Le chef de la direction générale des services spécialisés a été officiellement démis de ses fonctions. Une décision attendue.  

En dépit des graves tentatives de récupération politicienne et du retard accusé au niveau  de la restructuration rationnelle de ses services, les unités sécuritaires étaient au rendez-vous pour assurer, dans les meilleures conditions, la transition imposée par le locataire de Carthage et sécuriser le pays dans ces difficiles moments où les Tunisiens retiennent leur souffle dans l’attente  de l’établissement d’une feuille de route. La crise issue du bras de fer entre les trois présidences a acculé certaines directions sécuritaires relevant des services d’intelligence  à naviguer à vue ces dernières années.

Qui détient le renseignement ?

Le limogeage de l’ancien ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine par Hichem Mechichi et l’annulation des nominations au sein de ce département ne laissaient planer aucun doute quant aux réelles raisons ayant conduit l’ancien chef du gouvernement à agir de la sorte. Le jeu en valait la chandelle, surtout pour les services spécialisés. Ne dit-on pas que celui qui détient le renseignement détient aussi le pouvoir. Ceci explique par ailleurs  l’arrivée, contre toute attente, d’un nouveau patron à la tête de la direction générale des services spécialisés. Une nomination qui a fait couler beaucoup d’encre et a poussé certains observateurs à se demander jusqu’où pouvait aller Mechichi à cette époque puisqu’il était en même temps chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur par intérim. Une grave dérive totalitaire qui avait considérablement remis en question la notion de  police républicaine dans la Tunisie post-révolution.

Quelques semaines après, de nouvelles décisions annulant d’autres nominations au sein de la Dgss et la Direction générale de la sécurité publique (Dgsp) sont ordonnées par Mechichi. Le prétexte avancé (tentative de déstabilisation de l’institution sécuritaire)  et cette «fuite spectaculaire» à l’aéroport de Tunis-Carthage  d’une personne accusée de terrorisme en provenance de la Turquie et qui a été  bizarrement arrêtée le lendemain par une unité de police, ne présageaient rien de bon pour l’avenir de l’appareil sécuritaire. Que de questionnements dans cette rocambolesque histoire de nominations et d’annulations de nominations dans la même journée. En fin de compte, le directeur central des renseignement généraux ainsi que d’autres cadres relevant de la direction de la lutte contre le terrorisme ont été mutés sur  décision du nouveau patron de la Dgss. Du haut de son perchoir, Mechichi  faisait malheureusement semblant d’ignorer l’impact de ses décisions. Le bras de fer avec le locataire de Carthage comptait beaucoup plus.

Changement inéluctable  

La fameuse Dgss, pilier de tout pouvoir en place, a toujours fait l’objet de convoitise de la part  des décideurs politiques soucieux de s’emparer de cette direction et la confisquer à leur profit. Rien, paraît-il, na changé même après la révolution. La décision du limogeage du nouveau DG de la Dgss vient d’être annoncée officiellement avant-hier soir. Quel gâchis pour la sécurité du pays! Dans l’attente de nouvelles nominations sécuritaires, c’est le grand flou qui règne. Mais rien ne sera plus comme avant selon une source haut placée au ministère de l’Intérieur. La Dgss a perdu son rôle depuis  la nomination de ce nouveau patron à sa tête en avril dernier, surtout quand on sait que l’ancien ministre Taoufik Charfeddine avait mis fin à sa mission en tant qu’attaché sécuritaire à notre ambassade à Paris.

Le «nettoyage» dans certaines directions risque de prendre du temps. Toutefois, tout cela nous mène à une autre problématique en rapport avec le retard accusé ou plutôt la velléité affichée à l’égard de la modification des statuts juridiques du secteur de la sécurité intérieure.

Pendant la période de transition qui a suivi la révolution, les partis politiques ont profité du pouvoir discrétionnaire des ministres de l’Intérieur successifs en termes de révocation, de nomination et de promotion du personnel, souligne un rapport de l’International Crisis Group.

La présidence de la République, le gouvernement et l’Assemblée des représentants du peuple ont leur mot à dire pour améliorer le fonctionnement du corps sécuritaire.  Ils ne l’ont jamais fait.

Trois années après la révolution, et contrairement au ministère de l’Intérieur qui est condamné toujours à faire du surplace, notre armée a crée l’Agence des renseignements et de la sécurité pour la défense. Pour la Dgss, pilier de l’ancien régime, rien ne sera plus comme avant. L’hiver sonne à sa porte et les tentatives de récupération politicienne ne serviraient, désormais, plus à rien.

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