
• Un confinement général décrété dans les zones les plus touchées par l’épidémie où le taux d’infection s’élève à 400 cas pour 100.000 habitants
• En raison des répercussions sociopolitiques, le confinement ne peut être étendu à l’ensemble du pays
• Le comité refuse la présence du public aux manifestations, notamment sportives
• Les souches mutées se caractérisant par une propagation rapide pouvant affecter les tranches d’âge les plus jeunes
• Soutenir le système de santé en renforçant le recrutement de personnel médical
• Accélérer la campagne nationale de vaccination
• Les procédures de voyage liées aux arrivées en Tunisie, annoncées par la présidence du gouvernement le 26 mai dernier, maintenues
Face à la rapide et inexorable progression du virus dans plusieurs régions du pays avec des pics jamais enregistrés au niveau du nombre de contaminations et de cas de décès, et dans un contexte sanitaire très difficile marqué notamment par l’apparition du variant Delta, ou indien (six cas détectés) qui serait plus contagieux que son homologue anglais, la Commission scientifique de lutte contre le coronavirus s’est réunie hier sous la présidence du ministre de la Santé, Faouzi Mahdi, en vue d’étudier les derniers développements de la situation épidémiologique dans le pays et prendre les mesures susceptibles de freiner cette propagation inquiétante à plus d’un titre, puisque des professionnels du secteur de la santé n’écartent plus l’effondrement du système sanitaire dans certaines régions.
Au terme de cette réunion, un confinement général a été décrété dans les zones les plus touchées par l’épidémie où le taux d’infection s’élève à 400 cas pour 100.000 habitants, selon Sami Mourali, membre du comité scientifique de lutte contre le coronavirus, Sami Mourali, selon la TAP. Ce dernier a expliqué qu’en raison des répercussions socio-politiques le confinement ne peut être étendu à l’ensemble du pays. Il a souligné que le comité refuse la présence du public aux manifestations, notamment sportives, compte tenu de l’émergence de souches mutées, se caractérisant par une propagation rapide et pouvant affecter les tranches d’âge les plus jeunes.
Le comité scientifique a en outre recommandé, selon la même source, de soutenir le système de santé en renforçant le recrutement de personnel médical et paramédical et en accélérant la campagne nationale de vaccination contre le Covid-19. Le Comité a maintenu les procédures de voyage liées aux arrivées en Tunisie, qui ont été annoncées par la présidence du gouvernement le 26 mai dernier, dont, notamment, la levée du confinement obligatoire pour les arrivées en Tunisie à partir du 1er juin.
Statistiques effarantes
En termes de décès et de contaminations, les statistiques donnent froid au dos et laissent planer le doute quant à l’efficacité des mesures prises dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Avec le passage rapide d’une vague à une autre, la contamination a pris des proportions dantesques et les morgues sont dépassées, comme c’est le cas à l’hôpital La Rabta à Tunis, selon les déclarations de son directeur ce mercredi. 95 décès supplémentaires et 3.638 nouvelles contaminations par le coronavirus sur 10073 analyses effectuées ont été recensés le 22 juin, rapporte ce mercredi le ministère de la Santé. Par ailleurs, le ministère a souligné dans son bulletin quotidien sur la situation sanitaire que le nombre de décès depuis l’apparition de l’épidémie en Tunisie en mars 2020 a atteint 14 mille 318 morts. Effarant, inquiétant mais surtout consternant quand c’est le relâchement dans l’application des mesures sanitaires est mis en cause.
Tragique pôle position pour le gouvernorat de Nabeul avec un bilan record de 312 contaminations et trois décès, selon les déclarations du directeur de la santé préventive à Nabeul, Omar Sellimi, à l’agence Tap. Il s’agit de trois femmes originaires de Korba (47 ans), Grombalia (52 ans) et Menzel Temime (70 ans), ce qui porte à 795 le nombre des défunts liés à la pandémie dans la région, ajoute la même source. Il s’agit du plus grand bilan enregistré depuis la propagation de la pandémie, a souligné le responsable en question, indiquant que la moyenne des cas positifs est passée ces derniers jours à 43%. Il a qualifié la situation épidémiologique de grave dans ce gouvernorat où le nombre total des contaminés a atteint 24538. Le taux d’occupation des lits de réanimation et d’oxygène dans les secteurs public et privé a dépassé 80%.
Le nombre total de guérisons s’est élevé, du 2 mars 2020 au 22 juin 2021, à 340.834 personnes après le rétablissement de 1769 malades, alors que celui des cas hospitalisés dans des établissements de santé ( public et privé) a atteint 2874 patients, dont 511 en soins intensifs et 118 placés sous respiration artificielle, lit-on de même source. Par ailleurs, le ministère a fait savoir que le taux quotidien de positivité des tests Covid-19 a atteint, le 22 juin, 36,12%.
Effondrement du système sanitaire dans certaines régions!
Depuis le mois d’avril dernier, la commission précitée a mis en garde contre une flambée des cas de contamination par le biais d’un communiqué par le ministère de la Santé. Elle a fait état d’une augmentation à hauteur de 22,9% et avertit que l’apparition de nouvelles souches pourrait causer une nette augmentation des cas de contamination et de décès. Le laxisme du citoyen au niveau du respect des mesures sanitaires, notamment dans les gouvernorats présentant un haut risque de contamination, est récompensé par un atterrant laisser-aller de l’Etat. Le comportement irresponsable de certains partis politiques et même des parlementaires qui n’hésitent plus à organiser des manifestations et des sit-in dans la rue en toute impunité n’a fait que jeter une lumière crue sur la soi-disant volonté de lutte contre le Covid-19 et l’impuissance de nos décideurs à cet égard. Le rythme de vaccination étant marqué par la lenteur dans le pays en raison du marasme que connait le pays sur le plan économique ces dernies années, le personnel de la santé craint le pire dans les jours à venir avec la saturation de lits de réanimation et la montée en flèche des cas de décès.
En mai 2020, l’ancien chef du gouvernement Elyes Fakhfekh avait annoncé que notre système de santé ne s’est pas effondré et que la stratégie mise en place dans le cadre de la lutte contre le coronavirus avait été couronnée de succès. Ceci n’est plus le cas aujourd’hui, le système sanitaire s’est complètement effondré dans quelques régions, s’inquiète dans une intervention téléphonique hier dans une radio privée, RafiK Boujdaria, chef de service de médecine d’urgence à l’hôpital Abderrahmane Mami à l’Ariana . A cette occasion, ce dernier a confirmé que la situation épidémiologique dans le pays est très dangereuse et que la vague actuelle d’épidémie du virus Corona est violente. Les personnes contaminées étaient dirigées vers d’autres gouvernorats, a-t-il expliqué. A ce titre, il a appelé à accélérer le rythme de vaccination et respecter les mesures sanitaires. «Ce qui se passe aujourd’hui dans les cafés et les stades est inconcevable», a-t-il conclu.
Photos : Abdelfatteh Belaid