Près de 146.129 candidats de toutes les filières entament à partir de demain, 16 juin, les épreuves du baccalauréat. C’est la deuxième promotion d’élèves candidats qui se présenteront aux épreuves après une autre année marquée par plusieurs interruptions de cours dues aux confinements, aux multiples grèves et à un couvre-feu qui dure depuis des mois. Mais cette pandémie conjuguée aux effets socioéconomiques met aussi à nu l’inégalité des chances entre les couches sociales dont sont issus les candidats. C’est que les écarts de richesse jouent aussi comme un facteur déterminant de la réussite entre ceux qui ont pu finir l’année avec de bonnes études grâce aux cours privés payants et ceux dont les parents se sont retrouvés au bord de la route et sans ressources à cause du Covid-19. Cette inégalité  choquante est une autre injustice qui vient léser les plus défavorisés car l’éducation nationale a fini depuis belle lurette de donner la même chose à tout le monde. Comment, dans ces conditions, cette injustice ne serait-elle pas vécue comme une voie de relégation, puisqu’on ne fait rien pour la surmonter ? Pourtant, l’on sait pertinemment que les élèves qui seront recalés au Bac disparaissent des radars de la société pour aller chercher dans l’extrémisme, le sectarisme ou l’immigration irrégulière une autre voie plus périlleuse que l’échec.

L’école de la République, qui est le meilleur rempart contre la tentation du repli sur soi, deviendra alors le facteur déclencheur de la haine de l’autre et de la société, voire du pays.

En attendant, ce qui inquiète le plus ces candidats, ce ne sont pas les mesures sanitaires qui peuvent mettre hors de course un élève qui aura contracté le virus, mais l’atmosphère maussade qui règne dans le pays et qui est une grande source de perturbation pour eux. Car ils ne peuvent ignorer le contexte social très tendu qui prévaut en Tunisie. En effet, en cette période lourde de tant d’incertitudes, une trêve s’impose pour permettre à nos enfants de se concentrer sur leurs examens. Se lever le matin inquiet de ne pouvoir rejoindre un centre d’examen pour cause de grève des transports ou pour un possible blocage de la route par des contestataires est une grande source d’inquiétude pour eux.

C’est pourquoi un examen national aussi important que le Bac est aussi une épreuve de notre engagement social envers ces candidats où les chances de réussite dépendent largement de la réalité du quotidien que nous leurs présenterons. Bonne chance, les ados. Si vous passez les examens avec succès ou si vous échouez, c’est aussi quelque part à cause de nous.

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