La flambée de la situation épidémiologique en Tunisie avec des scènes apocalyptiques d’hôpitaux bondés et de personnels de santé submergés suscite l’incertitude et l’angoisse. Les experts de la santé épidémiologique décrivent une situation hors de contrôle et un système de santé au bord de l’effondrement à cause de la pénurie de médicaments, de lits et d’oxygène.

Cette situation a créé un état de panique généralisé déclenchant une course effrénée pour la location des concentrateurs d’oxygène. Que ce soit pour les malades Covid qui n’ont pas trouvé de lit d’oxygène dans les urgences et les hôpitaux ou pour les besoins des malades guéris mais qui ont encore besoin d’un apport en oxygène et qui préfèrent continuer leur cure à domicile à cause des mauvaises conditions d’hospitalisation ou ceux qui paniquent et développent un stress par peur du Covid, la ruée vers l’achat et la location des concentrateurs d’oxygène bat son plein en Tunisie.

Cet engouement pour les concentrateurs d’oxygène et les oxymètres a créé une pénurie sur le marché et a fait augmenter les prix de location. Chaque jour, les appels au secours pour dénicher cet appareil font florès. On se passe les numéros de téléphone de loueurs privés qui trouvent dans cette conjoncture sanitaire grave un marché juteux. En effet, le prix de location par semaine est passé en l’espace de quelques semaines de 100 dinars à plus de 600 dinars, outre un chèque de cautionnement couvrant le prix de la machine et qui va de trois à quatre mille dinars.

Jugeant que ce recours excessif à la location des concentrateurs d’oxygène peut nuire aux prestations hospitalières des établissements de santé qui font appel à la location de ces concentrateurs auprès des professionnels des équipements médicaux, plusieurs médecins ont demandé aux citoyens de se retenir et de laisser les professionnels de santé en formuler la demande. De plus, ils ont souligné que l’usage anarchique et inapproprié de ces machines, qui doit être sous supervision médicale peut nuire à l’état de santé du patient.

Face à cette panique généralisée, la douane tunisienne a annoncé dans un communiqué que les Tunisiens peuvent importer un concentrateur d’oxygène à usage personnel sans taxe.

Elan de solidarité

Depuis quelques jours, des activistes de la société civile et des citoyens de tous bords enchaînent les opérations de solidarité au profit des hôpitaux et des centres de soins dépourvus de moyens. Les pages de soutien sur les réseaux sociaux prolifèrent. La récente déclaration de Nissaf Ben Alya annonçant que le système sanitaire s’est effondré a donné un coup de fouet aux campagnes de solidarité. Plusieurs citoyens et organisations font des collectes de dons qu’ils acheminent vers les structures hospitalières des régions les plus touchées.

Des élus locaux ont décidé aussi de prendre le taureau par les cornes et d’aménager des hôpitaux de campagne par leurs propres moyens et avec le soutien des entreprises implantées dans leur périmètre.

En effet, les Tunisiens ne veulent plus se laisser tondre la laine sur le dos. On ne compte plus sur l’Etat qui ne fait que compter les morts et le nombre de personnes contaminées. Ni même sur une armée qui a été déployée sur le terrain sur le tard. En effet, la gestion calamiteuse de la pandémie a ébranlé la confiance des Tunisiens envers leurs gouvernants.

Ils sont tous mis sur le banc des accusés pour avoir négligé la vaccination des citoyens et continué à se s’entredéchirer alors que le nouveau variant faisait paisiblement son chemin. Avec plus de seize mille morts sur les bras, l’on se demande comment est-ce qu’ils osent encore s’agripper à leurs sièges. Le travail de l’exécutif qui surfe d’annonces en annonces pour rassurer et calmer les esprits ne vaut plus grand-chose aux yeux des Tunisiens qui observent les signaux sanitaires se dégrader à vue d’œil. Pour cela, ils continuent à chercher des concentrateurs à n’importe quel prix.

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