Par Mohamed Salah Ben AMMAR

Les vagues se suivent et ne se ressemblent pas. Leurs conséquences sociales, humaines, psychologiques, économiques et évidemment sanitaires se surajoutent et se multiplient même et au fur et à mesure la lassitude de nos concitoyens se transforme en colère puis en désespoir. Nos vies ont été ébranlées par des pertes cruelles, des deuils non faits, des restrictions de nos libertés essentielles, des dépressions masquées, des accès de violences intra et extra familiales. Les fractures sociales se creusent à vue d’œil. Tout cela survient dans un climat d’insécurité et d’instabilité post-révolutionnaires. C’est un peu beaucoup pour notre petit pays.

Certes, le monde entier a été impacté par une pandémie dont on ne voit pas la fin. Mais plus que partout ailleurs, l’union sacrée était nécessaire dans une Tunisie qui traversait une phase importante de son histoire.

Pour quelle raison cela n’a pas été possible ?

Nous n’avons pas été soutenus par l’étranger, c’est un fait mais nous assumons une lourde responsabilité dans ce qui nous arrive actuellement.

A plus d’un titre, la crise sanitaire a été un puissant révélateur de l’opportunisme, de l’avidité au gain, de l’incompétence et du manque de civisme de bans entiers de la société. Elle a été révélatrice des non-dits, des débats de sociétés non faits, des retards accumulés dans tous les secteurs et des incohérences du modèle de développement mis en place.

La crise sanitaire a aussi levé le voile sur les injustices patentes et latentes qui minent nos sociétés.

Les failles du système de santé et éducatif ne sont que les parties visibles d’un iceberg à la dérive. Tous s’étonnent de l’état de délabrement de notre système de santé. Pour le commun des mortels qui n’a pas eu affaire à la santé, il était difficile de réaliser de l’extérieur à quel point notre système de santé a été livré aux mains des incompétents et des prédateurs pendant 30 ans, les blouses blanches n’ont pas été surprises, elles le savaient

Bien naïfs ou malintentionnés ceux qui déclarent à tue-tête que les perversions du système générées par la dictature pouvaient être corrigées en quelques années, c’est irréaliste surtout quand les moyens nécessaires aux réformes et en premier lieu le courage politique pour affronter les lobbys n’étaient pas là.

Nous ne le dirons jamais assez mais la crise actuelle impactera durablement le pays et notamment les plus vulnérables, les catégories sociales les plus fragiles, les minorités sociales. D’ores et déjà, le chômage, déjà endémique, touche plus durement les femmes. L’abandon scolaire, une bombe à retardement, prend une ampleur effrayante chez les enfants des zones reculées du pays et dans les quartiers défavorisés.

Comment a été gérée la situation depuis 18 mois ?

Inutile de revenir sur les polémiques stériles de manque de moyens ou d’accès aux vaccins. La faiblesse de nos moyens aurait dû nous inciter à dépasser nos divergences et à réaliser l’union sacrée. Au lieu de cela nous avons vu proliférer dans cette ambiance anxiogène les manipulations des faits, les discours populistes, infantilisants, c’est toujours la faute des autres, de l’étranger, du voisin, du frère, de la colonisation, des grandes puissances.

Le charlatanisme médiatique d’experts ex nihilo aux titres aussi pompeux que creux a fait le reste. Des prédicateurs. Ils distillent des conclusions infondées qui ont été reprises sans discernement par des médias qui ne prenaient même pas le temps de vérifier l’information. En réalité, ces comportements étaient loin d’être innocents, chacun dans son domaine a joué sa partition perso, sans retenue, dans l’espoir de tirer des bénéfices secondaires de la crise.

A chaque fois que nous avons cru avoir touché le fond, un nouveau gouffre s’ouvrait sous nos pieds. Sans verser dans une paranoïa excessive, il n’y a aucun doute sur les intentions de certains. Certains regrettent le temps de la dictature, d’autres rêvent de bâtir sur les décombres de l’Etat une théocratie et entre les deux naviguent des forces obscures sans programme précis et à la recherche d’une légitimité.

Quelles sont les alternatives qui s’offrent à nous aujourd’hui?

Bien prétentieux celui qui croit détenir la solution à nos problèmes. Commençons d’abord par intégrer que nos moyens sont plus limités que jamais et que notre économie est moribonde. Ce n’est pas un accident ou je ne sais quel complot ourdi par des forces obscures, nous avons voté et choisi les représentants et dirigeants que nous avons. Nous avons aussi instauré des règles de fonctionnement ubuesques au sein de nos entreprises et dans toutes les institutions. Nous avons abusé d’une liberté chèrement acquise et tout fait pour nous mettre dans une situation d’échec dans presque tous les secteurs. Il n’est pas exagéré de dire qu’entreprendre en Tunisie aujourd’hui est synonyme de témérité.

D’autre part, admettons que Delta, Delta plus, Beta, Alpha et peut-être Gamma, bref le virus et ses variants vont continuer à vivre, circuler et à muter avec nous et en nous mais qu’apprendre à vivre avec le virus n’est qu’une petite partie des défis que nous devons relever.

La crise nous a appris que toutes les approches non fondées sur la solidarité et la justice sociale sont vouées à l’échec et que nous ne devons pas compter sur la bonne volonté de quelquesuns pour les faire respecter. Solidarité et justice sociale devraient être déclinées sous toutes les formes. L’Etat doit, à travers ses institutions, veiller à ce que ces principes soient scrupuleusement respectés dans toutes les décisions. C’est ainsi que sera regagnée la confiance en l’Etat et ses institutions. C’est ainsi que l’Etat pourra exercer pleinement une autorité qui nous fait tellement défaut depuis quelque temps.

Le 13 mai 1940 au début de la Seconde Guerre mondiale, Sir Winston Churchill, lors de son premier discours à la Chambre des communes, s’est adressé aux députés anglais en ces termes «I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat»! Et l’Angleterre gagna la guerre.

Tout le reste n’est que pure spéculation !

M.S.B.A.

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