Bien des habitudes, au niveau de la consommation, de la restauration, des «loisirs» et autres domaines qui font la vie sociétale, ont changé.

Dans une grande surface, une dame se présente à la pesée au rayon fruits et légumes. Elle semblait quelque peu gênée et n’osait pas regarder le préposé au pesage dans les yeux. Elle présentait des sachets de deux concombres, quatre tomates, deux piments, cinq-six cents grammes de sucre et une poignée de fraises.

Une fois partie, entre deux autres clients, nous avons posé la question au jeune affecté à ce travail : «Vous en voyez beaucoup des clients qui présentent de petites quantités ?»

Sans hésitation aucune, il nous affirma que cela devenait de plus en plus fréquent.

Un client qui a entendu notre question nous donne, sans se faire prier, sa version des faits : «Effectivement, depuis la pandémie, et même avant, on achetait par kilos sinon plus. Fruits et légumes et, lorsque c’est possible, viande, poulet ou poisson. Les prix sont devenus si élevés qu’il n’est plus possible de se comporter de cette manière.

Nous achetons ce que nous pouvons pour nous nourrir en évitant les grosses dépenses».

Des économies et de nouvelles habitudes

De toutes les façons, le panier de la ménagère s’est considérablement allégé. Si les trafiquants de tout bord continuent à se remplir les poches, le porte-monnaie du client n’est plus en mesure de répondre à toutes les sollicitations : « Si vous posez la question aux «barbachas» qui fouillent les poubelles, vous entendrez la même réponse. Vu les restrictions imposées par les conditions que nous vivons, et sous la pression du renchérissement de la vie, nous sommes bien obligés de faire des économies. Ce qui reste de la veille, très peu il est vrai depuis quelque temps, est consommé le lendemain. Beaucoup de familles se sont adaptées à ce rythme de vie et l’on s’achemine vers une modification importante dans le panier de la ménagère. On achète en moindre quantité et on essaie de ne rien jeter à la poubelle».

La pandémie, qui a frappé, continue à faire des siennes. Les chiffres des décès, qui ont atteint des records insupportables, risquent de poursuivre leur envolée, en raison du retard accumulé par la campagne de vaccination qui a bouleversé la vie des Tunisiens.

Bien entendu, l’indiscipline, qui a prévalu et qui prévaut, a sa part de responsabilité dans cette hécatombe, mais cela n’empêche que bien des habitudes, au niveau de la consommation, de la restauration, des «loisirs» et autres domaines qui font la vie sociétale, ont été modifiés.

Les repas en famille

Même si les restaurants ont rouvert, les repas sont beaucoup plus appréciés en famille. A El Menzah 6, devant un traiteur connu, il y avait foule en attente, alors que les livreurs en vélomoteurs s’affairent pour se lancer dans toutes les directions: des chefs de famille attendent d’être servis : «Nous avions l’habitude, mon épouse et moi, d’aller manger une fois par semaine au restaurant. Avec ce renforcement du couvre-feu, nous avons décidé de commander quelque chose à manger chez le traiteur et c’est toute la famille qui se réunit autour de la même table. C’est plus pratique et plus… familial. Nous continuerons à le faire même après cette histoire de covid».

Les offres online, la livraison à domicile, les menus types que l’on propose sont sortis gagnants de cette crise et beaucoup y trouvent leur compte.

Mais, et il y a un mais, le retour à la normale ne sera pas facile, nous confie un restaurateur qui vient d’ouvrir son espace. Réhabituer le client à sortir sera une étape, un défi pour les restaurateurs : « Les gens ont commencé à trouver ce rythme de vie propice au rapprochement familial qui s’est considérablement rétréci avant la pandémie».

Pour passer la soirée

Etant donné les restrictions imposées par le couvre-feu et les complications qui se posent au niveau des salles de spectacles, la question est toute autre.

Passons sur le pain noir que mangent depuis un certain temps les gens du spectacle. Il y a là un véritable problème qui ronge les fondements de cette grande famille des artistes. Les témoignages ou informations qui se succèdent tous les jours à propos des ennuis qui menacent la vie de bon nombre d’entre eux suffisent pour convaincre les plus récalcitrants.

Un responsable d’un magasin situé à la rue du Ghana, et qui a des ramifications un peu partout dans le pays, nous explique cet aspect de la question. « La consommation de vidéos en streaming est en vogue depuis le début de cette pandémie. Cela s’accentue ces derniers mois. Les divertissements à domicile avec des films ou des vidéos, le sport, avec une attention de plus en plus attentive envers des disciplines sportives qui n’étaient pas très prisées, remplissent la soirée des familles. Avec le wifi, chacun peut, dans sa chambre, voir ce qu’il veut, lorsque l’on préfère une certaine intimité».

La vente en ligne

Nous ne possédons pas des données sérieuses et fiables pour la vente en ligne. Les spots publicitaires se multiplient et il faudrait que l’on se penche sérieusement sur cette question pour pouvoir tirer des conclusions. Les gens, en dépit du danger que cela représente, n’ont pas renoncé à aller faire leurs courses en magasin. La vente en ligne s’est considérablement renforcée, mais les prix laissent à désirer. On vous assure que la livraison est gratuite, mais elle est amplement compensée par les prix que ces opérateurs pratiquent. Nous ne sommes pas dupes et il suffit de se rendre un jour sur sept au marché pour nous en rendre compte. C’est un réseau à organiser et à intégrer dans les habitudes de la clientèle tout en faisant valoir que les gains se font sur le nombre et non pas à la faveur de quelques opérations. Je pense que cela a de l’avenir et qu’il y a un aspect positif à développer et un minimum de confiance à instaurer entre les deux parties prenantes», nous confie un voisin qui y a recours pour éviter les déplacements.

Les loisirs en berne

Par loisirs, on entend spectacles en tout genre, vadrouilles, week-end à l’hôtel, etc. Avec l’arrivée de la chaleur, on a enregistré une poussée vers les hôtels et la baignade dans les piscines. Pour être le plus positif possible il faudrait avouer qu’il faudrait organiser cette fréquentation qui est en mesure d’animer ce tourisme (intérieur) qu’il ne faudrait nullement négliger.

Dans la durée d’abord, au niveau des précautions à prendre ensuite. La pandémie bat encore son plein et à voir comment les gens se comportent dans une piscine, cela est préoccupant. Pour les piscines, publiques ou privées (celles des hôtels), il faudrait qu’on impose une jauge pour éviter les risques.

Ceux qui vont à l’hôtel, tout d’abord, ne sont pas tous vaccinés. Et encore, la promiscuité est réellement malsaine au vu des conditions que vit le pays ?

Il faut absolument limiter l’accès. Le propriétaire de l’hôtel est responsable. En France, le nombre maximal a été divisé par deux pour limiter le danger.

Pourra-t-on le faire pour éviter que ces lieux deviennent des sources de contamination ?

Les risques de contamination

Le danger ne viendra pas de l’eau de la piscine, à la condition formelle que l’on ne pensera pas à faire des économies de bouts de chandelle au niveau de la filtration et du traitement. «L’eau saturée de chlore et de produits chimiques semble clairement une entrave à la circulation du virus. Le Haut Conseil pour la Santé Publique en France a émis un avis sur le sujet daté 24 avril 2020 constatant que «l’eau des piscines ne semble pas un lieu propice pour la survie et le développement des virus». Le risque pourrait provenir «des zones communes peu ou mal ventilées.»

Des recommandations

Il y a quand même des précautions à prendre et, nous en convenons, cela ne s’avère en rien facile.

-Le fait que les vestiaires soient en plein air et que les baigneurs devront se présenter prêts à entrer dans l’eau.

-Chaque baigneur doit nettoyer son casier avec des lingettes appropriées, tout en veillant à ne jamais partager les casiers.

-Le port du masque est obligatoire à l’arrivée à l’hôtel jusqu’au passage sous la douche qui précède l’accès direct au bassin.

-Le personnel de l’hôtel doit être vacciné.

-Le nombre déterminé par la Haute commission médicale (il n’y a aucune décision à ce propos) doit être respecté.

Pourra-t-on rattraper le temps perdu en prenant rapidement les décisions qui s’imposent ?

Les hôteliers pourront-ils imposer cette discipline de comportement ?

Le candidat pour le week-end acceptera-t-il de collaborer pour ce qui, en fait, représente pour lui des mesures de sécurité qui le protégeront et qui protégeront sa famille ?

Cela pose trop de questions à la fois.

Mais il faudrait y répondre pour éviter d’encourager la mise en place de nouveaux foyers de contamination.

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