient la production dans leurs propres pays afin de protéger leur savoir-faire. Les opportunités de sous-traitance pour les marques étrangères sont limitées.

Aujourd’hui, certains opérateurs tunisiens sont capables de fabriquer des produits d’une excellente qualité, comparable aux produits européens. Mais cela ne suffit pas. Le développement des exportations nécessite la constitution de marques de notoriété régionale ou internationale avec des moyens de communication modernes. Il nous faut des champions locaux qui puissent s’imposer à l’international et toucher directement le consommateur étranger.

Les industriels tunisiens ont de plus en plus conscience de cet enjeu mais le contrôle de change reste l’un des freins à ce développement. La taille des investissements est importante pour fabriquer des marques de portée internationale. Les perspectives de ce secteur sont très prometteuses. Beaucoup de jeunes entrepreneurs s’intéressent à ce secteur et les consommateurs et consommatrices font de plus en plus confiance aux produits tunisiens.

«Nous pouvons dire clairement que les barrières psychologiques qui ont pénalisé le secteur par le passé sont en train de disparaître, soutient notre interlocuteur. Le développement de notre secteur a besoin de quelques réformes qui ne sont pas  difficiles mais qui peuvent générer, rapidement, des gains très importants. Il faut revoir la pression fiscale à l’importation, ainsi que réformer les circuits d’importation et de distribution. Il est obligatoire de renforcer les efforts dans la lutte contre la contrebande, la contrefaçon et le marché parallèle et faire bénéficier les matières premières importées des avantages fiscaux dont bénéficient les matières premières importées par les autres secteurs industriels», suggère le président de la Chambre syndicale.

Et d’ajouter : «Il est indispensable d’encourager les activités de recherche et développement liées directement au secteur des parfums et des cosmétiques, en collaboration avec les établissements universitaires et accompagner les opérateurs du secteur dans la recherche des marchés à l’exportation. Enfin, nous comptons vivement sur l’Etat et ses structures spécialisées pour qu’ils accordent plus d’intérêt à ce secteur très prometteur et qui a su faire preuve d’une grande résilience malgré sa marginalisation et les difficultés rencontrées».

Charger plus d'articles
Charger plus par Sabrine AHMED
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire