Les cryptomonnaies, dont le bitcoin est assurément le mieux connu, sont de plus en plus omniprésentes dans l’actualité nationale et surtout internationale. Mais ces dernières restent une monnaie qui dérange en Tunisie, puisque l’idée d’une privatisation de la monnaie ne plaît pas à tout le monde et ces systèmes semblent de plus en plus concurrencer les monnaies traditionnelles pour ne plus dépendre d’institutions qui monétisent nos informations personnelles — en l’occurrence les banques — et qui peuvent gérer nos données de manière douteuse. Mais avec un processus de digitalisation sans précédent, qui modifie de plus en plus notre rapport à la monnaie, ou bien on suit cette révolution, qui change dans un temps extrêmement court nos existences et nos sociétés, ou bien nous serons fragilisés par une révolution numérique qui nous dépasse et par la suite nous échouons à prendre la vraie mesure de tous ses effets et à construire l’après-révolution numérique.


Cryptomonnaie, blockchain ?

Il faut tout d’abord préciser que c’est la technologie blockchain qui a permis l’existence de la cryptomonnaie (tel le Bitcoin), cette monnaie virtuelle décentralisée et chiffrée qui permet de faire des échanges au sein d’un réseau d’utilisateurs sur internet. Cela veut dire que ces transactions ne dépendent d’aucune banque ou autorité et que son prix dépend uniquement de l’offre et de la demande. Mais qu’en est-il du blockchain ou «chaîne de blocs», ce concept qui reste assez flou pour beaucoup d’entre nous ? Il s’agit, en fait, d’une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente et sécurisée sans passer par un intermédiaire lors d’une transaction. C’est un peu comme un grand livre numérique décentralisé ou un registre distribué où ce sont les utilisateurs qui possèdent et mettent à jour les informations, sans qu’il y ait besoin d’une autorité centrale. Ces différents blocs fournissent ainsi l’historique de toutes les transactions depuis leur création et permettent à chacun de contrôler l’exactitude des données échangées. Et donc, cette technologie, sur laquelle repose le Bitcoin et d’autres projets qui deviennent de plus en plus connus, tels que celui d’Ethereum, qui est deuxième sur le marché de la cryptomonnaie ou encore Polkadot, Cardano et bien d’autres cryptomonnaies, pourrait révolutionner notre façon de penser et de gérer nos activités.

Aujourd’hui, la popularité croissante des cryptomonnaies a suscité un intérêt général pour les technologies Blockchain et leurs possibilités. De plus en plus, Blockchain est utilisé comme terme générique que la plupart des gens associent à la cryptomonnaie Bitcoin qui a été juste créée grâce à cette technologie.

Les applications de la technologie Blockchain s’étendent bien au-delà de la cryptomonnaie et du transfert d’argent et sont utiles pour une multitude d’autres applications, dans de nombreux secteurs différents, tels que le portefeuille numérique; le  cadastre numérique, titres, contrats intelligents; le vote électronique; la signature électronique de documents…

Bitcoin est à la Blockchain ce que le courrier électronique l’était à Internet. En d’autres termes, Internet permet aux ordinateurs d’échanger des informations, alors que la Blockchain permet aux ordinateurs d’enregistrer des informations. La technologie Blockchain apporte à Internet une plus grande sécurité, moins de fraude, des processus rationalisés et des possibilités de numérisation accrues. Cela étant dit, il est utopique de vouloir freiner ou s’opposer au développement de ces nouvelles technologies. Plusieurs Banques centrales dans le monde sont déjà en phase d’expérimentation avancée de leurs propres monnaies digitales (Cbdc). Facebook aussi prépare sa propre cryptomonnaie.

Beaucoup de promesses sans lendemain…

Pour la Tunisie, dans le cas de la Blockchain et des cryptomonnaies, le mouvement est basé sur un désir et une forte volonté politique qui dépassent de loin l’aspect économique… Il est basé, entre autres, sur la volonté de nos décideurs (à leur tête la BCT) de démocratiser et de rendre transparents les échanges de valeur. A nos jours, ce sujet reste compliqué et on se demande réellement si le pays est prêt à la révolution des cryptomonnaies.

Pour commencer par le commencement, il faut préciser qu’à plus d’une occasion, le gouverneur de la Banque centrale, Marouan Abassi, a annoncé sa volonté d’étudier le lancement d’une Cbdc tunisienne (Central Bank Digital Currency — ou la monnaie numérique de la Banque centrale —). Plus loin que cela, il a confirmé que la BCT a fait son choix et se positionne en tant que facilitateur auprès de l’écosystème tunisien d’innovation. En ce sens, la mère des banques en Tunisie s’est doté des mécanismes nécessaires, à l’instar du Comité Fintech, la Sandbox réglementaire, le BCT-Lab et le site Web BCT-Fintech…

Mais malheureusement, dans cette course sans fin, la Tunisie accuse toujours un retard sans précédent par rapport à ses concurrents. Cette situation se justifie, aujourd’hui, par une conjoncture difficile qui perdure depuis une dizaine d’années et une réglementation de plus en plus draconienne. Et donc, les signaux “positifs”, qui ont été annoncés au début, ne doivent en revanche pas cacher une réalité moins glorieuse des cryptomonnaies en Tunisie, avec notamment l’absence d’un cadre juridique. Le résultat : beaucoup de promesses sans lendemain, puisqu’aujourd’hui, près de deux ans plus tard, cela ne semble être qu’une énième promesse de la part d’un gouvernement totalement dépassé par l’évolution de l’économie numérique à l’échelle planétaire. Par ailleurs, les tentatives modestes ainsi que les promesses qui ont été annoncées par nos décideurs pour renverser la donne sont restées lettre morte. Pire que ça, jusqu’à l’écriture de ces lignes, la BCT préfère toujours garder le silence –incompréhensif- sur cette question et malgré les différentes tentatives pour la contacter, elle refuse de lever le voile sur ce sujet pour découvrir une foule de détails ayant toute leur importance dans la compréhension de cette nouvelle technologie.

Ce constat ne semble pas particulièrement surprenant, mais malgré cette situation compliquée et un contexte économique, politique, social et sanitaire fragile et instable, ce n’est plus le moment de relâcher l’effort, même si le tabou règne encore et encore à ce sujet. C’est dans ce cadre-là que La Presse a décidé de prendre les devants et de se mobiliser pour briser le silence qui a perduré et lever le voile sur ce sujet décisif, sinon les résultats seront décevants et difficilement exploitables dans un futur proche car, aujourd’hui, en Tunisie, les jeunes qui utilisent ces nouveaux moyens risquent la prison pour blanchiment d’argent et autres charges en raison des lois tunisiennes qui ne parviennent pas à suivre le rythme d’un monde en évolution rapide, notamment dans le domaine du marketing électronique. D’ailleurs, les dernières arrestations de nos jeunes pour l’utilisation de la monnaie numérique Bitcoin ont, encore une fois, alimenté le débat sur ce sujet, espérant cette fois-ci que cet incident donnera un vrai coup de pouce pour lancer un nouveau vent révolutionnaire. Mais là aussi, il faut craindre un effet délétère sur cette jeunesse impatiente qui ne cessera jamais de courir derrière ses rêves, sinon, dans le cas contraire, notre pays sera le plus grand perdant, car ce blocage va encore une fois encourager l’économie parallèle, puisque le blanchiment par cryptomonnaies restera toujours un trou noir si toutes les règles en la matière ne seront pas fixées clairement. Du coup, on ne peut cacher le soleil avec une main : la cryptomonnaie attire et intrigue de plus en plus notre jeunesse qui aime investir, mais qui aime aussi en apprendre plus sur le Bitcoin et toutes les autres cryptomonnaies ! Espérant, pour notre part, que ce constat alarmant pourrai servir de sonnette d’alarme et poussera nos décideurs à apporter les changements nécessaires…

Charger plus d'articles
Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire