La hausse du nombre d’accidents mortels ces derniers temps crée un sentiment d’inquiétude fondé et avéré auprès de la population. Ils ont augmenté au 22 juin 2021 par rapport à 2020, passant de 2.181 à 2.320 d’après l’Onsr. Mais que se passe-t-il donc ? Rien n’arrête la faucheuse qui décime les vies humaines sur nos routes. Peut-on tout mettre sur le compte de la vitesse ou n’y a-t-il pas des facteurs tout aussi justifiés à dévoiler? La Presse a rencontré Afef Ben Ghenia pour en savoir plus.

Pourquoi y a-t-il une recrudescence des accidents de la route en Tunisie et toujours aussi mortels ? L’impunité qui sévit sur les routes et le manque de répression n’exigent-ils pas l’adoption d’une loi plus sévère ?

Tout incombe aux usagers de la route. Ils ont un comportement inadapté et irresponsable au volant avec une sous-estimation du danger. Je crois qu’avec la situation actuelle imposée par le covid-19, il faut changer notre manière de traiter la problématique des accidents de la route et se focaliser davantage sur l’aspect social, économique et psychologique… Le Tunisien vit sous une pression accablante qui se traduit par son comportement — si on peut bien dire — suicidaire et agressif sur la route avec un manque de responsabilité et une nonchalance qui s’accentue de plus en plus. Cela dit, nous-mêmes en tant qu’activistes dans le domaine de la sécurité routière, nous devons revoir notre stratégie de communication pour une sensibilisation efficace en faisant appel à des psychologues et des sociologues pour élaborer des campagnes et des messages qui peuvent vraiment toucher et changer les comportements à risque sur la route. La psychologie de la circulation et du transport est une jeune discipline de la psychologie en pleine expansion dans le monde et pourquoi pas dans notre pays car je crois maintenant que c’est aux psychologues de se pencher avec nous sur le facteur humain et son comportement. II est donc important de savoir ce qui se passe au niveau du conducteur impliqué, vu que la faute humaine cause 90% des accidents de la route en Tunisie. Nous avons tous un objectif commun qui est la promotion de la sécurité à travers l’influence et la modification des comportements routiers par le biais de lois et on revient ici au rôle primordial du ministère de l’Intérieur quant à l’application de la loi et à l’intensification des mesures de répression pour mettre fin à ces comportements à risque de conducteurs irresponsables qui ne cessent de causer des tragédies dont ils sont la cause sur d’innocentes victimes dont le destin a voulu qu’il les croise sur la route. Et je reviens ici au terrible accident du taxi collectif sur la route reliant Mahdia à El Jem qui a enregistré 5 décès pour mettre l’accent sur l’urgence de l’intensification de la supervision de la part de la tutelle concernée de cette catégorie de chauffeurs qu’un nombre important d’entre eux sème la terreur sur nos routes avec un non-respect complet des règles de la route qui traduit une confiance surestimée de leur conduite en se permettant de nombreux dépassements et interdits. L’ASR a bien réagi en essayant d’allouer une attention particulière à cette catégorie de chauffeurs en mettant l’accent sur l’importance de la formation pour améliorer et perfectionner leurs comportements. D’ailleurs, une formation technique de 70 chauffeurs de taxis collectifs avec le gouvernorat de Tunis a été organisée le 23 juin dernier au cours de laquelle notre formateur, Dr Mohamed Turki, a bien abordé avec eux le thème de la somnolence et la fatigue au volant, deux facteurs importants qu’on a tendance à oublier et dont ils sont bien concernés et qui engendrent un tas de comportements à risques qui causent des accidents mortels. Il faut bien accentuer le volet de la formation et des rencontres avec ces chauffeurs qui manquent de culture en matière de sécurité routière, afin de faire une balance harmonieuse entre le volet de la répression et la sensibilisation et améliorer leur discipline au volant, car il faut toucher au point épineux du problème pour agir sur le taux d’accidents de la route en Tunisie qui demeure très élevé. Donc la solution immédiate est de les encadrer, les superviser et d’appliquer la loi rigoureusement car on est dans une opération de sauvetage.

Que faut-il changer dans la loi pour obtenir plus de discipline sur les routes ?

Il faut renforcer les mécanismes de répression. A ce sujet, l’ASR n’a pas cessé depuis le début de l’année de  solliciter le ministre du Transport, Moez Chakchouk, qui a été réceptif et fort réactif pour réactiver la commission concernée par la révision du Code de la route. Celle-ci a interrompu ses travaux suite à la situation pandémique du pays. Nous sommes plus que convaincus que la révision actuelle contribuera effectivement à l’amélioration de la sécurité routière sur tout le territoire en permettant d’engendrer plus de sanctions, d’amendes. Prenons le cas de la Suède, il n’y a aucune tolérance pour les conducteurs en infraction. En cas d’infraction, les amendes sont calculées en fonction du revenu du conducteur. Une façon d’agir et une idée qui pourraient faire leur bonhomme de chemin en Tunisie. Par exemple pour l’alcool au volant, l’amende d’un citoyen suédois au revenu moyen est de 2 000 euros. Il faut envisager des amendes graduelles en Tunisie calquées sur l’expérience aboutie suédoise. Mais aussi, il faut instaurer le contrôle automatisé avec les radars qui va contribuer efficacement au contrôle du comportement des conducteurs qui finiront avec obligeance par respecter la vitesse limitée, les feux et bien d’autres règles du Code de la route comme cela a été le cas dans bien d’autres pays européens ou même arabes qui sont en train de sauver de plus en plus de vies sur leurs routes. Il faut aussi accorder une attention aux autos-écoles et renforcer leur contrôle. Le nombre d’heures requises pour apprendre la conduite doit être revu à la hausse. Le contenu du programme d’apprentissage du code de la route en concertation avec l’Agence tunisienne du transport terrestre doit être rigoureusement élaboré vu que c’est l’unique base de formation acquise par le futur conducteur, donc elle doit être une base solide, ce qui lui garantira de survivre et de savoir gérer les imprévus sur la route. Dans mes discours, je mets toujours l’accent sur la volonté politique qui est la clé de réussite dans tous les domaines. C’est pourquoi on lance des appels continus d’urgence à nos décideurs pour accorder la priorité absolue au dossier de la sécurité routière dans notre pays car il y a un besoin urgent et imminent d’agir pour sauver l’avenir du pays et le futur de nos jeunes, premières victimes des accidents de la route avec 50 % du total de la population accidentée, sinon de quel développement peut-on parler ? A l’heure actuelle, on est en train de perdre notre unique richesse et le réservoir futur que constituent nos jeunes.

Les pays européens ciblent zéro accident sur les routes. Ils ont mis en place des stratégies de communication efficaces. En Tunisie, les stratégies de sensibilisation ne semblent pas être percutantes. Pourquoi ?

Les stratégies de sensibilisation en Tunisie manquent d’efficacité vu la modicité des moyens alloués au volet de la sensibilisation. Dans les pays étrangers, c’est un véritable investissement à long terme que l’Etat et même le secteur privé et notamment les assurances font dans le domaine de la sécurité routière. Mis à part le côté financier, il y a également le manque de professionnalisme en matière de stratégie de communication dans le domaine de la sécurité routière. On se limite aux supports et messages classiques qui ont montré leur inefficacité et leur manque d’impact sur le comportement des usagers de la route. Je l’ai toujours dit et répété, il faut communiquer autrement et faire appel aux professionnels de la communication, mais aussi à nos psychologues pour élaborer des campagnes à succès. Chaque cible et catégorie d’usagers de la route doit être traité différemment et le discours adressé doit changer en incluant tous les aspects et pas seulement les chiffres et statistiques. On a la preuve que la campagne de sensibilisation conduite en 2016-2017 par l’ASR sur le port de la ceinture de sécurité routière est une campagne percutante qui a abouti à la promulgation de la loi relative à l’obligation du port de la ceinture dans les zones urbaines et a été doublement primée à l’échelle internationale en recevant the Fedex Road Safety Award et le Price Mickael Award en 2019 malgré son budget limité à 10 000 dinars, mais la stratégie suivie et les messages véhiculés ont bien fait la différence. C’est pour cela qu’on doit toujours impliquer les professionnels du domaine et faire des études pré et post-campagnes pour évaluer l’impact et améliorer notre manière de communiquer. D’ailleurs, cette année, l’ASR poursuit sa collaboration fructueuse avec l’ONSR, organe sous tutelle de l’Etat pour l’organisation d’une campagne commune intitulée : «Des vacances en sécurité», avec toutes les parties prenantes, diverses ONG et structures de l’Etat dans l’optique d’une vision commune, afin d’unifier les efforts et arrêter cette hémorragie quotidienne sur nos routes.

Faut-il rétablir le permis à points ?

Je suis totalement favorable malgré les expériences non abouties et concluantes par le passé en Tunisie, mais comme on a tous suivi les derniers développements à ce sujet, le ministère du Transport et de la Logistique a annoncé dans un communiqué rendu public lors du mois de février 2021 avoir préparé un projet de loi pour mettre en place un système de permis de conduire à points, et il invite les citoyens à consulter le document du projet de loi et à donner leurs avis dans une approche de légalisation participative. Selon le projet de loi, le permis de conduire est doté d’un capital de 25 points. 18 points seront accordés aux conducteurs débutants, leur crédit sera complété après deux ans d’ancienneté seulement s’ils ne commettent aucun crime routier. Le projet de loi stipule également que des points soient retirés au conducteur s’il commet des crimes ou des délits routiers, variant entre 5 et 18 points. Cependant, le conducteur pourrait rétablir son crédit de points s’il ne commet aucun délit ou crime tout au long des 18 mois qui suivent toute opération de retrait de points. Moins de morts sur les routes, tel est l’objectif de l’adoption du permis à points même si pour beaucoup, il est considéré comme un moyen ayant pour but de pénaliser les conducteurs. Mais en comparaison des pays étrangers ayant basé leur système de conduite sur le permis à points, on déduit son efficacité qui a permis de réduire considérablement le nombre de morts sur les routes et atténuer les sanctions financières. Une initiative noble et juste qui confirme la valeur considérable que peut en tirer le pays.

Parmi les grandes victimes des accidents de la route, il y a les ouvrières agricoles qu’on voit entassées comme du bétail en partance vers les champs. Beaucoup ont perdu la vie sur la route. Celles qui ont pu s’en sortir souffrent de handicaps et de malformations. Ont-elles été indemnisées à ce jour ?

Aujourd’hui, plus d’une année s’est écoulée depuis l’entrée en vigueur de la loi n°51-2019 du 11 juin 2019 modifiant les articles 21 et 23 de la loi n°33-2004 relative à la réglementation des transports terrestres, portant sur la création d’une nouvelle catégorie pour le transport des travailleurs dans le secteur agricole. Cela s’est produit après le tragique accident de la circulation qui a eu lieu dans la délégation de Sebala à Sidi Bouzid et qui a entraîné la mort de 13 ouvrières.

Qu’est-ce qui a réellement changé depuis?

Absolument rien, bien au contraire, car les catastrophes et drames douloureux n’ont pas cessé depuis lors. Au cours des cinq dernières années, on a enregistré plus de 40 décès et 496 travailleuses blessées, en raison des conditions de transport désastreuses et dangereuses. Ces ouvriers et ouvrières agricoles empruntent les  camions de la mort pour se rendre sur leur lieu de travail.  Cela confirme que la loi n°51 est restée tributaire de l’absence de volonté politique et de mesures décisives pour mettre en place les mécanismes nécessaires à son activation. L’Assemblée des représentants du peuple doit exercer son rôle de contrôle, le gouvernement doit mettre en place les arrêtés réglementaires nécessaires pour activer cette loi dans les plus brefs délais, travailler au suivi de sa mise en œuvre et prévoir des moyens matériels et humains dans les futurs budgets pour créer cette catégorie de transport de travailleurs/travailleuses dans le secteur agricole. Le ministère des Transports doit établir un plan de travail clair et transparent avec les gouverneurs pour délivrer les autorisations et organiser ce nouveau type de transport. Cela nous ramène au point focal, à savoir la volonté politique qui est derrière le succès ou l’échec de toute démarche ou projet. Au sujet de leur indemnisation, je n’ai pas une idée personnelle approfondie, je l’avoue. Ce que je peux dire, c’est qu’en l’état actuel des choses, on ne peut rien leur imposer car elles sont sous le joug de la misère et du chômage. Leur journée de travail pour dix dinars à tout casser, si elles l’abandonnent pour des motifs de sécurité sociale ou de manque de confort ou soins, elles la perdent au profit d’autres qui feront le travail à leur place, dans les mêmes conditions et elles seront incapables de subvenir aux besoins vitaux de leur petite famille. C’est un constat très malheureux et c’est la responsabilité de l’Etat  de trouver les solutions adéquates pour leur permettre de vivre convenablement. Elles demandent simplement de travailler pour nourrir leurs familles. J’estime que s’il y a une volonté commune et sincère pour avancer, on peut alors y arriver. 

Quelle stratégie faut-il adopter pour rendre les routes plus sûres à court, moyen et long terme ?

Il faut adopter une stratégie claire en arrêtant un plan d’action avec des objectifs précis, en respectant un timing, car on est dans une nouvelle décennie d’actions 2020-2030 qui a pour objectif la réduction des accidents de la route, du nombre de décès et de blessés à 50%. Pour rappel, notre pays a bien adhéré à cet objectif lors de la Conférence mondiale sur la sécurité routière qui s’est tenue en février 2020 avec la participation honorable de l’ASR et la présence de 300 ministres venus des quatre coins du monde. On a retenu unanimement qu’on peut prévenir les accidents de la route et que si tout gouvernement accorde une priorité à ce dossier, on pourrait bien y arriver. Il faut planifier des actions durables car les expériences réussies dans le monde existent et peuvent être bien dupliquées dans notre pays, en essayant de les adapter localement et nationalement. Le principe des «4E» est clair, il faut bien les respecter dans tout plan d’action : “Education, Engineering, Enforcement and Emergency response”. Un concept axé sur quatre points majeurs, à savoir l’amélioration de l’éducation, de l’infrastructure, l’application de la loi, la révision des textes de loi qui doivent s’adapter au niveau de vie et de développement du pays et l’amélioration des premiers soins. Maintenant, la théorie du Safe System Approach, «l’approche du Système sécuritaire» apporte des résultats très positifs dans plusieurs pays qui l’ont adoptée et qui repose sur le principe que la faute est humaine et que le gouvernement doit agir avec des actions et des initiatives proactives pour éviter les accidents, en mettant l’accent sur l’amélioration de l’infrastructure de nos routes, l’amélioration de la sécurité des véhicules, la limitation de vitesse et la sécurité des usagers de la route.

A ce sujet, le gouvernement doit créer des conditions favorables pour atténuer l’incidence de la faute humaine. Une bonne signalisation routière, des indications plus nombreuses et des contrôles réguliers dans tous les postes de police doivent être garantis. Il faut encourager les agents de la police à travers des formations, appuyer et favoriser le rôle de la sensibilisation et il faut les valoriser. Au mois de juillet 2019, une session de formation d’un groupe de hauts cadres et agents de la police et de la Garde nationale, parrainé par l’ASR, a donné des résultats satisfaisants qui lui ont valu la reconnaissance du ministre de l’Intérieur et des plus hautes autorités de l’Etat. On compte renouveler cette expérience bénéfique à plus d’un titre sur le plan statutaire et professionnel des cadres et agents de la police au cours du mois prochain, afin de les encourager, mais aussi approfondir leurs connaissances en matière de sécurité routière vu le rôle primordial qu’ils jouent sur la route.

Donc, je réfute cette idée sur le simple constat que c’est difficile de mettre fin à l’insécurité sur nos routes. Les solutions existent, il faut de la volonté politique et l’implication de toutes les parties concernées car la sécurité routière est une responsabilité partagée. Aucun ministère n’est épargné ni ne déroge à la règle. Ce n’est pas l’affaire du ministère de l’Intérieur ou du Transport ni de l’Equipement, mais toutes les structures gouvernementales doivent travailler de concert et collaborer ensemble avec la société civile et les associations professionnelles crédibles pour élaborer un plan d’action et mettre les moyens adéquats pour sauver nos vies et celles de nos bien-aimés. L’ASR est là pour renforcer les mécanismes et les instruments de lutte pour des routes plus sûres, mais pas pour jouer le rôle de l’Etat ou le remplacer.

Nos routes sont devenues des tombeaux à ciel ouvert. Elles tuent tout autant que le covid, on l’a constaté en 2020. Est-il possible de stopper l’hémorragie ?

«Yes We Can». On peut bien sûr y arriver car je suis très optimiste malgré la situation actuelle. Avec une volonté politique commune et du travail ciblé, on peut inverser la courbe, comme je viens de le mentionner, en arrêtant une stratégie claire avec un plan d’action précis qui inclut toutes les parties concernées qui doivent jouer leur rôle et veiller à concrétiser des activités et projets durables avec des solutions à court et à moyen terme. Il faut bannir le travail superficiel et ponctuel et on y arrivera alors, sans nul doute. 

Votre association bénéficie-t-elle du soutien du gouvernement ? Trouvez-vous les fonds qu’il faut pour mettre en œuvre vos programmes de prévention ?

Dès la création de l’ASR, j’ai toujours eu une vision claire et des attentes bien planifiées. S’agissant de  notre gouvernement, car comme on le sait tous, on passe par une crise économique aiguë et l’Etat est incapable de soutenir financièrement les ONG même si la volonté existe. Cela, tout en sachant que pour le domaine de la sécurité routière, il y a bien la Caisse nationale de la prévention des accidents de la route créée en application de la loi de finances de 2006 pour financer nos programmes et activités, mais malheureusement jusqu’à ce jour,elle est encore en phase de stagnation à cause de la lourdeur des procédures administratives. Donc, personnellement, depuis la fondation de l’ASR, mes attentes étaient bien claires et planifiées. Il faut miser sur le soutien moral de notre gouvernement et faire appel aux cadres de l’Etat pour bénéficier de leurs expériences et connaissances, afin d’assurer une complémentarité entre tous les partenaires. Honnêtement, je valorise ce soutien et cet appui qui nous ont valu la réussite de nos projets et parmi eux notre projet en cours dans sa phase 2 « le Botnar Tunisia Challenge » qui est conduit par l’ASR en consortium avec le gouvernorat de Tunis et le ministère du Transport et l’appui d’un comité de pilotage que je salue et qui inclut des représentants de divers ministères : Intérieur, Transport (dont l’Onsr), Equipement, Santé, Education. Sans leurs savoir-faire, connaissances et expériences, notre projet n’aurait jamais pu réussir et attirer l’intérêt de grandes organisations mondiales, comme The Global Road Safety Partnership et des bailleurs de fonds mondiaux pour nous financer et supporter techniquement. A l’ASR, on compte plus sur le fruit du travail et du labeur que sur les moyens budgétaires à notre disposition. C’est notre credo : avec des budgets limités, on peut mettre en place des projets ciblés et durables car les idées ne peuvent  être quantifiées en dinars, et c’est notre atout. D’ailleurs, je ne rate jamais une occasion, dans les rencontres et conférences mondiales, de valoriser l’appui du gouvernement tunisien à notre association, l’ASR. 

Ne pensez-vous pas que, par rapport à ce qui se passe sur nos routes, il existe un certain laisser-aller de la part du gouvernement, par le biais des autorités de tutelle ?

On revient toujours à notre point de départ qui est bien la volonté politique, la clé pour toute réussite. Je pense que le dossier de la sécurité routière dans notre pays n’est pas une priorité et n’est pas en tête des agendas de nos décideurs. Leurs priorités sont maintenant orientées vers d’autres domaines avec le covid-19. Leur intérêt est focalisé sur la situation sanitaire et économique en oubliant que ceux qui décèdent chaque jour sur la route engendrent de plus en plus de dégâts matériels et sociaux. Si on cherche des solutions pour sortir de la crise économique et sanitaire, il faut prioriser et sauver la vie humaine, notre seule et unique richesse. Le moment est venu pour nos politiciens et pour le gouvernement de revoir et de reclasser leurs priorités.

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