La crise politique aiguë que le pays traverse n’est que le reflet des dysfonctionnements du système politique post-2011. Ce n’est pas seulement le résultat et la «culpabilité» des acteurs politiques actuels, mais c’est en partie les effets d’un système mal conçu et de conflits politiques antérieurs mal gérés. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : le bras de fer actuel entre le Président de la République et le Chef du gouvernement, on l’a vécu aussi en 2018, d’autres crises sont survenues depuis pratiquement 2012, et à chaque fois, ce sont les mêmes soucis et un héritage lourd en aberrations et en mécanismes qui n’éclairent pas le chemin de ceux qui débarquent pour gouverner, et qui finissent par commettre les mêmes erreurs. Coincés, déçus, frustrés, les adjectifs ne suffisent guère pour exprimer le mécontentement des Tunisiens qui aspiraient à un avenir meilleur, mais qui souffrent des tracas et du drame de la transition démocratique. Soyons plus clairs : le changement du système politique, entre autres et non seulement le mode électoral, est une obligation urgente. Cela doit se faire en pleine concertation, mais avec des échéances et surtout un changement palpable. Si on se fie aux hommes politiques actuels, on ne peut pas être très optimistes. La majorité d’entre eux se trouvent dans ce système de gouvernance politique où le pouvoir est émietté, les responsabilités sont floues, l’impunité règne, le clientélisme et la corruption font rage. On a réussi beaucoup de choses sur le plan politique, contrairement à ce que disent certains pour nous faire retrouver un passé qui ne reviendra jamais. Mais ce qui s’est passé ne vaut rien devant les tares, devant les déceptions en tous genres. La bonne gouvernance politique, c’est aussi une bonne gouvernance économique, les deux sont liés. Toute séparation entre le politique et l’économique est une absurdité. L’effondrement économique que nous vivons s’explique par les ratages politiques, par les défaillances du système politique qui a ouvert les portes à tous de régner, mais sans idées, sans suivi, sans la moindre responsabilisation. Le changement requiert du temps, oui, mais les priorités économiques n’attendent pas, et cela demande des politiciens de classe, qui savent aller au-delà de toutes les frictions et des conflits. Ne perdons pas de temps, le système actuel est défaillant, il exige des changements profonds en même temps qu’une réflexion intelligente sur ce que doit être l’après-transition démocratique. Un jour ou l’autre, on doit passer à une autre étape, mais pas avec le décor actuel. Sinon, c’est un effondrement politique qui suivra celui socioéconomique.

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