Aux élèves de la sixième année cette année, une question hors programme a été posée dans l’épreuve majeure des mathématiques. Le docteur Moez Cherif parle d’inégalité entre le privé et le public, et de nonchalance de la part des responsables et de la commission des examens.

Comment évaluez-vous le déroulement de l’année scolaire cette année ?

Cette année a été très compliquée pour les enfants : enseignement par alternance un jour sur deux, un programme qui n’a été révisé qu’au mois de novembre avec les inégalités entre le système public et privé où les enfants ont continué à aller à l’école tous les jours ce qui a créé une discrimination entre les écoliers des deux secteurs. Tout cela complique la transmission pédagogique du savoir. N’ont pas été entendus également les appels venant de la société civile avec l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant, la Société tunisienne de pédiatrie ou la Société tunisienne de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au mois d’avril pour demander au ministère de l’Education de revenir à un rythme d’enseignement classique pendant le troisième trimestre afin de rattraper ce qui peut être rattrapé. Pourtant le constat est là : il y a énormément de problèmes liés aux troubles de l’apprentissage et de difficultés scolaires chez les enfants qui ont retenti sur leur santé mentale. Cela est rapporté chez plus de 50% des enfants qui consultent en pédopsychiatrie. Notre intention était de rappeler son devoir à l’Etat et de réclamer un retour à la normale puisque le premier virus en circulation en Tunisie ne concernait pas réellement les enfants. Pourtant, au début il y a eu un protocole validé par sept ministères qui prévoit un retour à la normale de l’enseignement moyennant des précautions. Fin août, il y a eu un changement du gouvernement et, contrairement aux principes de continuité de l’Etat, le nouveau ministre de l’Education et les syndicats ont tenu une réunion qui a abouti à cette décision conjointe d’un enseignement par alternance un jour sur deux. C’est une décision qui tient compte peut-être des intérêts des enseignants mais en aucun cas de l’intérêt supérieur de l’enfant.

Cette année, les élèves de la sixième étaient désagréablement surpris par l’épreuve des mathématiques…

Je suis sidéré par le déroulement de l’examen de la sixième. Comment se fait-il qu’après tous ces manquements et avec les problèmes liés au covid-19 qu’ont vécus les enfants et face auxquels on n’a développé ni mécanisme ni suivi pour la santé mentale, on arrive à faire cela? Je ne comprends pas cette insouciance au niveau des responsables du ministère de l’Education qui les conduit à poser une question hors programme lors de l’examen national de la sixième et dans une épreuve majeure comme celle des mathématiques. Où est le directeur général des examens ? Où sont ces commissions qui veillent à la validation des examens nationaux! Imaginez le stress de ces enfants après cette épreuve ! Imaginez les inégalités qui en résultent entre le privé et le public !

Que s’est-il passé après ?

La réaction du ministère de l’Education a été de réviser le barème et de minimiser le plus possible le coefficient des mathématiques qui était extrêmement fort pour valoriser les autres matières et essayer de rattraper l’erreur. Il n’y a jamais eu une reconnaissance de fait de la part du ministère de l’Education de cette injustice commise à l’encontre des enfants. Il n’y a pas eu non plus d’excuses officielles de la part du ministère aux enfants tunisiens et à leurs familles pour la maladresse et la légèreté avec laquelle cette question d’examen national a été traitée. Ce qui nous choque encore plus c’est que nous nous dirigeons vers l’instauration d’un examen national obligatoire. Cela veut dire que c’est un test pour le ministère avant le passage d’un examen national optionnel à un examen national obligatoire pour redonner sa valeur à cet examen de la sixième .C’est une erreur grave qui entache les qualités d’un enseignement équitable. Personnellement je pense que cela prouve les insuffisances du niveau de gouvernance au sein du ministère de l’Education.

La Tunisie est frappée par cette pandémie qui, cette fois, concerne aussi les enfants…

Vu les conditions actuelles et vu la stratégie nationale et au rythme actuel de la campagne de vaccination et si rien ne change on ne pourra pas espérer un rentrée scolaire normale l’année prochaine. Il y a des mesures qui vont être prises et qui vont léser pour la troisième année consécutive les enfants dans leur droit a un enseignement de qualité, si on ne se prend pas suffisamment à l’avance.

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