Le ministère de l’Industrie, de l’Energie et des Mines se propose de lancer une étude sur le phosphate et dérivés qui consiste à définir les axes et le plan d’action d’une stratégie permettant d’assurer la pérennité et le développement du secteur à l’horizon 2040.

L’objectif de l’étude stratégique est de diagnostiquer la situation actuelle, d’analyser les contraintes et les opportunités en vue d’élaborer un plan d’actions à court, moyen et long termes pour garantir un développement soutenu du secteur dans un contexte international fortement concurrentiel, tout en assurant une responsabilité sociale et environnementale conséquente et conforme aux meilleurs standards internationaux.

L’étude stratégique sera axée sur quatre grands thèmes, à savoir l’analyse du marché du phosphate et des engrais dans le monde à l’horizon  2040, le diagnostic de la situation actuelle du secteur du phosphate tunisien, l’étude de la responsabilité sociale et environnementale RSE des sociétés du secteur et la stratégie de relance et de développement du secteur et l’établissement d’un plan d’action à court, moyen et long termes.  L’étude a pour but, également, d’élaborer différents scénarios, de proposer des projections à court, moyen et long termes, prenant en compte les incertitudes relatives à un bon nombre de paramètres. Elle permettra, entre autres, de dégager des pistes d’orientation compatibles à la situation du secteur du phosphate et dérivés en vue d’assurer sa rentabilité, son développement et sa soutenabilité sociale et environnementale, dans un contexte mouvant afin de répondre aux attentes du marché et des parties prenantes du secteur.

L’objectif est aussi d’appréhender la situation actuelle et l’évolution prévisible de la demande de phosphate et de ses dérivés à l’horizon 2040 afin de positionner l’offre actuelle du secteur par rapport aux offres concurrentes et de dégager des opportunités en termes de marchés et de produits à l’avenir.

Diagnostic

L’objectif du diagnostic du secteur du phosphate tunisien qui sera établi dans le cadre de cette étude  vise à assister le ministère de l’Industrie, de l’Energie et des Mines à identifier les points forts et les faiblesses du secteur et suivre les progrès accomplis afin de formuler les meilleures options stratégiques.

Ce diagnostic doit couvrir principalement les points suivants : l’évaluation de la part de l’industrie du phosphate et dérivés dans l’économie tunisienne et sa contribution à l’emploi et la formation, la localisation et la présentation des réserves potentielles et certifiées selon les régions, la qualité du phosphate, le classement des réserves par prix de revient… Il s’agit, également, de déterminer la durée de vie et estimer l’évolution des prix de revient d’exploitation des réserves exploitées actuellement.

Concernant la stratégie de relance et de développement du secteur, elle  propose des scénarios pour la reprise de la filière phosphate en évaluant les besoins d’investissement à la fois sur le secteur d’exploitation minière et sur le secteur de transformation tout en assurant l’équilibre entre la production et la transformation et en déterminant le besoin en ressources humaines. 

Export

L’exploitation minière des phosphates a commencé en 1897 par la Compagnie des Phosphates de Gafsa. Depuis, le phosphate est devenu l’un des secteurs clés de l’économie tunisienne, représentant une part importante du PIB (de l’ordre de 3%) et des recettes d’exportation national (environ 10%) pendant la décennie 2000-2010. Les réserves de phosphate, en Tunisie, s’étalent sur tout le territoire, concentrées essentiellement dans trois bassins : le bassin de Sraouertene au Nord-Ouest, le bassin de Meknessy au centre et le Bassin actif de Gafsa au Sud-Ouest.

Et c’est en 1994, que toutes les sociétés ont fusionné pour créer le Groupe Chimique Tunisien, dont la capacité de transformation est de 6.5 millions de tonnes par an. Une nouvelle usine est en cours de montage à M’dhilla (Gafsa) d’une capacité de production de 360 mille tonnes de TSP/an.

Pour ce qui est de l’export du phosphate marchand, il  se fait à partir du port de Sfax ainsi que l’importation du soufre. Le volume d’export avant 2010 était de l’ordre de 15% de la production annuelle vers 15 pays situés en Asie (l’Inde comme principal client dans cette région), en Amérique Latine et en Europe.

L’export du phosphate a été arrêté depuis 2011, suite à la baisse de la production. En ce qui concerne les dérivés du phosphate, l’export se fait à partir de Sfax, Skhira et Gabès.

Les piliers de l’industrie du phosphate

La Tunisie dispose de plusieurs atouts importants dans l’industrie du phosphate. En effet, de grandes réserves de phosphate  estimées à 900 millions de tonnes de réserves certaines (selon les services géologiques de la CPG) et de 6 milliards de tonnes de réserves probables selon des recherches antérieures réparties comme suit :

– Le bassin minier : 800 millions de tonnes

– Meknassy -Sidi Bouzid : 100 millions de tonnes

– Nefta – Tozeur : 260 millions de tonnes

– Sraourtene – Le Kef : 5000 millions de tonnes

De plus, un emplacement stratégique au cœur des plus grands consommateurs dE phosphate dans le monde : pays européens, pays de l’Amérique latine, Afrique sub-saharienne et Inde, a permis de tisser des liens incontestables avec cette clientèle importante. Par ailleurs, le secteur du  phosphate tunisien et dérivés joue un rôle de premier plan sur le marché international à travers la vente de l’acide phosphorique et des engrais phosphatés sur les quatre continents via ses différents canaux de distribution qui varient selon les spécificités de chaque pays (industriels traditionnels, distributeurs, coopératives, traders). Cela,outre la maîtrise de la filière de transformation et des dérivés phosphatés de bonne qualité depuis plus d’une cinquantaine d’années.Pour l’acide phosphorique, par exemple, environ 600.000 tonnes de P2O5 sont exportées vers l’Inde et d’autres marchés de proximité tels que l’Europe, l’Algérie et la Turquie. Et plus de 1 million de tonnes d’acide phosphorique est valorisé et donc transformé en produits chimiques, puis exporté vers des marchés traditionnels et parfois exclusifs. Pour le Triple Super Phosphate (TSP), la Tunisie était le premier exportateur mondial avec des exportations totales allant jusqu’à un million de tonnes et vendant vers des marchés importants tels que l’Iran et le Brésil avec respectivement environ 200.000 tonnes et environ 300.000 tonnes, ce qui représente pour chaque pays 30% de leurs parts de marché. La Tunisie fournit également 50% des besoins du Bangladesh avec environ 300.000 tonnes, et près de 30% des importations européennes qui ne cessent de décliner depuis les dernières réformes de la politique agricole européenne (PAC).

Défis de l’industrie du phosphate

Partant de ce constat, les pouvoirs publics et les acteurs concernés, conscients de l’enjeu actuel que constitue cette ressource naturelle, n’ont cessé de déployer des efforts pour développer et améliorer le positionnement stratégique de ce secteur dans l’économie du pays. L’une des voies privilégiées est la valorisation du phosphate tunisien. Il est à noter que, depuis 2011, le secteur phosphate et dérivés rencontre des baisses d’activités d’extraction et de transformation du phosphate en raison des troubles sociaux et des sit-in fréquents qui sont liés essentiellement aux demandes d’emplois, l’amélioration de l’environnement et au développement. En effet, la production de la Compagnie des Phosphates de Gafsa n’a pas dépassé les 4 millions de tonnes pour une capacité nominale de production de 8 millions de tonnes par an.

Cela a engendré des pannes répétitives dans l’outil d’extraction et le transport du phosphate brut, et la production des unités industrielles du Groupe chimique tunisien et des activités des ports commerciaux. Par conséquent, le secteur phosphatier tunisien n’a pu récupérer sa capacité de production nominale qui n’a pas dépassé les 60% durant ces dernières années et par conséquent le niveau habituel des ventes.Le secteur du phosphate tunisien fait face à des défis majeurs d’ordre social, stratégique et environnemental. Ainsi, l’étude montre que le secteur doit  répondre aux demandes sociales croissantes des communautés locales et redémarrer l’activité minière, en créant notamment davantage de cohérence et de transparence dans la gouvernance et dans les mesures mises en place. L’autre défi, et non des moindres, consiste à dynamiser les chantiers stratégiques de la filière phosphate afin de réagir aux mutations profondes de l’industrie de phosphate et retrouver sa place de leader. Enfin, l’industrie du phosphate doit s’aligner avec le droit de la population en un environnement sain et propre. L’enjeu concerne la résolution rapide et définitive de tous les problèmes environnementaux tels que la gestion des rejets industriels aux alentours des zones minières, la gestion du phosphogypse et les répercussions sur l’arrêt de l’activité de transformation…

(Source : ministère de l’industrie, de lInergie et des mines)

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