Par Ridha BEN SLAMA |


Les événements qui se sont déroulés le 25 juillet dernier nous interpellent et mettent en évidence le préjudice que peut provoquer un juridisme à géométrie variable de certains personnages qui affichent leur suffisance et se croient investis de la mission de donner des leçons à une humanité qui n’en demande pas tant. Cette mégalomanie excessivement boursoufflée affecte ceux que Rabelais appelait dans son temps les doctes ignorants. Ils sont en fait les ignorants des réalités et des périls que la Tunisie affronte. Ces casuistes au  discernement alambiqué se sont créé un monde hermétique, peuplé d’abstractions bouffies de logiques formelles et abstraites, un monde devenu étranger au concret de la vie quotidienne des Tunisiens.

Surtout que ce sont ces mêmes personnages qui ont participé activement et en première ligne à nous mener inéluctablement vers ce cul-de-sac constitutionnel, depuis la fameuse «Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique», puis en «bénissant» la meilleure constitution du monde, quoique parsemée de mines explosives et d’institutions impotentes. 

Le pays est soumis à de nombreux périls, lorsque le Président de la République se décide finalement à agir et ouvre une brèche dans le rempart d’une situation bloquée, construit sciemment par ceux qui ont ravagé l’économie, démantelé l’Etat et corrompu la société tunisienne. Ce juridisme à géométrie variable, retors et hypocrite vient à la rescousse pour tenter de sauver les meutes de l’islamisme mafieux et ses acolytes en prétendant que le recours à l’article 80 est un coup de canif porté à la Constitution. On tourne en rond !

Dans la réalité, le texte constitutionnel actuel est infecté d’un virus mortel, celui d’une totale incompatibilité entre la lettre bavarde, fourbe et absconse de ses articles et la réalité vécue par les Tunisiens. D’où l’enchaînement des dysfonctionnements, des incohérences et des désordres devenus insolubles que nous subissons depuis des années. L’absence de culture légistique des rédacteurs malveillants de cette constitution a aggravé ce fléau. Il faut ajouter l’abus de son interprétation et son utilisation par quelques absolutistes illuminés au risque d’entraîner le pays dans un chaos généralisé. Eriger ainsi un texte désarticulé comme un dogme infaillible finit par nous dispenser d’avoir du bon sens et même nous interdire un minimum de discernement.

Evidemment, il n’est pas question de contester la nécessité du droit et son utilité. Son rôle irremplaçable est incontestable et incontesté. Il est tout simplement rappelé qu’il doit demeurer ce pourquoi il a été institué : réaliser un idéal de justice, être un facteur de paix sociale, réaliser une articulation entre contrainte et liberté, entre obéissance et fidélité, entre discipline et initiative, entre autorité et confiance…

Venons-en à la décision du président de la République. Elle était impatiemment attendue depuis des mois par tous ceux qui ne prennent strictement en compte que l’intérêt de la Tunisie. Ceux qui ne sont inféodés à aucune «boutique» partisane et qui considèrent que le rôle néfaste et criminel, joué par une organisation confrérique au service d’une nébuleuse islamiste, n’a que trop duré et qu’il est plus que temps de mettre fin à ses nuisances. Le gel des travaux de l’ARP ne doit être que le déclencheur d’un processus salutaire. Il est capital que le Président de la République, qui s’est octroyé tous les pouvoirs, agisse diligemment pour garantir la réalisation de tous les objectifs découlant de sa décision, autrement le sursaut du 25 juillet 2021 ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau.

Il s’agit tout d’abord et sans attendre de former un gouvernement restreint, de salut national, avec des personnalités indiscutablement loyales à ce pays, aux compétences avérées et pour certains postes une crédibilité indéniable auprès des partenaires de la Tunisie. Ce gouvernement doit s’atteler à la tâche avec un programme de cadrage précis sur les plans sanitaire, économique et social. Les poursuites judiciaires, contre ceux qui ont commis des crimes et des délits (nul besoin de les citer car ils sont tellement flagrants) doivent être lancées immédiatement pour condamner ceux qui sont reconnus coupables, en rompant avec les atermoiements du passé (les assassinats politiques, l’organisation secrète d’Ennahdha…). Il s’agit d’assainir le climat politique et social et faire renaître l’espoir chez les Tunisiens, la confiance des milieux d’affaires et de nos partenaires à l’étranger.

Surtout, il convient de prendre toutes les dispositions pour tourner définitivement la page de l’actuelle ARP gelée, de préparer les prochaines élections législatives en restructurant de fond en comble l’Instance supérieure indépendante pour les élections et en amendant l’actuelle loi organique du 26 mai 2014.

Les gesticulations de quelques membres de l’organisation islamiste, qui jouent aux «gentils» devant les caméras, ne doivent pas distraire le Président de la République qui est prié d’aller de l’avant et écarter toute tentative de l’enfermer dans un prétendu «dialogue» sans issue, similaire à celui qui avait donné le «wifaq» piégé. Il n’est pas question de remettre en selle ceux qui ont fait tellement de tort à la Tunisie. Aucune concession ne doit être accordée à ceux qui font le gros dos et qui cherchent à se recycler dans une nouvelle formule Ennahdha.

Finalement, beaucoup de Tunisiens attendent que le Président de la République agisse et présente son programme pour les semaines à venir avec un planning précis. Car s’il bénéficie du soutien d’une majorité de Tunisiens pour son attitude courageuse ce 25 juillet 2021, il sera tenu comme responsable si des dérapages se produisaient, ce qu’aucun patriote ne souhaite. Quant à nos partenaires étrangers, qu’ils sachent que ce qui se passe en Tunisie est une affaire strictement interne. Leur attitude respectueuse de la souveraineté de la Tunisie sera hautement appréciée.

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