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La tournée régionale menée dans le cadre du programme «Start-up et PME innovantes» a permis d’évaluer les lacunes des écosystèmes de l’innovation dans les régions et de formuler des recommandations. Entre dynamiques locales et disparités persistantes, ces écosystèmes font face aux mêmes défis : l’accès au financement et aux marchés.
A travers une tournée régionale qui a eu lieu dans divers gouvernorats à travers le pays, le programme «Start-up et PME innovantes» met en lumière les écosystèmes de l’innovation dans les régions. Ce roadshow, organisé dans le cadre de ce même programme qui a été mis en œuvre par la CDC avec l’appui de la Banque mondiale et de «Smart Capital», a permis de réaliser une radioscopie de l’écosystème dans lequel évoluent les start-up tunisiennes loin de la capitale, et d’en pointer les lacunes et faiblesses.
Promotion du financement en capital
Un événement a été organisé, à cet effet, au cours duquel il a été question de restituer les résultats et synthétiser les principales recommandations issues de cette initiative. Nejia Gharbi, directrice générale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), a déclaré à cette occasion que la tournée a permis un rapprochement entre les initiateurs du programme et les acteurs des écosystèmes régionaux, et particulièrement les fonds d’investissement et les structures d’accompagnement. Soulignant que la promotion du financement en capital figure parmi les principaux objectifs du programme, la responsable a affirmé que ce roadshow avait, entre autres, pour objectifs, de mettre en contact les fonds d’investissement et les start-up dans les régions.
« C’est pour cette raison que nous avons mis l’accent, lors de cette tournée, sur la partie investissement. Nous avons amené avec nous des fonds d’investissement qui, à la suite de rencontres et de réunions, ont pu adhérer à des projets de financement de certaines start-up. Nous avons vraiment senti qu’il y a une dynamique très importante au niveau des régions », a affirmé Gharbi.
Principale préoccupation ?
La responsable a poursuivi en indiquant que parmi les principales observations issues de cette tournée, la CDC a pu constater que le financement demeure la principale préoccupation des start-up régionales, puisque 36 % d’entre elles affirment être intéressées par des propositions et des opportunités de financement. Plus de 8 % déclarent rechercher des partenariats avec des investisseurs et des structures d’accompagnement, tandis que près de 8,2 % souhaitent accéder à des opportunités d’internationalisation et au marché. En outre, près de 15 % des start-up rencontrées peinent à accéder à des fonds.
«Les levées de fonds constituent un grand défi pour les start-up. C’est pourquoi il est important de développer des mécanismes de financement dédiés aux start-up en phase de pré-amorçage. La création de mécanismes de financement hybrides peut être une solution», a précisé la directrice.
Les recommandations retenues
Un autre point à renforcer, selon la responsable : la transparence et la communication sur les critères d’accès aux financements. «Beaucoup de start-up ne sont pas informées des critères d’accès aux fonds. Malgré la transparence des conditions d’accès et la disponibilité de l’information, celle-ci n’est pas suffisamment vulgarisée au niveau des régions», a-t-elle souligné.
La maturité pour l’investissement et la structuration des start-up ont aussi été évoquées comme des facteurs à renforcer pour les start-up basées en région. C’est pourquoi, la CDC recommande le développement de programmes de mentorat et l’encouragement à l’utilisation d’outils d’analyse financière. «Tous ces aspects seront désormais intégrés dans le programme», a fait remarquer Mme Gharbi.
Et d’ajouter : «Il existe toujours cette perception d’un manque d’accompagnement en région par rapport à Tunis. Nous allons peut-être essayer d’encourager les structures d’accompagnement à être beaucoup plus présentes en dehors de la capitale».
La mise en contact avec les startuppeurs en région a, également, permis de révéler une impression selon laquelle les start-up émergentes font de l’ombre aux start-up locales. «Cette critique a été soulevée par plusieurs start-up. Certains noms bien connus circulent et attirent davantage les fonds d’investissement que d’autres, ce qui limite la visibilité des autres start-up. C’est peut-être une perception, mais nous essayons, à travers les mécanismes que nous mettons en place, de donner à ces start-up la possibilité d’être plus visibles», a expliqué l’oratrice.
Elle a ajouté que, bien que la dynamique observée varie selon les régions, les quatre gouvernorats visités partagent des défis similaires. «Même à Sfax, qui se caractérise par une dynamique très importante, les start-up aspirent à bénéficier des mêmes conditions que l’écosystème du Grand Tunis, comme un espace dédié à l’innovation tel que The Dot. Finalement, il existe toujours des attentes spécifiques à chaque région en fonction de son degré de développement. Toutefois, de très belles opportunités existent à travers tout le pays», a-t-elle affirmé.
Un gap entre les écosystèmes
De son côté, Tarek Triki, représentant de «Smart Capital», a souligné que la tournée régionale, qui a duré deux semaines, a permis de rapprocher les startuppeurs des fonds d’investissement. «L’objectif principal de ce roadshow est d’augmenter le nombre de start-up accédant aux financements. L’enjeu aujourd’hui est que, au-delà de l’accompagnement initial des start-up, nous puissions les rapprocher davantage des fonds d’investissement qui leur permettront de se développer», a-t-il expliqué.
Il a, également, précisé qu’à l’issue de cette tournée, les initiateurs du projet ont pu constater un écosystème en construction, bien que son degré de développement varie selon les régions. D’après lui, le plus grand défi auquel sont confrontées les start-up est leur maturité pour l’investissement, un facteur clé qui leur permet d’attirer des financements. L’ensemble des programmes d’accompagnement mis en place visait à réduire cet écart. Maintenant, il va falloir mettre l’accent sur la phase d’accélération», a-t-il conclu.
Il est à rappeler que le programme «Start-up et PME innovantes» repose sur deux volets principaux : l’investissement et l’accompagnement. En matière d’investissement, deux fonds ont été mis en place pour faciliter le financement des start-up, à savoir le fonds des fonds «Anava» et le fonds «InnovaTech». Pour ce qui est de l’accompagnement, des programmes tels que «AIR» et «AIR 2» ont permis d’appuyer financièrement un grand nombre de structures d’accompagnement.
La tournée régionale a couvert quatre gouvernorats : Bizerte, Sfax, Gabès et Kairouan. Les initiateurs du projet affirment que d’autres tournées seront organisées à l’avenir pour couvrir d’autres régions. Lors de l’événement, Nejia Gharbi a déclaré que la CDC est en discussion avec la Banque mondiale dans le cadre du programme «Flywheel» sur un projet visant à structurer un mécanisme d’appui dédié à l’«investment readiness». Ce projet permettra de mettre en place des financements facilitant l’accès des start-up aux levées de fonds.