Intervenant récemment sur les ondes d’une radio privée, Fatma Marrakchi-Charfi, universitaire et directrice du Laboratoire d’intégration économique internationale, s’est demandé où trouver les financements pour boucler 2021 ? Et peut-on continuer à financer le long terme par le court terme ?


Lors de son intervention sur les ondes d’une radio privée, Mme Marrakchi-Charfi assure que l’économie est vivante et n’attendra pas la fin du débat relatif à l’aspect juridique !  « Nous discutons de la Constitution, des articles applicables et des institutions sans évoquer la situation économique ! ». Selon elle, la situation économique tunisienne est assez critique dans la mesure où, d’ici à la fin de l’année, nous devons rembourser 7,3 milliards de dinars dont deux milliards sous forme d’emprunts extérieurs.

Le Fonds monétaire international (FMI) a élaboré une rallonge aux pays en voie de développement et la Tunisie a pu,ainsi, bénéficié de 740 millions de dollars (soit environ deux milliards de dinars). Mme Marrakchi-Charfi déclare que cette somme servira à couvrir les prêts extérieurs. « Or, ceci n’est pas systématique. Le FMI suit de près la gestion de la part de la Tunisie et impose des conditions pour dépenser les 740 millions de dollars », explique-t-elle. Pour elle, « la loi de finances 2021 ne comporte que la partie dépenses sans mentionner la contrepartie.  Nous nous attendions à ce qu’une loi de finances complémentaire soit adoptée entre mars et avril, chose qui n’a pas eu lieu ». D’après Mme Marrakchi-Charfi, il y a un manque de ressources. « Nous ne savons pas comment nous allons alimenter la caisse de l’Etat ». 

Toujours d’après l’analyse faite par l’universitaire, l’élaboration de la loi de finances a été faite à partir d’hypothèses qui se sont révélées, par la suite, loin de la réalité.

Elle s’est référée au prix du baril de pétrole qui est actuellement à plus de 70 dollars, et là, on parle, selon Marrakchi-Charfi, d’une différence de plus de 20 dollars. « L’impact de chaque baril est de 129 millions de dinars. De plus, l’hypothèse d’un taux de croissance de 4% a été réfutée directement par les résultats publiés par l’Institut national de la statistique, lors du premier trimestre ». Fatma Marrakchi Charfi explique, par ailleurs, que pour ce qui est des institutions internationales, « l’objectif n’est pas d’obtenir des fonds mais d’intégrer un programme. Cela forme une confiance pour les bailleurs de fonds, et garantit une collaboration à long terme ».

Elle assure, d’autre part, que la Tunisie risque gros à cause de ses notes souveraines : « La Tunisie est pratiquement dans l’impossibilité de s’ouvrir sur les marchés internationaux et nous risquons même une baisse de la note actuelle ».

Absence de négociateurs

Toujours en ce qui concerne le budget de l’Etat, Mme Marrakchi-Charfi a souligné que sur les 19 milliards nécessaires pour les dépenses, la Tunisie ne peut garantir que 9 ou 9,5. D’après ses déclarations, la Tunisie a lancé un emprunt obligataire. Sa première lancée a permis de collecter plus de 700 millions de dinars.

Cette somme ne représente rien par rapport aux neuf ou huit milliards dont nous avons besoin. La seconde lancée consacrée aux sociétés a récolté plus de 400 millions de dinars. Ces deux emprunts font un total de 1,200 milliard, ce qui reste très loin de l’objectif  attendu. « La Tunisie se trouve dans une impasse, car il n’y a pas de visibilité même à court terme.

La Tunisie souffre aussi de l’absence de personnes habilitées à négocier avec les institutions financières internationales. Les négociations prennent beaucoup de temps et se font sur la base de réformes ». Or, pour Charfi,  nous n’avons toujours pas de réformes qui serviront de soutien pour nos prochaines négociations.

Egalement, la Tunisie n’est pas en train de faire de la croissance et  elle ne collecte pas le maximum d’impôts. « Nous devrions transférer une partie des bénéficiaires du régime forfaitaire vers le régime réel. Mais rien n’a été fait dans ce sens.  Nous avons un réel problème au niveau de l’implémentation de réformes ». Mme Marrakchi-Charfi met également l’accent sur la réforme de la fonction publique sans toucher à la masse salariale. « J’estime qu’il est possible de redistribuer les agents publics. Cela  peut créer de la valeur en renforçant l’efficacité de l’administration », mentionne-t-elle.

Du côté des subventions, l’universitaire a évoqué la rationalisation de ces dépenses. Car, pour elle, il n’est pas normal qu’un fonctionnaire qui, en payant ses impôts, paie l’essence des riches qui roulent en grosses cylindrées. « Si nous ne rationnalisons pas les dépenses, nous risquons une dette insoutenable. L’Etat ne sera plus en mesure de verser les salaires. Et l’alternative serait de procéder à des découpes salariales ».

Un schéma de financement bizarre !

L’intervenante a expliqué que plusieurs questions ont commencé à faire surface à cause des deux grandes échéances de juillet et août, et qui sont de  500 millions de dollars chacune. Selon elle, des rumeurs parlent de l’arrivée de fonds de pays voisins et amis. « Cela n’a pas eu lieu. L’Etat a emprunté sur le court terme pour payer des échéances sur sept ans et à un taux d’intérêt plus élevé. Nous avons emprunté à un taux de 6,52% pour payer des prêts à un taux de 2,5%. Financer le long terme avec le court terme est un schéma de financement bizarre. Mais, malheureusement, nous n’avons pas d‘autre choix ».

Mme Marrakchi-Charfi continue son analyse et développe : «En décembre 2020, l’Etat a emprunté auprès de la Banque centrale afin de boucler le budget. C’était un vrai bras de fer.

Mais aujourd’hui, sans parlement, comment allons-nous faire ? Nous avons recouru au refinancement des banques par la Banque centrale. Actuellement, il est proche des 12 milliards de dinars.

Ce procédé a été utilisé en raison du manque de liquidité. Nous devons créer de la richesse et faire de la croissance. Nous ne sommes pas en train d’aborder cette question car nous sommes submergés par le court terme. Nous n’avons pas encore abordé la question de la loi de finances de 2022, car nous sommes préoccupés par la loi de finances complémentaire de 2021 ». Pour l’universitaire, il est également important de mettre en place un gouvernement pour pouvoir négocier avec les bailleurs de fonds et les institutions financières.

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