Selon l’économiste Ezzeddine Saïdane, le crédit remboursé par la Tunisie le 23 juillet 2021 a été payé «en faisant fonctionner de nouveau la planche à billets, mais de manière encore plus stressante».

Le 23 juillet 2021, le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Appui à l’investissement vient de publier, sur sa page Facebook, que la Tunisie a remboursé le crédit obtenu sur le marché financier international le 24 juillet 2014, et dont le montant s’élève à 506 millions de dollars, soit 1.412,6 millions de dinars. L’emprunt avait été garanti par l’administration américaine. Le montant a été émis à un taux d’intérêt s’élevant à 2,452 % pour la durée de sept ans et remboursable en une seule tranche à la fin de la période. Selon l’économiste Ezzeddine Saïdane, ce crédit a été payé «en faisant fonctionner de nouveau la planche à billets, mais de manière encore plus stressante». Saïdane avait déjà parlé, le 5 juillet 2017, sur sa page Facebook, d’une « planche à billets qui se déchaîne ». Il explique que le 22 juillet 2021 « l’Etat, dans une opération inédite, a emprunté auprès des banques tunisiennes 1,4 milliard de dinars sous forme de Bons de Trésor à court terme (BTC) sur 3 mois, à 6,52% ».

Refinancement des banques

L’économiste insiste bien sur la période de remboursement «oui vous avez bien lu sur trois mois». Le montant de 1,4 milliard de dinars correspond exactement à la contrevaleur du montant du crédit qui s’élève à 500 millions de dollars. Il explique comment il est parvenu à ce résultat ; «les banques tunisiennes ne disposent pas des liquidités nécessaires. Elles se font donc refinancer par la BCT qui, ce faisant, ne fait que financer le déficit budgétaire à travers la planche à billets et en passant par les banques tunisiennes qui gagnent une marge au passage. D’ailleurs ceux qui suivent de près les données de la BCT ont dû constater que le refinancement des banques par la BCT a bondi en quelques jours de 7,4 milliards de dinars à 11,4 milliards de dinars le 22 juillet 2021. Le refinancement des banques par la BCT est bel et bien de la création monétaire à travers la planche à billets ». Il s’est également demandé comment l’Etat va-t-il pouvoir rembourser les banques tunisiennes le même montant de 1,4 milliard de dinars le 20 octobre 2021? Et avec quelles ressources ? Saïdane a aussi rappelé que la Tunisie doit se préparer, le 5 août prochain, pour le remboursement d’un autre crédit du même montant et de la même nature. « Ce crédit est lui aussi garanti par les EtatsUnis. L’Etat tunisien va devoir procéder de la même manière. Attendez-vous donc à ce que le refinancement des banques par la BCT va de nouveau bondir pour passer à un minimum de 13 milliards de dinars. L’État tunisien est véritablement aux abois et la planche à billets se déchaîne de nouveau, sans aucune solution viable en vue ». Pour lui, « toutes les recommandations et toutes les solutions proposées jusquelà ne semblent avoir servi à rien ». L’économiste Ezzeddine Saïdane met en garde contre le non remboursement des crédits « si la Tunisie ne payait pas à temps, son échéance, les Etats-Unis devraient payer à sa place. Ce qui aurait constitué un incident majeur qui devrait accélérer l’invitation au club de Paris et l’engagement du processus de rééchelonnement de la dette extérieure ».

Loi de finances complémentaire

Pour lui, la Tunisie pourra facilement se trouver dans l’impasse. Il explique que le budget de l’Etat ne dispose pas des liquidités nécessaires pour honorer l’échéance. Tout le monde sait que « l’Etat avait déjà du mal à payer les salaires de la fonction publique à temps, et à faire face à ses autres dépenses courantes ». Il rappelle par ailleurs, que la Banque Centrale avait, depuis novembre 2020, exprimé son refus, à l’occasion de la loi de finances complémentaire de 2020, de financer le déficit budgétaire « ce refus était exprimé de manière quasi-spectaculaire ». Il développe : « la BCT voulait en effet jouer le rôle de champion de l’orthodoxie financière et monétaire afin de se disculper de sa contribution aux malheurs économiques et financiers que connaît la Tunisie. Mais rappelez-vous, la BCT avait fini par financer le déficit budgétaire en faisant fonctionner la planche à billets en décembre 2020 et ce en prêtant directement à l’Etat 2,810 milliards de dinars sur 5 ans et sans intérêts ».
Réagissant aux réserves observées par Marouane El Abessi, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), quant au financement du budget de l’Etat, Ahmed El Karam, président de l’Association tunisienne de la culture financière (Atcf), estime que la BCT ne peut plus se permettre de cofinancer le budget de l’Etat au-delà d’une certaine limite. «La BCT mobilise actuellement 18% de son budget pour cofinancer, indirectement ou directement, le budget de l’Etat, et ce, contre seulement 5% en 2010 », déclare-t-il. Selon El Karam, toute nouvelle contribution de la BCT au budget de l’Etat doit remplir deux conditions : d’abord à travers un accord préalable de l’ARP et, ensuite, le financement par les banques de la place, une fois cet accord obtenu, par le biais d’un emprunt obligataire que la BCT s’engage à acheter. El Karam a également, exprimé son étonnement quant à l’insistante demande du gouvernement auprès de la BCT de cofinancer le budget de l’Etat alors qu’il peut recourir à d’autres ressources disponibles. Le gouvernement aurait pu se tourner vers d’autres solutions comme : l’endettement à travers le recours aux ressources liquides de l’épargne nationale, moyennant un taux d’intérêt rémunérateur, l’institution d’incitations fiscales pour récupérer, en faveur du marché formel, les liquidités disponibles dans le marché informel, soit environ 17 milliards de dinars. Ces ressources peuvent selon lui « être orientées vers l’achat de Bons de trésor assimilables (BTA) ». Autre solution proposée par El Karam « l’association des Tunisiens résidents à l’étranger (TRE) à cette action en encourageant le plus grand nombre d’entre eux à ouvrir des comptes en devises ou en dinars convertibles en Tunisie ».

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