Dix ans déjà, tout est mis à nu face à une bureaucratie qui tue. Paperasse, formalités lentes et lourdes, allers et retours inutiles. Bref, l’administration tunisienne n’a pas fait sa révolution.

Administration moderne et de proximité, ce n’est qu’un vœu pieux du bon vieux temps. On se souvient encore du plan de sa mise à niveau, de sa numérisation pour la rendre efficace et plus proche de ses usagers. Et les multiples velléités d’amélioration avaient, alors, manqué de bonne volonté. Jusque-là, on ne voit rien venir. L’administration tunisienne n’a pas fait sa révolution. La corruption la gangrène à fond et les convoitises politiques tirent vers le bas des prestations, déjà médiocres, aux dépens des intérêts des uns et des autres. Personnel et usagers se regardent en chiens de faïence. Leurs relations ne sont pas au beau fixe.

La bureaucratie qui tue

Dix ans déjà, tout est mis à nu face à une bureaucratie qui tue. Paperasse, formalités aussi lentes que lourdes, allers et retours inutiles et trop prolongés, une communication souvent floue, l’administration tunisienne ressemble outre plutôt à un bien personnel qu’on gère à sa guise. Le service public tunisien est dominé par la mentalité du laisser-faire, laisser-aller. Aucun responsable n’a pris son courage à deux mains, pour mettre fin à ces pratiques inadmissibles. Il est clair que notre dispositif administratif ne marche pas. Il est boiteux et à deux vitesses et le citoyen lambda n’y trouve plus son compte. Ce dernier n’a pas toujours le courage de dénoncer les pratiques inacceptables de certains fonctionnaires. Même les rares cas de contestations ne servent malheureusement à rien. Le service public est-il en danger ? L’administration tunisienne demeure, aujourd’hui, allergique à tout changement. En plus d’être politisée, elle rentre dans des considérations relationnelles tantôt latentes, tantôt patentes. Elle incarne le culte de la personnalité qui rime avec la loi de l’oligarchie. Bien souvent, le meilleur service est cédé au plus offrant. Favoritisme et clientélisme l’emportent. Mal servi, le pauvre citoyen n’a vraiment pas trop le choix, patienter ou soudoyer. Vraisemblablement, il n’y a pas une troisième alternative. Autrement dit, il se retrouve entre le marteau et l’enclume !

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? On ne croit plus au leadership politique qui peut agir efficacement pour prendre les choses en main et parvenir à résoudre les problèmes. Hélas, cette réalité est bien connue de tous. Les prestataires de services publics, insoucieux et paresseux, ont fini par prendre le maquis. Ils échappent à tout contrôle, sans code de conduite aucun. Ils ne respectent ni client, ni hiérarchie.

Pour être mieux servi

Lorsqu’on demande un service public en Tunisie,  on met un temps fou pour l’avoir. Régler une facture ou extraire un document de naissance… devient souvent un calvaire. Il est même possible que le service soit bloqué pour une raison que l’on ne comprendra jamais.  Que faire pour être mieux servi ? Le cas échéant, ultime recours au pot-de-vin. Aussi, faut-il avoir du pouvoir, peu importe lequel, pour avoir gain de cause. Et voilà qu’après le 25 juillet, les masques sont tombés, et on a commencé à voir toute la laideur des visages démasqués des personnes corrompues. Dans plusieurs secteurs comme la sécurité, la douane, la santé ou autres départements de l’administration tunisienne, la corruption a toujours fait sa loi. C’est pourquoi l’administration a besoin de changer sa manière d’être et d’agir. Comment la pousser à bien accepter un tel changement ? Comment s’y adapter sans dégâts ? Là, le rôle de la société civile semble de mise. Son apport est considérable, en tant que force de pression et de proposition. Le médiateur administratif serait également  un maillon important, lorsqu’il trancher en cas de conflit entre l’administration et ses usagers. D’ailleurs, pas mal de requêtes lui ont été remises.

A l’ère de la digitalisation, l’administration publique aurait dû épouser son temps. Ses agents, eux, devraient se rattraper.

L’heure du renouveau a bien sonné. Il faut prendre du temps pour réformer les services de l’administration. La décentralisation, processus municipal à mi-chemin, serait-elle la solution ? Cela peut être vrai, dans la mesure où l’implication du citoyen dans la prise de décision aura à établir de nouveaux rapports avec l’administration. L’objectif est d’en faire un dispositif pragmatique et efficace.  

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