Tout est mis en œuvre par le ministère de tutelle pour assurer une rentrée scolaire pleine et aboutie pour les 2.314.000 élèves inscrits et pour les 154.873 enseignants répertoriés. Il s’agit de surpasser les obstacles et les entraves à la bonne marche de l’école publique, en perte de vitesse et qui vivote.


La rentrée scolaire aura lieu demain mercredi 15 septembre 2021 et coïncide avec la reprise de la double séance de travail. C’est la grande reprise pour l’ensemble des élèves et du corps éducatif. Dans quelles conditions aura-t-elle lieu surtout avec la menace du dernier boycott brandie par la Fédération générale de l’enseignement secondaire et qui a été avorté pour une période d’accalmie ? Nul ne peut le présager.

Dans ce contexte, le ministère de l’Education nationale a organisé hier lundi 13 septembre 2021 une conférence de presse au siège du Centre international de formation des formateurs et d’innovation pédagogique (Ciffip), au Lac 2 pour présenter un rapport en douze points sur la rentrée scolaire 2021/2022. La présentation générale, la dimension organisationnelle du dossier, les orientations générales pour le retour à l’école, les éléments quantitatifs pour l’année scolaire 2021/2022, les  ressources humaines et les infrastructures et équipements dans une première partie. Les développements pédagogiques pour l’année scolaire 2021/2022, les manuels, les services scolaires et numériques, l’inscription à distance et le coût financier de la rentrée scolaire dans une deuxième partie. En dernier point, les résultats de l’étude sur l’impact de la crise du Covid-19 sur l’enseignement et l’apprentissage. En corollaire, le ministre M. Fathi Slaouti a rappelé les nouveaux objectifs de son ministère dans la matinée d’hier. «Le dossier de la rentrée scolaire est très important et les résultats tirés pour toutes ses composantes et éléments (aspect pédagogique, ressources humaines, infrastructures et équipements, services scolaires, numérisation de la vie scolaire) sont considérés comme l’un des indicateurs les plus marquants de la réussite des processus de leadership et de gestion. C’est aussi la clé de la réussite des options éducatives. La gestion de ce dossier nécessite des efforts concertés, une coordination étroite et un travail participatif à tous les niveaux, compte tenu de la multiplicité des acteurs qui le composent, au niveau sectoriel, central, régional et local, et la diversité des opérations qui s’y rapportent, leur interdépendance et leur intégration», peut-on lire en préambule du rapport. Après son allocution médiatique, il réfute l’idée selon laquelle la langue anglaise va supplanter une autre langue à l’avenir ou se substituer au français dans les écoles tunisiennes lorsqu’on l’interroge sur ce point épineux qui divise l’opinion publique tunisienne : «L’enseignement de la langue anglaise existe depuis le système primaire et s’ajoute au français.

Notre objectif est que les élèves soient polyglottes et pratiquent plusieurs langues. C’est un véritable enrichissement de surcroît». Au sujet de la relation entre le ministère de tutelle et les différents syndicats il a affirmé qu’elles sont au beau fixe malgré certaines appréhensions, en développant par ces propos : «Il y a 10 syndicats et des accords sur plusieurs objectifs sont convenus pour assurer une année scolaire dans les meilleures conditions. Il y a une approche participative qui assure une entente cordiale. L’intérêt de l’école publique prime sur toutes les considérations».

En marge de la conférence de presse qui aura duré une heure, le temps de présenter l’ensemble du rapport indexé, M. Slaouti a épilogué sur les améliorations et les aménagements prévus pour entamer une nouvelle année scolaire sous de bons auspices : «L’allégement du programme et des cours par rapport à l’an dernier va permettre à l’élève de disposer de plus de temps pour les révisions et la vérification des informations et des acquisitions. De plus, l’amélioration de la situation professionnelle et matérielle de 2.600 instituteurs et tout autant d’éducateurs est prévue pour le cycle primaire, notamment en attendant de passer aux professeurs du secondaire».

Le manque de moyens destinés aux investissements dans le budget prévisionnel du point de vue de l’infrastructure sont relevés et rappelés. Le rôle des hommes d’affaires et de la société civile est primordial pour contribuer à l’amélioration du système éducatif et la qualité de l’enseignement.

 Surmonter les difficultés structurelles

C’est un doux euphémisme que de dire que l’école connaît les pires difficultés aujourd’hui tant la vérité est criante et le constat de délitement grand. L’abandon scolaire, le manque d’eau dans les établissments publics, la complexité des cours à distance, l’absentéisme scolaire sont tous des phénomènes néfastes qui se sont aggravés avec la crise sanitaire du Covid-19 qui a sévi en Tunisie, ces deux dernières années.

Aux dernières nouvelles, selon une dépêche de l’agence TAP qui relaye certaines informations officielles, les choses sont amenées à évoluer comme le signale M. Slaouti : «Une augmentation de 50.000 élèves par an est prévue au cours de la prochaine décennie, ce qui nécessite le réaménagement de l’infrastructure dans les établissement éducatifs».

Le ministre a ajouté que le nombre d’élèves a augmenté de 65 000 membres au cours de la nouvelle année scolaire.

Parmi les difficultés découlant de cette augmentation, le ministère a cité, notamment, «l’insuffisance des ressources territoriales et la modicité du budget consacré à la construction de nouveaux établissements, notamment, dans les gouvernorats de Nabeul, Bizerte et la région du Grand-Tunis».

Par ailleurs, Slaouti a fait savoir qu’avec les 15 nouveaux établissements scolaires qui ouvriront leurs portes cette année, le nombre total d’institutions éducatives sera porté à 6.130 devant accueillir 2 millions 143 mille élèves. Dans un autre contexte, il a souligné que le ministère a résolu le problème de 266 établissements souffrant d’une perturbation au niveau de la distribution d’eau potable en les dotant de camions-citernes, et s’est engagé à apporter des solutions similaires à 173 autres établissements confrontés à un manque d’approvisionnement en eau.

Il a indiqué que le secteur souffre d’un manque de ressources humaines estimé à 7.556 postes, rappelant que le ministère de l’éducation envisage de régulariser la situation de 2.686 enseignants suppléants et de recruter plus de 2.500 diplômés en sciences de l’éducation.

Le ministre a, encore, indiqué que des contrats avec des professeurs suppléants sont prévus pour pallier le manque d’enseignants.

Il a fait savoir qu’en 2020, l’Etat a dépensé pour chaque élève du cycle primaire 1.750 dinars par an contre moins de 1.000 dinars en 2010. Il en est de même, a-t-il dit, pour les collégiens et lycéens qui ont coûté à l’Etat, au cours de la même période, 3.500 dinars pour chaque élève inscrit contre 1.658 dinars précédemment. L’école coûte cher à la fois aux parents et à l’Etat, on marche vraiment sur la tête ! Ce qui explique par exemple le phénomène de réinsertion des élèves issus du privé, dans l’école publique où la qualité de l’enseignement est devenue un moyen pour financer les cours particuliers qui repartent en flèche.

Un phénomène néfaste qu’on abordera sur nos colonnes très prochainement.

En outre, le budget de financement des activités du ministère de l’Education nationale s’accroît de 3.3% cette année par rapport à la précédente, passant de 6.524,860 millions de dinars en 2020 à 6.743,010 millions de dinars en 2021, soit 218.150 millions dinars supplémentaires générés par «les dépenses locatives».

Le pourcentage de fonds réservés à la création de projets dans les établissements d’enseignement primaire et secondaire ne dépasse pas 4,8% du budget du ministère de l’Education, apprend-on. Nonobstant cela, respectivement 163.824 puis 692.000 élèves du primaire et 392.000 du secondaire se sont inscrits via l’enregistrement à distance. Ce qui prouve le succès de cette démarche qui s’appuie sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Malgré tout, le décrochage scolaire a fait de gros dégâts sur l’enseignement public tunisien depuis au moins dix ans. Le ministre de l’Education a annoncé que 100.000 élèves ont abandonné l’école pendant les 10 dernières années dont 69.000 élèves ont quitté l’école pour la seule année 2020. Tandis que 70.000 élèves ont réintégré le système scolaire et que certains élèves ont poursuivi leurs études à l’école de la deuxième chance. Des chiffres qui nuancent quelque peu les études avancées par certains spécialistes qui recensent un million d’élèves ayant abandonné les salles de classe depuis la révolution du 14 janvier 2011.

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